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Ces migrants qui incommodent commodément

Publié le 06 septembre 2015 par H16

Triste image que celle d’un enfant mort sur une plage. Les réactions, épidermiques, ont envahi les réseaux sociaux et ont immédiatement déclenché une vague émotionnelle tant chez les médias que chez les politiciens.

Pour certains, c’est un choc de se rappeler, consciemment, qu’une migration, hors de tous sentiers battus et policés, comporte des risques allant souvent jusqu’à la mort et que cette dernière touche indistinctement des hommes, des femmes et bien sûr des enfants. Et c’est donc un autre choc de constater qu’il aura fallu si longtemps pour arriver à cette prise de conscience alors que d’autres photos tournent en boucle depuis des mois et des mois sur les mêmes réseaux sociaux, qui permettent de se faire une idée assez précise (et parfois même, trop pour en dormir sereinement) de ce qui se passe à quelques milliers de kilomètres de chez nous ou à nos côtes et nos frontières.

La force de ces réseaux est, justement, de compresser les distances, mais aussi, par répétition des mêmes images, d’atténuer les réalités et de mettre sur un même niveau les émotions des uns et des autres. Les médias et les politiciens, systématiquement à la traîne de ce phénomène, viennent ensuite se greffer aux tempêtes générées et tentent de se les approprier avec le brio qui les caractérise.

Une constatation évidente, banale même, mais malheureusement indispensable, doit être faite : l’émotion occupant toute la place, la réflexion fuit le terrain ; et lorsqu’il s’agit des politiciens, ceux-ci n’en ayant plus fait preuve ces dernières décennies, on serait bien en peine de les voir en exhiber subitement le moindre échantillon maintenant, au moment où tout le monde y va d’une indignation qui n’est pas sans rappeler celle qui précéda et entraîna les foules le 11 janvier dernier, avec le résultat nul qu’on observe maintenant.

bande de charlie

Difficile, aussi, d’oublier quelques éléments essentiels.

D’un côté, il y a la nécessité de comprendre qu’on a affaire, ici, à des humains qui méritent ce simple respect, cet humanisme évident qui fonde l’existence même de notre civilisation ; qu’ils fuient la guerre et l’oppression, qu’ils recherchent un meilleur avenir économique, qu’ils tentent simplement d’améliorer leur condition par un voyage à ce point risqué devrait rappeler qu’il est dans la caractéristique même de chacun d’entre nous de toujours chercher à améliorer son sort. Difficile de reprocher à ces individus, à ces familles, à ces groupes, ce que nous serions les premiers à tenter si nous avions à subir la même situation. D’autant plus même qu’il n’y a pas si longtemps, l’Europe fut le théâtre de vagues comparables.

De l’autre, il est aussi impossible de ne pas voir une nouvelle dérive médiatique.

Comment oublier que cette photo, ces réfugiés, ces vagues migratoires et ces problèmes humanitaires s’inscrivent évidemment dans le plan de communication des partis aux différents parfums de socialisme français, au premier rang desquels on trouve autant le Parti Socialiste que le Front National ? Ces réfugiés et les images choquantes qui y sont attachées deviennent alors un magnifique instrument politique : pour les uns, il servira à rappeler, aussi bruyamment que possible, la bonté dégoulinante censée être inscrite dans l’ADN même du PS, et qui permettra de se positionner comme diamétralement opposé au FN à peu de frais.

Pour les autres, elle servira à montrer la manipulation des médias qui, en martelant stupidement cette image à tous propos et hors de propos, saturent les ondes d’émotion et de culpabilité en remplacement de toute solution opérationnelle, de tout discours politique raisonné, de toute stratégie humanitaire pragmatique et réellement efficace : un enfant est mort, vite, il faut faire quelque chose, n’importe quoi pourvu qu’on montre qu’on fait quelque chose, vite, vite, vite. Jetez un BHL en polystyrène expansé au milieu de tout ça, quelques commentaires débiles d’un baron de parti ou l’autre, et le tableau est complet, envie incluse et irrésistible de distribuer des baffes. Bonus évident, cette surmédiatisation permettra de faire encore monter le FN par diabolisation, ce qui, dans les petits papiers du PS, est une tactique parfaitement acceptable pour gagner des élections.

