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5 idées reçues sur le temps de travail en Suisse

Publié le 24 août 2015 par David Talerman

Le travail est une valeur importante de la culture suisse. En Suisse, travailler est quasiment indispensable si vous voulez être accepté par la société (exception faite si vous êtes femme au foyer, bien sûr). Travailler, et avoir un emploi, c’est contribuer à l’effort économique du pays, c’est avoir un rôle, c’est exister socialement. C’est vrai dans la plupart des pays, mais cela revêt une dimension culturelle très particulière en Suisse, qui est probablement un héritage de l’influence protestante issue de l’Histoire du pays. Pour donner un peu de corps à tout ceci, je me suis penché sur le temps de travail, souvent cité en exemple en Suisse et qui, sans être un indicateur de l’efficacité au travail, donne toutefois quelques indications intéressantes sur le rapport au travail qu’on a dans le pays. Voici donc quelques chiffes et constats intéressants sur le temps de travail en Suisse.

#1. La durée effective moyenne de travail ne dépasse pas 36 heures

En Suisse, la loi fixe le temps de travail hebdomadaire entre 40 et 50 heures selon le secteur d’activité (grâce aux conventions collectives de travail, le temps de travail est réduit à 40 ou heures dans certaines entreprises ou certains secteurs). Quand on consulte les statistiques de l’OCDE, on remarque que le temps de travail habituel dans l’emploi principal en Suisse n’a jamais dépassé les 36 heures depuis l’année 2000. La raison ? Ces statistiques incluent l’ensemble des travailleurs, ceux ayant un emploi à 100%, mais aussi tous ceux qui travaillent moins.

#2. Les Suisses travaillent de moins en moins

En 14 ans, la durée hebdomadaire de travail des salariés suisses (à temps plein et à temps partiel) est passée de 35,9 heures à 34,7 heures selon les données officielles de l’OCDE. Certes, la baisse n’est pas spectaculaire, et pas forcément continue et linéaires (certaines années elle remonte), mais la tendance est clairement baissière. Si on regarde l’ensemble des pays de l’OCDE, on constate le même phénomène pour la plupart des pays : hormis la Pologne, le Portugal ou la France, qui ont stabilisé ou augmenté leur temps de travail, tous les pays ont vu leur temps de travail hebdomadaire baisser. Cela accrédite la thèse selon laquelle la proportion de personnes travaillant à temps partiel a augmenté par rapport au nombre de personnes travaillant à temps plein. Et la Suisse serait donc touchée.

Temps de travail en Suisse

Evolution du temps de travail hebdomadaire moyen en Suisse entre 2000 et 2014 (source : OCDE) – la ligne rouge indique la tendance linéaire

#3. En Suisse, les hommes travaillent 10 heures de plus par semaine que les femmes

Il m’est parfois arrivé de parler d’égalité des salaires entre les hommes et les femmes. Si on parle de temps de travail, on remarque que les femmes qui travaillent en Suisse travaillent en moyenne 10 heures de moins que les hommes (en 2014, le temps de travail hebdomadaire moyen des femmes est de 29,1 heures contre 39,8 heures pour les hommes). Si on compare à l’année 2000, on peut voir que ce temps de travail a très peu évolué pour les femmes (il était de 29,1 heures en 2000), alors que pour les hommes, il a baissé (les hommes travaillaient en moyenne 41,2 heures par semaine en 2000).

#4. Les personnes qui travaillent à temps partiel travaillent plus qu’avant

Les personnes qui travaillent à temps partiel travaillent plus aujourd’hui qu’en 2000 (16,1 heures en 2014 contre 14,5 heures en 2000). La hausse du nombre d’heures travaillées a été, depuis 2000, continue et stable. A l’inverse, les personnes qui travaillent à temps plein semblent, en moyenne, travailler moins : de 42,8 heures travaillées par semaine en 2000, on est passé à 41,6 en 2014.

#5. Les salariés suisses travaillent en moyenne moins que les salariés français

J’ai souvent eu l’occasion d’entendre mes amis suisses se moquer des 35 heures françaises (et pour être franc, je suis moi-même en opposition totale avec cette loi tellement efficace qu’elle n’a été copiée par aucun autre pays…). Quand on regarde les chiffres de plus près, on remarque quelque chose d’assez cocasse : les salariés français ont toujours, en moyenne, travaillé plus que les salariés suisses (par exemple, en 2014, les salariés français travaillaient 36,1 heures par semaine, contre 34,4 pour les Suisses). Pire, le nombre d’heures de travail hebdomadaire des salariés baisse en Suisse, alors qu’il est stable pour les français. Les proportions sont les mêmes lorsque vous prenez l’emploi total (indépendant + salariés). Une chose est en tous les cas très claire : il existe dans les deux pays une limite entre ce que le droit impose (ou suggère), et les pratiques…

Voilà en tous les cas des chiffres qui devraient animer les soirées franco-suisses.

Bon, je peux vous l’avouer maintenant : je voulais faire un article un peu décalé sur les risques de faire un AVC quand on travaillait en Suisse (selon une étude de The Lancet parue récemment, le risque d’AVC augmente avec le temps de travail), mais en faisant mes recherches, je n’ai pas résisté au plaisir de faire cet article. Et puis finalement, en regardant les chiffres, il n’est pas sûr que ceux qui travaillent en Suisse soient les plus exposés…

source : OCDE

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