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Perfide Albion

Publié le 19 août 2015 par Malesherbes

Les journaux britanniques se déchaînent devant la situation créée à Calais par les migrants. Un journaliste a écrit : « Au lieu de leur offrir ces secours, les Français devraient utiliser des bulldozers, des canons à eau et des chiens de garde pour disperser les migrants ». Le Daily Mail a titré en première page : « Calais : envoyons-y  l’armée ». Ce débordement de rage m’avait conduit à penser : puisque la France se révèle incapable d’empêcher les migrants de quitter son territoire, qu’attendent donc les Britanniques pour démontrer leur excellence à empêcher les migrants de pénétrer dans le leur ?

J’avais grand tort. Pour apprécier cette situation, il faut se reporter à 2002. Le 2 décembre, lors d’une réunion avec le premier ministre britannique Tony Blair, notre ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, annonce que la fermeture du centre d’accueil des réfugiés de Sangatte, prévue pour avril 2003, sera réalisée le 30 décembre 2002. Il déclare dans la foulée : « Nous mettons fin à un symbole d’appel d’air de l’immigration clandestine dans le monde » !

Les 22 et 23 janvier 2003, les parlements français et allemands se réunissent à Versailles pour célébrer les quarante ans du traité d’amitié franco-allemande. Si ces deux pays s’opposent à la politique  américaine d’intervention en Irak, la Grande-Bretagne demeure fidèle à son rôle de soutien des États-Unis. Il est donc important de démontrer que l’amitié franco-allemande ne s’est pas faite aux dépens de l’Entente cordiale conclue entre la France et la Grande-Bretagne, entente dont on célébrera le centième anniversaire en 2004.

Le 4 février 2003, on réunit un sommet franco-britannique au Touquet. La Grande-Bretagne y annonce sa décision d’associer le groupe français Thalès à la construction de deux nouveaux porte-avions britanniques, sous la maîtrise d’œuvre de BAE Systems. Jacques Chirac exprime alors sa grande satisfaction devant le choix industriel de Londres, indiquant qu’ « il ouvre une perspective nouvelle  à la France pour la construction d’un deuxième porte-avions ». La Grande-Bretagne manifeste ainsi sa volonté d’une plus grande intégration européenne et la France accueille avec faveur ces perspectives industrielles et militaires nouvelles.

Lors de ce même sommet, il est décidé que la frontière entre la France et la Grande-Bretagne ne serait plus située au milieu du Pas-de-Calais mais est désormais placée à Calais. C’est donc à la France, éventuellement aidée par des Britanniques, qu’il incombe d’empêcher sur son sol les migrants sans papiers de se rendre en Grande-Bretagne. Cela ne semble pas si difficile, Nicolas Sarkozy ayant réglé le problème de Sangatte. Douze ans plus tard, on peut constater ceci : la situation à Calais est de plus en plus intenable. Si, d’après les accords de Schengen, on peut circuler librement à l’intérieur de l’Union européenne, c’est aux pays disposant de frontières extérieures qu’il appartient de veiller à leur respect. Paradoxalement, alors que le contrôle des frontières consiste surtout à empêcher des personnes indésirables de pénétrer dans l’espace Schengen, la France se trouve à Calais chargée de ne pas laisser ces personnes quitter cet espace, au profit d’un pays qui n’a pas signé ces mêmes accords de Schengen.

Ne serait-il pas temps de renégocier ces accords du Touquet, d’autant  plus que les décisions de coopération militaire qui avaient vraisemblablement facilité leur signature ont bel et bien rejoint depuis le cimetière des promesses oubliées ?


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