Autrement dit, ces réfugiés, ces images et cette photo deviennent les accessoires pratiques d’une politique calculée, parfaitement abjecte du reste, dans tous les partis de France, d’un bord à l’autre du spectre politique. Les humains derrière sont complètement oubliés : soit ils sont des poupées de larmes et de souffrances qu’on exhibera pour attirer les voix électorales, soit ils sont des envahisseurs en nombre toujours plus grand aux motivations forcément abominables qu’on utilisera pour les mêmes fins démagogues. Et pour la finesse d’analyse, on s’arrêtera là : seuls ces deux paquets d’individus sont considérés et l’immense palette de cas spécifiques, autrement plus nombreux, s’efface devant les enjeux politiciens.

Jusque là, je conviens n’avoir fait que rappeler quelques poncifs.

Pawel-Kuczynski - Democracy bombing
Malheureusement, beaucoup semblent complètement perdre de vue que la situation de ces réfugiés, de ces migrants et de ces victimes diverses est créée au départ par la déstabilisation et l’effondrement des pays d’où ils viennent à coup de bombes et de propagande, avec une France pas mal placée dans la course à celui des pays qui a mis le plus de bordel. Force est de constater qu’encore une fois, que ce soit en Irak, en Afghanistan, en Syrie ou en Libye, le « service après vente » de la démocratie livrée par bombardier laisse fortement à désirer.

Beaucoup semblent aussi perdre de vue que la difficulté d’entrer en Europe et les risques qui y sont liés sont directement issus des États européens eux-mêmes, ceux-là même qui pleurnichent maintenant des effets dont ils chérissent les causes. La cohérence de l’ensemble laisse pour le moins perplexe. Ballotés d’une émotion à une autre presque totalement opposée, les dirigeants, ayant depuis longtemps oublié couilles et colonne vertébrale au vestiaire de la démagogie, se contenteront d’aligner des mesurettes impraticables pour contenter tout le monde, ce qui veut dire essentiellement personne.

Très concrètement, on va surtout accroître les tensions internes en Europe, et au sein même des pays. On va bien sûr fermer encore plus les frontières et, comme pour l’interdiction des armes qui nuisent d’abord aux honnêtes hommes, ce seront les migrants légaux, les réfugiés légitimes et les victimes les plus faibles qui en pâtiront le plus, et en premier, aboutissant à l’exact opposé de ce que tout le monde avec deux sous d’humanité prétend faire. Dans le même temps, et parce que toutes les décisions seront prises en parfaite contradiction les unes des autres, on utilisera la puissance de l’État pour ponctionner encore les honnêtes citoyens et les tabasser de taxes toujours plus importantes pour soi-disant aider ces réfugiés, en lieu et place d’offrir le maximum de latitude aux associations caritatives, ou au lieu d’abaisser les myriades de barrières débiles à l’emploi, ce qui aggravera encore la situation économique de tous.

pawel-kuczynski - esclaveauxchainesdor
Tout ceci reviendra à « sur-crisper » la situation et ajouter un désastre économique au désastre humain, et ce, alors même que la richesse disponible en Europe par tête de pipe, si on élimine les excroissances tumorales étatiques massives, est gigantesque et s’accommoderait sans aucun souci de plusieurs millions de migrants et en bénéficierait même. Des États concentrés dans leur stricte limite régalienne pourraient assurer une vraie sécurité et, par la force des choses, une vraie intégration de ce flot. Ce ne sont pas des utopies dont il est question ici puisque l’humanité a déjà vécu ce genre de flux – en fait, plus importants – dans d’autres pays qui en sont sortis plus forts.

Mais à l’évidence, rien de tout ceci n’arrivera. Le désastre aura lieu parce qu’a contrario de ce qu’il faudrait faire, tout le monde, tous les partis, tous les dirigeants, tous les politiciens et toutes les foules gavées de collectivisme et de la certitude qu’il n’y aura point de salut sans un État fort et omniprésent, tous, en chœur, réclament plus d’État, plus d’intervention, partout, de cet État qui est responsable de tout ce bordel en premier lieu.

Et puisque tout le monde réclame ça, tout le monde va l’obtenir.

Bienvenue dans le monde réel.

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