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435ème semaine politique: la photo qui détruit 6 clichés politiques, ou pas.

Publié le 05 septembre 2015 par Juan

435ème semaine politique: la photo qui détruit 6 clichés politiques, ou pas.

Crédit Illustration: DoZone Parody

 

L'enfant mort a trois ans, il se nomme Aylan, et il git échoué sur une place, face contre terre, avant qu'un secouriste ne l'emmène. Cette photographie publiée mercredi a secoué les consciences et les médias

Elle a bousculé les discours convenus, et forcé l'Europe à réagir différemment.


#1 Cette photographie questionne la presse française. 
L'émotion est forte, très forte. Elle ne s'est pour l'instant pas vue dans ces sondages aux résultats xénophobes qui, cuvée après cuvée, donnent une haleine fétide à la parole de la France. Mais les appels à la solidarité se sont multipliés, avec plus de voix ou de portée que jamais.
La plupart des journaux nationaux ont préféré les unes sur les tracteurs ou la rentrée scolaire. Le cliché est paru mercredi matin (heure française), propagé par les réseaux sociaux avec une puissance et une rapidité que seuls Twitter ou Facebook peuvent avoir. Il fallu encore deux jours pour que le cliché efface l'actualité française.
La France médiatique est résiliente contre la réalité qui ne l'arrange pas.
#2 Cette photographie illustre la vacuité du débat sur les "migrants"
Ce sont des réfugiés qui fuient Daesch et la guerre en Syrie et en Irak. Pourtant, depuis bientôt trois ans, on s'exerce à qualifier de migrants des réfugiés politiques. On s'abime à débattre du "tri" qu'il faudrait faire entre demandeurs d'asile et clandestins économiques dans les flux d'immigrés qui déboulent en Italie, en Grèce ou en Bulgarie.
"Les réfugiés d’aujourd’hui me rappellent mon père fuyant le nazisme" écrit l'économiste libéral Guy Sorman. "Entre 1933 et 1940, plusieurs millions de réfugiés échappés d’Allemagne, de Pologne, des pays baltes, fuyant le nazisme, se heurtèrent à des frontières fermées." Les démocraties occidentales, à l'époque, étaient déjà honteuses.
Qualifiait-on de "migrants",  les millions de personnes qui fuyaient les dictatures nazie, mussolinienne ou franquiste ?
#3 Cette photographie a troublé la droite française
La droite furibarde, qui avait rejoint l'extrême droite, odieuse, dans son travail de confusion, assimilait réfugiés et immigration économique. Lundi, la porte-parole de LR, Lydia Guirous, demandait encore de "fermer les frontières, arrêter Schengen, arrêter la libre circulation". Un autre UMPiste, Frédéric Lefebvre, proposait la création de camps de réfugiés en Libye. La photo de l'enfant mort bouscule le parti LR. Nathalie Kosciuko-Morizet, qui veut se présenter à l'élection présidentielle de 2017 (C'est du "off", révélé jeudi par mégarde et dans la plus grande indifférence générale) l'a involontairement très bien illustrée sur France inter jeudi. Elle bafouilla des propositions contradictoires sur la situation des réfugiés.  La droite française est mal à l'aise.
Nicolas Sarkozy, qui expliquait son hostilité à toute répartition de l'accueil des réfugiés par une comparaison douteuse avec une "fuite d'eau" dans la cuisine, se planque.

#4 L'extrême droite est apparue fidèle à elle-même, odieuse. 
Réagissant à la publication de la photographie d'Aylan, Marine Le Pen ose dire que c'est la faute des gouvernements qui laissent croire qu'on peut accueillir ces "clandestins". Le droit d'asile et le devoir d'asile n'ont plus aucun sens pour elle. Mercredi 2 septembre, quelques heures après la publication de la photo d'Aylan sur les réseaux sociaux, Marine Le Pen publiait sur son compte Twitter officiel ceci:
Au hashtag de propagande bobo #JaiÉtéMigrant, je préfère celui que pourrait crier le peuple français : #JeVeuxResterFrançaisEnFrance ! MLP — Marine Le Pen (@MLP_officiel) 2 Septembre 2015

Sa nièce Marion Maréchal-Le Pen, l'une des deux députés frontistes, renchérit: "cette photo est atroce, elle est bouleversante et je trouve d'ailleurs indécent qu'elle soit ainsi utilisée à des fins politiciennes parce que c'est évidemment le but. Le but, c'est de culpabiliser les Français et leur faire accepter l'inacceptable, c'est-à-dire un nouveau transfert de souveraineté, une nouvelle dépossession de notre capacité de contrôle migratoire puisque aujourd'hui François Hollande et Angela Merkel veulent s'entendre pour mettre en place des quotas obligatoires".
Samedi 5 septembre, son compagnon et vice-président du FN Louis Alliot recommandait d'aller faire la guerre à Daesh.
#5 Cette photographie a conforté Angela Merkel.
La chancelière avait changé d'avis depuis le 25 août dernier. Elle avait déjà déclaré qu'elle refusait l'expulsion des réfugiés syriens vers leur pays d'entrée dans l'Union européenne. Dès jeudi, elle annonçait que son pays accueillerait des migrants à son tour. Les règles de l'espace Schenghen stipulent au contraire que seul le premier pays d'arrivée doit se charger des immigrés. Dès vendredi, des milliers de migrants sont transportés en bus de Hongrie vers l'Allemagne et l'Autriche.
#6 Cette photographie peut faire bouger l'Europe. 
A l'Elysée, une réunion interministérielle "sur les migrants" a permis quelques clichés supplémentaires d'un gouvernement "mobilisé", "qui travaille". Hollande parle à Merkel. Les deux expliquent qu'ils vont faire des "propositions communes pour organiser l’accueil des réfugiés et une répartition équitable en Europe", pour "rapprocher les normes pour renforcer le système d’asile européen". Aylan serait-il mort à cause d'un problème d'harmonisation des règles d'asile en Europe ? On se pince.
Jeudi, la Commission européenne demande aux Etats membres de répartir quelque 120.000 réfugiés supplémentaires au sein de l'Union. Hollande et Merkel envoient une lettre aux autorités européennes. Ils proposent de répartir les réfugiés sur l'ensemble de l'Union, "équitablement et dans un esprit de solidarité entre les Etats membres". On doute toutefois que l'autoritaire Orban, premier ministre hongrois qui vient d'ordonner la construction de barbelés, change d'avis sur la question.
Quand elle n'est pas photographiée, la réalité n'existe pas.


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