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La fin du village

Publié le 20 août 2015 par Christophefaurie
La fin du village Un anthropologue, Jean-Pierre Le Goff, enquête sur les transformations récentes d'un village de Provence. C'est très intéressant : on voit, en accéléré, les transformations subies par notre société. Etc'est très anthropologique : la description est minutieuse, exhaustive, avec quelques passages à la Perrec...
Le sentiment qui surnage est que l'on ne sait pas trop pourquoi, mais tout s'est "déglingué". Au départ, il y avait une petite communauté villageoise pauvre, mais dont la vie avait un sens. Aujourd'hui elle se retrouve dans la situation d'une tribu primitive après l'arrivée de l'homme blanc. 
Première transformation. La ville s'installe à la campagne. Des cadres des grandes villes proches y achètent une maison puis une forme de jet set "globale" y établit un pied-à-terre. Inflation de l'immobilier. Le loisir remplace le travail. Seconde transformation. Révolution culturelle ? Tentative de transformation radicale de la société. Deux composants : la "culture" et l'écologie. Les associations culturelles, subventionnées par la mairie, se multiplient. Elles tentent de prendre en main la communauté, de lui apprendre comment bien penser. On voit apparaître un moment un conseil municipal des enfants. Étrangement, ce projet s'associe naturellement aux techniques de l'entreprise : aussi bien pour les vieux de l'EHPAD, que pour les enfants, on parle de "qualité" et on applique les théories managériales ! (Gestion de production ?)
Quand cette utopie rencontre la réalité, plus rien ne fonctionne. Et surtout, plus rien n'a de sens. Il y a à un extrême de la société des nouveaux riches, qui étalent leur raffinement de parvenus, et considèrent le Provençal comme un primitif que l'on fréquente pour montrer sa largeur de vue. L'autre extrême est occupé par des déclassés, au chômage, qui n'ont plus goût à rien, et qui vivent d'une forme de mendicité publique. Les enfants sont déboussolés par le divorce. Leurs parents ne leur donnent plus de repères. Ils se déchargent sur l'école, dont la mission est quasi impossible. D'autant que la réussite scolaire est devenue une obsession. Ce qui conduit, paradoxalement, à priver l'enfant de liberté, et d'épanouissement. Par ailleurs, dans ce monde d'irresponsables, tout est source de conflit et d'appel à la gendarmerie. Le curé est considéré comme un GO de Club Med. On fait garder ses vieux et ses enfants par les organisations publiques. Et cela baigne dans une hypocrisie infecte : les porteurs de beaux sentiments sont des Tartuffe. Et cela fait le lit du FN. En effet, les valeurs traditionnelles de la communauté (la chasse, par exemple) sont étiquetées "mal". Que peut faire l'exclu dans ces conditions ? Sans compter que l'école monte ses enfants contre lui. 
Bien sûr, il y a toujours de bonnes volontés dont l'initiative permet de compenser les pires égarements. Mais, comment remettre notre société en marche ? Il est facile de démolir, mais bien plus compliqué d'en imaginer une nouvelle. 
(LE GOFF, Jean-Pierre, La fin du village, Gallimard, 2013.)

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