Magazine Moyen Orient

On ne tire pas sur une ambulance!

Publié le 03 août 2015 par Fouzi53 @fouzi53

Ambulance

Lors de la présentation du rapport d’exécution du budget 2015 durant le premier semestre de l’année en cours et selon les écrits du journal L’Economiste, le Ministre des finances aurait souligné que le BTP et le Tourisme « plombent le budget 2015  et seraient des boulets qui freinent l’élan du développement » .

Personnellement, j’ai du mal à croire,  qu’une telle déclaration puisse être faite et de surcroit par un ancien Ministre du Tourisme, qui connaît très bien le secteur et les maux dont il souffre depuis des mois, pour ne pas dire quelques années. Pour rappel, la crise que nous traversons date de 2008 et trouve son origine dans la crise économique et financière qui a secoué la planète et qui continue à sévir notamment en Europe et plus particulièrement dans les pays d’où nous sommes sensés attirer nos touristes.

Cette crise a été accentuée par la situation géopolitique du moyen orient, le printemps Arabe, la guerre en Lybie, au Mali, AQMI, BOKO HARAM, DAECH, Charlie Hebdo, attentat du Bardo, celui de Sousse … et il ne se passe pas un jour où il n’y a pas un évènement qui parle de démantèlement de cellules terroristes, d’attentats avortés, d’attaques à l’arme blanche sur les plages, de lynchages, de harcèlement pour tenue non conforme..

Le tourisme est en train de payer le prix fort, il est la victime collatérale de cette situation et j’ai l’impression qu’on veut nous faire porter le chapeau des mauvaises performances de l’économie marocaine, certains vont jusqu’à dire que si le secteur bancaire est en difficulté, c’est à cause du Tourisme. Nous sommes devenus la cause de tous les maux ? Les pestiférés de l’économie marocaine ?

Contrairement au BTP qui est dans une crise structurelle, le Tourisme traverse une crise conjoncturelle extrêmement grave et liée aux évènements précédemment listés. Nous faisons partie de la zone MENA et à ce titre pour le subconscient du touriste lambda, nous représentons un risque et face à cette situation, nous n’avons malheureusement pas suffisamment d’arguments pour démentir tous les préjugés dont nous sommes affublés et le pire c’est que nous ne sommes même pas aidés en cela quand on voit les réactions et les fausses rumeurs qui jonchent la toile.

Et jusqu’à présent, nous essayons de nous en sortir par nous mêmes, comme nous l’avons toujours fait de part le passé. Contrairement à certains secteurs qui au moindre choc, montent au créneau, licencient en masse, déposent les bilans ; les professionnels du tourisme ont toujours tenus le coup et su rebondir.

En ce moment, beaucoup de confrères souffrent mais continuent d’espérer en une reprise qui ne saurait tarder. Alors on compose avec le personnel, on serre les budgets, on fait des promotions et on se prépare dans la dignité.

Aussi, je ne comprends toujours pas pourquoi, c’est justement au moment où nous avons un genoux à terre, que l’on choisi de nous descendre en flèche. On serait soudain devenus incompétents, négligents, mal formés, mal dirigés et que ce n’est pas une question de produits ou d’infrastructures mais une question d’hommes. De qui parle t on ? Est ce par hasard que Tripadisor a consacré Marrakech comme meilleure destination mondiale ? Est ce par hasard que les grandes enseignes internationales sont venues s’installer au Maroc ? Où trouvent ils leurs RH ? En Espagne, au Portugal, en Grèce ou en Italie ?

Nos ressources humaines seraient sales, irrespectueuses, impolies ? Depuis quand ? C’est vraiment peu d’égard pour des personnes qui se mettent en quatre pour satisfaire nos touristes par 45° à l’ombre et en plein Ramadan.

Une grande partie de nos RH est débauchée vers l’étranger, justement pour une question de compétences mais hélas aussi de prix. Je suis donc étonné d’apprendre que nous sommes plus chers que nos voisins cités ? J’en veux pour preuve justement, les enseignes internationales installées au Maroc, qui peinent à pratiquer les mêmes tarifs que dans leurs unités en Espagne, Italie, Grèce ou Portugal. Et pourtant, dans ces pays où le tourisme est une priorité, les professionnels jouissent d’une tout autre fiscalité que nous autres.

Je pense que l’intervention du Ministre des Finances devant les parlementaires a été détournée de son sens: si le tourisme était un boulet, il n’apparaitrait pas aujourd’hui et seulement aujourd’hui comme tel. Pendant toute une décennie, il a été une locomotive en matière de devises, de création d’emploi, d’investissements et surtout de modèle de développement. C’est justement parce qu’il souffre qu’apparaît aujourd’hui son impact sur l’économie nationale.

Si le tourisme se porte mal, c’est toute l’économie nationale qui en pâtit et il serait urgent qu’il fasse la préoccupation de nos institutions, de nos dirigeants et de notre presse. Ce n’est pas en tapant dessus qu’on va l’aider à se relever.


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