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Cantines et religion : j’ai la soluce !

Publié le 19 août 2015 par H16

Stupeur et fourchette en plastique ! Une nouvelle fois, c’est une douloureuse question alimentaire qui secoue la France, pays où l’on peut rire de tout, sauf de la nourriture : Yves Jégo a lancé une pétition appelant à imposer la présence d’un repas végétarien au menu des cantines. Derrière cette pétition, le député UDI voit une solution à la prolifération des menus confessionnels dans les cantines normalement aussi laïques que républicaines.

Cette lubie du menu confessionnel n’est pas étonnante. Là où, en toute application d’une logique vraiment laïque et républicaine, et dans le cadre normal d’une administration d’État habituellement peu soucieuse du bien-être de ses administrés dont elle se fout complètement le reste du temps, le menu serait confectionné indépendamment des petits désidératas des uns et des autres, avec forces politiciens et moult associations conscientisées, mois d’août oblige, l’affaire s’est immédiatement enkystée.

life : nature's way to keep meat fresh

Que voulez-vous : tant la nourriture que la religion, en France, c’est fort complexe à gérer. D’ailleurs, en France, on n’a pas de pétrole, on n’a pas d’idées, mais pour bien vérifier qu’on n’a rien de tout ça, on a un paquet d’Observatoires. Notamment un Observatoire du Fait Religieux (nom authentique, ça sent presque le terroir et le dépôt de main courante) qui, tous les ans, interroge les entreprises françaises pour savoir si elles sont concernées par une situation marquée par la religion. C’est une longue phrase pour savoir si elles ont remarqué des salariés qui faisaient les marioles avec leur croyances et qui embêtent les autres avec leurs interdits divers et variés. Notez que ça marche aussi pour les cantines.

En 2014, on apprend que 12% indiquent que oui, des salariés ont provoqué des incidents en entreprise liées à leur religion. À mon avis, c’est trop faible pour expliquer à la fois la croissance nulle et les déclarations absurdes de Michel Sapin, mais une tendance se dégage : celle d’une augmentation des situations de blocage en entreprise liés à la religion. L’enquête explique ainsi que certains refusent de travailler avec des femmes ou de manipuler de l’alcool, d’autres de manipuler des femmes et de travailler avec de l’alcool, d’autres qui réclament bruyamment des menus confessionnels ou d’autres encore, accoutrés de marinières cocasses, exigent exclusivement du Made In France.

Chose intéressante : l’enquête prend beaucoup de précautions pour ne pas trop citer la religion la plus impliquée dans ces blocages récurrents alors que tout le monde se doute bien qu’il s’agit évidemment du syndicalisme. Ahem. Brmm. Bref. Pourtant, c’est oublier que dans l’écrasante majorité des cas, la plupart des salariés savent rester actifs même après une bonne prière ; les entreprises s’adaptent et c’est très bien : on est en pays laïc, que diable.

Et en pays laïc, on ne doit discriminer personne et, mieux, on doit absolument accommoder tout le monde. Et ça tombe bien : la France est le pays qui a placé au rang d’art le fait d’accommoder les choses entre elles, comme en cuisine avec le sucré et le salé, ou en politique avec les blaireaux et les ânes. C’est pour cela que je le dis : finissons-en avec ces blocages intestinaux et prenons enfin une bonne goulée de tolérance laxative !

Tout d’abord, il faut mettre un terme définitif aux tracas posés par les différents interdits vestimentaires. Fini les lois complexes pour interdire ci ou ça, la loi devrait au contraire sanctuariser les vêtements. Quelle joie de pouvoir enfin travailler en combinaison intégrale cuir à son guichet de poste ! Le biker tatoué, lui, n’aura plus à cacher ses avant-bras turgescents et colorés lorsqu’il travaillera à la crèche. Pourquoi cantonner les nudistes aux plages, alors que leur accoutrement est quasiment un prérequis sanitaire en cuisine ou dans les hôpitaux ? Et qui sait, bientôt, on pourra enfin voir apparaître la première super héroïne en burka intégrale ?

Dans un pays vraiment tolérant, on ne peut pas, on ne peut plus imposer de discrimination sexuelle. Bien sûr, il faut mettre fin au plafond de verre qui interdit aux femmes des postes hauts placés comme grutier ou commandant de bord, et qui relègue Christiane Taubira aux karaokés d’estrade, mais on peut aller plus loin, par exemple en supprimant les toilettes séparées ou en imposant des journées « jupes pour tous » les mercredis pairs et « Gode ceinture pour toutes » les impairs. Et puis, fini les discriminations sexuelles honteuses : une stricte parité peut et doit être imposée dans les équipes de travail : un sage-homme pour chaque sage-femme et des équipes de foot composées de cinq hommes, cinq femmes et un trans, le tout, sous des vêtements adaptés aux religions de chacun, voilà qui aurait de la gueule !

conformity

Pas question non plus de choquer nos amis écologistes : tout le papier sera systématiquement recyclé, de la photocopieuse aux mouchoirs en passant par les toilettes devenues mixtes. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme dans la bonne humeur et le vivre-ensemble. Bien évidemment, il n’est plus question de manger des animaux, ces derniers étant sacrés dans les religions animistes et cela pourrait choquer leurs défenseurs. Pour des raisons religieuses évidentes, fini les étouffe-chrétiens à la cantine ! Terminé l’alcool, puis ce qui n’est ni halal, ni kascher. Et quand le Carême et Ramadan tomberont au même moment, les cantines ne distribueront plus qu’un peu d’eau tiède le midi avec un filet de citron. Voilà du vivre-ensemble vraiment accommodant !

Enfin, puisqu’il faut tenir compte des différents impératifs religieux, les entreprises devront fermer le jeudi (qui est férié dans une partie des pays musulmans), le vendredi (qui est jour de prière), le samedi (parce que c’est shabbat), le dimanche (parce que c’est le Jour Du Seigneur). Pour les animistes, le lundi fera l’affaire, et le mardi sera consacré aux hindous, aux bouddhistes et aux confucianistes.

Et là, on touchera en France un stade de perfection rarement atteint dans la vie communautaire, puisque l’entreprise sera alors ce lieu magique où les gens se rencontrent une unique fois par semaine, le mercredi midi, pour manger un bol de corn flakes garantis bio sans gluten arrosés de lait de soja éco-conscient avant que tous repartent chercher leurs enfants ou rejoindre leur potager macrobiotique pour un après-midi de détente multiculturelle.

Bon, on le comprend : tout ceci est évidemment fort complexe à mettre en place. Heureusement, j’ai une autre solution.

Pour les aspects alimentaires, le plus simple est de proposer la même chose pour tous, dans le respect des religions et des interdits alimentaires habituels, bien sûr. Un porridge bio peut faire l’affaire. Les horaires seraient les mêmes pour tous, et pour faire plus simple, un repas unique mais roboratif suffira. Pour éviter les discriminations sexuelles qui commencent, on l’oublie très souvent, par le prénom, je propose qu’on ne désigne plus les gens que par un numéro, neutre. Et pour les aspects vestimentaires, pourquoi ne pas limiter les ennuis en imposant à tout le monde une même tenue, par exemple un joli pyjama rayé ?

Et là, je vous assure que le vivre-ensemble sera parfait, absolu, total !

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