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Ne deviens jamais pauvre ! (D. Friedman)

Publié le 18 août 2015 par Despasperdus

« C'est un type très poli, mon copain Mack; tous les ans, il m'envoie une carte pour Noël. Vous savez, j'ai tiré sur trente et un bonshommes, et c'est le seul qui ait jamais eu la politesse de me remercier, alors que c'était pour leur bien. (...) Dix-huit en sont mortes, donc je suppose qu'elles ont des circonstances atténuantes. Mais les autres sont des malpolis. »

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Le narrateur est un flic à la retraite, quasiment nonagénaire et presque grabataire, pensionnaire d'une maison de retraite médicalisée. Cependant, l'homme ne manque pas de volonté. Se déplacer avec un déambulateur ne l'empêche pas de griller de temps en temps une clope et de dégainer son flingue.

« Vous ressemblez aux juifs allemands qui se sont battus pour la patrie pendant la Grande Guerre. Ils sont entrés dans les fours au pas de l'oie, tout fiers d'eux »

A peine a-t-il le temps de s'imaginer mourir dans l'ennui, les traitements médicamenteux et l'horreur de se voir décrépir de jour en jour que son meilleur ennemi, un vieux coreligionnaire juif, lui demande un service que je ne dévoilerais pas. Ce dernier est un survivant de l'enfer nazi qui a choisi la carrière de truand, considérant que l'obéissance de son peuple à l'ordre social a aidé en partie la solution finale.

« Les patrons prennent, ils prennent, ils prennent, et ils espèrent que ceux qu'ils exploitent vont leur dire merci. »

Le récit fait alors de longs flash-back dans son passé de flic de l'après guerre. La police corrompue et dominée par les WASP, raciste à l'image de la société américaine, la communauté juive qui tente de se fondre dans le paysage, l'exploitation sociale des noirs en sus de la ségrégation, son fils qui ne comprend pas certaines méthodes policières, et la rencontre avec ce braqueur légendaire, jamais arrêté par la police, qui fera semblant de le soudoyer pour réaliser un casse dans la plus grande banque de la ville.

« j'ai eu de la chance quand ma mère a refusé d'être séparée de nous, quand elle a pleuré et supplié, et quand ils lui ont tiré dans la tête alors qu'elle tenait ma sœur dans ses bras. J'ai eu de la chance parce qu'ils n'ont tué que ma mère, et pas moi.
J'ai eu de la chance parce que j'étais à Auschwitz, et qu'on pouvait survivre à Auschwitz. Mon père aussi a eu de la chance, mais il pas su apprécier le destin que Hashem lui avait accordé. Après ce qu'ils avaient fait à ma mère, il n'a plus réussi à manger. »

Ne deviens jamais pauvre ! prend une dimension inattendue qui va bien au-delà de l'intrigue policière avec la rencontre de ces deux hommes, blessés par l'injustice depuis l'enfance, l'un par l'assassinat de son père dans des circonstances non élucidées, l'autre par le nazisme, qui portent le même regard sur la société, mais dont les choix de vie s'opposent frontalement.

« Ma mère m'avait dit : « ton père croyait en quelque chose qui dérangeait des hommes puissants, des requins. Un jour, toi aussi tu croiras peut-être en quelque chose. J'espère que tu te souviendras que tes convictions ne te protégeront pas ». »

Un roman noir atypique et passionnant.


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