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Le hoodie

Par Aelezig

Article de Elle - Juillet 2015

Mets ta capuche !

Après les rappeurs et les boxeurs, les stars le plébiscitent... Et nous on est ravies de s'y lover les soirs d'été. A coup sûr, le hoodie, c'est la nouvelle veste.

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Petit à petit, le hoodie a fait son nid. Ce sweat à capuche, jadis cantonné aux terrains de sport ou catalogué "mauvais genre", s'incruste désormais partout. Dans les open-spacs, il est l'apanage de la génération start-up, uniforme des disciples de Mark Zuckerberg donnant lui-même des conférences décontractées en hoodie noir. Les célébrités, elles, en ont fait une seconde peau : quoi de plus douillet que ce vêtement en molleton pour s'extraire de sa salle de gym ou effectuer une sortie d'aéroport en toute - relative - discrétion ? La liste des "hoodistas", adeptes de ce vêtement camouflage, est longue comme le Bottin mondain : Kristen Stewart, Rita Ora, Rihanna, Gwyneth Paltrow, Taylor Swift, Cara Delevingne, etc. Les podiums, enfin, vibrent à l'unission pour la pièce emblématique du sportswear et des subcultures urbaines : Chloé le voit délavé et quasi-caftan, Hood by Air lui confère une aura vaguement gothique, Julien David lui donne une dimension technologique. Idem dans la rue, où il est partout, sur le dos des filles lancées, des hipsters, des ados, des mères de famille, des bad boys et des gentils étudiants... Le hoodie serait-il le nouveau jean, pièce universelle et démocratique s'il en est ? Comme son aîné, il offre, en tous cas, un horizon très pop, celui du cool pour tous.

Belle revanche pour l'enfant naturel de la sueur et des marges. Car son CV ne garantissait pas nécessairement les front rows et les flashs de paparazzis. Il revient de loin, poings serrés et rage au ventre ! "Le hoodie naît dans les années 30, raconte Frédéric Godart, sociologue de la mode et auteur de "Penser la mode" (éd. IFM/Regard). Au départ, il est porté par les employés des chambres frigorifiques. Très vite, il est récupéré par les sportifs, surtout les athlètes qui luttent contre les conditions climatiques difficiles sur les stades, ou les boxeurs. Ensuite, logiquement, il gagne les campus et ses équipes prestigieuses." Monsieur arbore sur son sweat les armes de sa "team". Mademoisell Cheerleader se réchauffe, après l'hystérie des matchs, en empruntant ce moelleux blouson de coton à son homme. On notera que cette pièce est peut-être l'une des premières à être mixte, bien avant que tout cela ne soit conceptualisé. Jusque-là, donc, tout va bien : le hoodie est preppy. Puis viennent les années 70, le début du graffiti et du hip-hop. Les jeunes graffiteurs sortent la nuit, encapuchonnés, taguer des lieux désaffectés ou interdits. Et pour le hoodie, l'aventure commence. Les rappeurs, les skateurs, les membres de gangs, puis les adeptes de free parties technos, les militants Black Bloc (anticapitalistes) ou les partisans d'Anonymous ne sortent plus sans lui. "A partir de cette époque, il est considéré comme sulfureux, subversif, symbole des cultures alternatives", note encore Frédéric Godart. Il incarne les tensions urbaines, devient la panoplie des laissés-pour-comptes des centres-villes opulents. En 2012, la symbolique atteint son apogée avec l'affaire Trayvon Martin : ce jeune homme noir assassiné par un membre de milice privée, dont l'acquittement a embrasé les Etats-Unis. Ce jour-là, le garçon portait un hoodie sombre. "A ce moment-là, ce vêtement est devenu un symbole, note Frédéric Godart, celui de la résistance au racisme, du refus des bavures policières. Bref, il est arboré comme un élément de fierté par une partie de la population américaine." Kanye West, figure écoutée du rap outre-Atlantique et mari enamouré de Kim Kardashian, ne sort quasiment plus sans lui, manière de concilier sportswear et conscience politique.

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Mark Zuckerberg

Riche de tout cela, le hoodie connaît donc enfin son retour en grâce. "C'est un pièce polysémantique, qui correspond parfaitement à l'époque, en exprime de nombreuses facettes" reprend Frédéric Godart. En premier lieu, il accompagne notre culte du corps sain et du bien-être. "La culture fitness a pris une telle importance que le sportswear est devenu un énorme marché", explique Feriel Karoui du bureau de tendances Promostyl. L'engouement pour le running, l'obsession pour un mode de vie promu par des insta-models (très actives sur Instagram), comme Karlie Kloss ou Gisele Bündchen, a mené une esthétisation de tous les vêtements liés au sport. "Je détesterais sortir faire mon jogging dans un legging informe ou un sweat banal", note Elisabeth, accro à son running quotidien aux Buttes-Chaumont, à Paris. Les grandes marques de sportswear sont donc prêtes à tout pour toucher ce public féminin exigeant, et embauchent pour cela des créateurs glamour : Pedro Lourenço pour Nike, Stella McCartney ou Rita Ora pour Adidas, etc. "Notre société est de moins en moins formelle, s'assouplit dans tous ses codes. On prise plus que tout le style "effortless" à la parisienne, souligne encore Feriel Karoui. Le hoodie est symptomatique de cette envie de relâchement." Le blazer rigide a fait long feu, on veut de la souplesse et du confort. Le sweat à capuche est d'ailleurs souvent porté pour assouplir une pièce rigide. Sous un perfecto ou un manteau en drap de laine, il apporte une touche de douceur bienvenue. "Il est un peu régressif aussi, reprend Feriel Karoui. Il peut faire l'effet d'un vêtement doudou." Ca tombe bien, pour les trentenaires qui sont aujourd'hui aux commandes des entreprises de mode et des sphères créatives, le hoodie est indissociable de l'enfance, des années 80 ou 90 qui opèrent un revival aujourd'hui. Oui, le hoodie, comme le smiley, la chemise grunge, la casquette de base-ball, les Tamagotchi ou encore les Spice Girls, est d'abord une relique des jeunes années de la génération X. Le temps où l'on ne pensait qu'à se pelotonner sous sa capuche, à l'abri du mond et des autres. Dans le fond, la tête sous la capuche protectrice pourrait bien être une manière d'arracher un bout d'intimité, d'anonymat et de quiétude à une époque qui n'en est guère friande, plutôt versée dans les selfies et la transparence à tout prix. Voici donc le hoodie comme îlot de résistance. Qui a osé dire que le vêtement n'était pas politique ?

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Britney

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Katy

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Kanye et Kim

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Kristen

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The Beckham family


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