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Tout ce qui est rouge, de Marie-Christine Horn

Publié le 09 août 2015 par Francisrichard @francisrichard
Tout ce qui est rouge, de Marie-Christine Horn

La couverture de Tout ce qui est rouge de Marie-Christine Horn est prometteuse, et conforme au contenu, noir (c'est le premier opus de la collection des Contemporains noirs de L'Âge d'Homme), peinture et mort y faisant ménage commun.

La femme troublante, et trouble, qui est représentée sur la couverture, est en effet la reproduction d'une oeuvre du peintre américain contemporain Alex Kanevsky. A peine visible, une tête de mort, transparente, lui est superposée, tout juste détectable au toucher...

Mais ce n'est pas tout. Pour compléter le tableau, le lieu clé de l'histoire est l'unité des soins en enfermement constant, située au sous-sol de l'hôpital psychiatrique de la Redondière, dans la région de Lausanne.

Le personnel soignant comprend le jeune responsable (depuis cinq ans) de l'unité, Nicolas Belfond, et ses deux plus proches collaborateurs, Luc Dessibard, surnommé "Le Vieux", en raison de son ancienneté au sous-sol, et le jeune Mathieu Scyboz, devenu le disciple de ce dernier.

Nicolas, sportif et bel homme, est un séducteur impénitent, ce qui va lui jouer des tours pendant toute l'histoire. Luc, cinquante-cinq ans, est réfractaire à la technologie moderne et féru de citations latines. Mathieu est un anti-socialiste primaire, s'emportant facilement contre les trous du cul de gauche.

A ces trois personnes il convient d'ajouter les équipes de jour de l'unité (trois infimiers en psychiatrie, deux aides médicales) et celles de nuit (deux infirmiers en psychiatrie et des agents de sécurité), sans compter les thérapeutes, qui ne font que des visites hebdomadaires de suivis. 

Les patients de cette unité sont en petit nombre, mais le nombre (il y a douze places disponibles) ne fait rien à l'affaire. Car ce sont tous des fous, des vrais, des dangereux, qui ne sont pas sans raison enfermés au sous-sol, à l'accès en conséquence limité. Ils sont en principe partagés en deux, six femmes d'un côté, six hommes de l'autre.   

Parmi les cinq résidentes actuelles (une place est encore libre...), Corinne Faller, 47 ans, artiste-peintre, surnommée "le Piaf", y est enfermée depuis vingt-quatre ans. Corinne, enceinte après qu'il l'a violée, a épousé son professeur à l'école des Beaux-Arts de Genève, le célèbre peintre Aldo Mastragello, puis l'a tué parce qu'il s'en est pris sexuellement à leur fille alors âgée de deux ans. Atteinte depuis de trouble bipolaire, elle peut être violente.

Lucy Kohler a été admise à la suite d'exhibitions et de mutilations publiques, la dernière fois dans la cour de récréation d'une école primaire. Adèle Tinguely, 41 ans, est une nymphomane notoire et porteuse du VIH. Emilie Vercher, 39 ans, enseignante, est accusée de détournement de mineur et de menaces de mort à l'encontre des parents de celui-ci. La belle Nicole, 33 ans, a été inculpée de meurtre et de tentative de meurtre.

Les six hommes enfermés au sous-sol, sont d'aussi braves gens que leurs consoeurs: Paulo, 46 ans, soi-disant schizophrène, toxico et revendeur; Jacques Rivaz, 18 ans, interné pour des faits sexuels sur des vaches; Jean-François, 75 ans, et Fabien, 23 ans, accusés d'actes de pédophilie; Virgile, sadique, s'introduisant de nuit dans des appartements pour violenter des femmes devant leur mari; Augustin, la cinquantaine, alcoolique, caractériel, sujet à de violentes sautes d'humeur.

Un crime est commis sur la personne d'Irène Volluz, une ex-employée de l'unité, licenciée huit mois plus tôt par Nicolas Belfond, pour maltraitance envers les patients. Elle a été retrouvée morte dans les hauts de Lausanne, dans les bois d'Echallens, et pas dans n'importe quelle posture: coiffée d'une perruque rose, un appareil auditif dans l'oreille, habillée d'une robe bleue remontée jusqu'à la taille, le pubis mutilé, chaussée de bottes brunes montantes.

Lisant un article de journal sur ce meurtre, que lui a montré Nicolas Belfond, Christine Pereira, spécialiste des Beaux-Arts, qui donne des cours de peinture, une fois par semaine, aux patientes du sous-sol, y reconnaît l'image d'une femme dessinée aux crayons de couleurs par Joseph Hofer, artiste d'art brut assez connu, interné pour troubles mentaux et sourd...

Dans ce contexte, l'inspecteur Charles Rouzier mène l'enquête pour trouver le coupable de ce meurtre à la mise en scène macabre et imitée de l'art brut, qui sera suivi d'autres similaires, liés, comme par hasard, directement ou indirectement à l'unité des soins en enfermement constant. Evidemment le suspect tout trouvé sera Nicolas Belfond, en tant que responsable de cette unité...

Ce roman policier, comme tout bon whodunit, ménage le suspense jusqu'à la fin. Sexe, amour ("L'amour, c'est parfois refuser le malheur de l'autre."), violence, art brut (ou pas), psychologie (et psychiatrie) sont au rendez-vous et le style enlevé de Marie-Christine Horn, parfois assez cru, est évocateur et distrayant, comme le genre l'exige, ce qui ne l'empêche pas d'être tout aussi approprié quand il s'agit d'intégrer dans le récit quelques rares moments de tendresse ou d'émerveillement, tels que celui-ci:

"Il s'empressa vers les toiles couchées contre le mur et retira les couvertures qui les dissimulaient. Elles étaient toutes de la même qualité, d'une perfection indicible jusqu'aux moindres détails, d'une beauté indescriptible et d'une pureté manifeste."

En tous les cas, le rouge est mis tout du long, qu'il s'agisse de sang, de peinture ou de vin. Et le titre est emprunté à une phrase tronquée, qu'un artiste d'art brut, August Walla, dont une toile a inspiré la mise en scène d'un des meurtres, a écrit, à l'âge de neuf ans, insomniaque, dans ses cahiers:

"Tout ce qui est rouge est diabolique."

Francis Richard

Tout ce qui est rouge, Marie-Christine Horn, 386 pages, L'Âge d'Homme (sortie en librairie le 15 août 2015)

Livre précédent:

Le nombre de fois où je suis morte, Marie-Christine Buffat, 128 pages, Xenia (2012)


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