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Raymond Girardi « La grande distribution prive les classes populaires »

Publié le 20 août 2015 par Particommuniste34200

Si en moins de cinquante années, ces vautours se sont forgé des fortunes à milliards ce n’est pas en faisant des cadeaux mais en faisant croire, qu’ils en faisaient .

310419 Image 1 Olivier Coret Raymond Girardi, secrétaire général du mouvement de défense des exploitants familiaux (Modef) et agriculteur dans le Lot-et-Garonne, revient sur les enjeux de la journée de solidarité entre producteurs et consommateurs organisée aujourd’hui par son syndicat et le PCF.

Dans la crise agricole actuelle, ce sont les transformateurs qui sont pointés du doigt. La grande distribution est-elle en embuscade ?

Raymond Girardi Nous ne sommes pas dupes, on sait bien que ceux qui volent les producteurs et aussi les consommateurs, ce sont à la fois les grandes et moyennes surfaces (GMS) et les transformateurs. Ils essaient de se rejeter la balle, pour tenter de se disculper, or ils sont coupables l’un et l’autre. Ils ont strictement le même comportement : ils font de l’argent facile. Ils préfèrent prendre des marges très importantes sur des petits volumes plutôt que faire des marges raisonnables et vendre davantage de marchandises, que ce soit des légumes ou de la viande. Quand des tomates sont vendues au juste prix (1,50 euro le kilo), tel que nous le faisons aujourd’hui place de la Bastille, à Paris, et dans les villes de banlieue, les consommateurs en utilisent davantage que si elles étaient à 3 euros. En pratiquant des prix chers, la grande distribution prive les classes populaires de la possibilité d’acheter des fruits et légumes.

Quelle est la situation des producteurs de fruits et légumes, aujourd’hui ?

Raymond Girardi Elle ne fait qu’empirer chaque jour un peu plus. En une quinzaine d’années, la moitié des producteurs a disparu et le phénomène continue. Les conséquences sont graves pour l’indépendance alimentaire de la France, dans la mesure où, il y a vingt ans, nous étions excédentaires et exportateurs. Aujourd’hui, nous sommes déficitaires en fruits et légumes et nous ne produisons que 60 % de nos besoins.

Qui est responsable de cette dégradation ?

Raymond Girardi Ce sont ceux que nous avons déjà cités : les firmes internationales de la distribution et de la transformation. Auxquelles il faut ajouter le gouvernement ! Ce dernier laisse faire l’économie de marché en disant : 
« Débrouillez-vous ! » Nous dénonçons sa passivité, voire sa complicité.

La filière de la viande connaît-elle des difficultés similaires ?

Raymond Girardi Au-delà de la situation conjoncturelle, la production porcine couvre à peu près les besoins du pays. En production de volaille, nous sommes déficitaires alors que la FNSEA cherche à gagner des marchés à l’export. Pour notre part, nous pensons qu’avant de s’y lancer, il faut d’abord assurer la sécurité alimentaire de son propre pays.

Dans ce contexte, quels sont les objectifs de la journée de solidarité entre producteurs et consommateurs réalisée avec les militants du PCF ?

Raymond Girardi Seul le Modef, avec l’aide de ces militants et de certaines municipalités, a montré sa capacité à organiser une telle vente de fruits et légumes, environ 50 tonnes, à la Bastille et dans une quarantaine de villes de banlieue. D’une part, cette initiative consiste pour nous à aller au contact des citoyens pour établir un circuit court. Il s’agit de rendre concrète l’idée de solidarité entre producteurs et consommateurs en court-circuitant la grande distribution. D’autre part, nous en profitons pour dénoncer ses marges ainsi que les importations abusives. Le Modef dénonce aussi le dumping social et sanitaire. On sait, par exemple, qu’au Maroc, 
les salaires sont trois fois inférieurs. L’importation massive de fruits et légumes en provenance de ce pays nous fait une concurrence déloyale. Cela met aussi en péril la fertilité de ses terres agricoles du fait de l’épuisement des ressources naturelles avec l’utilisation débridée de produits phytosanitaires interdits chez nous. C’est une illustration de ce que nous appelons le dumping sanitaire qui met la santé publique au cœur des enjeux pour lesquels nous nous mobilisons. Cette journée est enfin l’occasion d’interpeller l’État qui se dérobe complètement face à ses responsabilités. À savoir, régler les problèmes économiques et sociaux dans l’intérêt des Français.

Quelles sont les revendications des paysans du Modef au vu de cette situation ?

Raymond Girardi Nous avons rencontré les représentants de l’État plusieurs fois cette année, notamment le ministre de l’Agriculture. À chaque fois, ils prennent note mais n’agissent pas. C’est pourquoi nous dénonçons leur passivité. Aujourd’hui, nous demandons des mesures d’encadrement des marges de la distribution avec un coefficient multiplicateur pour les prix. Nous demandons également la mise en place d’un calendrier d’importation, car importer massivement des denrées à l’époque de leur pleine production en France est suicidaire. Nous exigeons également que l’État assure la protection sanitaire des consommateurs.



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