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Comment le climat va changer la vigne

Publié le 16 septembre 2015 par Blanchemanche
#changementclimatique #viticulture

Frank Niedercorn / Journaliste | Le 15/09/2015


Le changement climatique concerne déjà les vignerons, qui vont devoir s'adapter, par exemple en changeant de cépages. Faute de quoi leur vin risque de ne plus trouver d'amateurs.

Certains cépages déjà existants s'avéreront mieux adaptés monde réchauffe.Certains cépages déjà existants s'avéreront mieux adaptés à un monde qui se réchauffe. - Photo Shutterstock

A quoi ressemblera le vignoble français et européen à l'horizon 2050 ? Il y a deux ans, dans un article retentissant, des scientifiques américains avaient alarmé les professionnels du vin. Ils démontraient que, d'ici à cette date, en raison du changement climatique, les surfaces adaptées à la culture de la vigne allaient fondre comme neige au soleil, reculant de 25 % à 75 % dans les neuf grandes régions de production mondiales. Piqués au vif, leurs homologues européens, et notamment français, critiquèrent « une vision alarmiste » et des erreurs méthodologiques. « Nos confrères oubliaient surtout que la viticulture a toujours eu l'habitude de s'adapter », résume Nathalie Ollat, ingénieur de recherche à l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) de Bordeaux.S'adapter : c'est l'enjeu du projet Laccave (« long term impact and adaptation to climate change in viticulture and oenology »), qui regroupe 23 laboratoires et équipes de différentes disciplines. L'une d'elles, associée à France Agrimer et à l'Inao (Institut national de l'origine et de la qualité), s'est lancée dans un exercice de prospective, envisageant quatre scénarios à l'horizon 2050. « Cette période est charnière. On sait que, d'ici là, la température moyenne devrait augmenter de 1 à 2 degrés. Au-delà, nous pouvons aller vers une stabilisation si nous réduisons très vite nos émissions de gaz à effet de serre. Sinon l'augmentation des températures continuera », résume Jean-Marc Touzard, spécialiste de l'économie de l'innovation à l'Inra de Montpellier.Si ces scientifiques n'ont pas encore terminé leurs travaux, ils ont déjà posé leurs hypothèses. Le premier scénario est celui de l'inaction. Avec, à l'arrivée, une possible multiplication des maladies, des vignes souffrant du manque d'eau, une dramatique baisse des rendements et une forte évolution de la qualité. « Ce scénario nous semble toutefois peu probable, justement parce que le monde la viticulture a toujours su s'adapter », note Jean-Marc Touzard.

Des vignobles « nomades » ?

Un autre scénario, lui aussi très radical, envisage une libéralisation totale du secteur de la viticulture mondiale qui se rapprocherait « un peu du marché de la bière ». Un monde du « tout est permis », dans lequel les appellations d'origine auraient volé en éclats, le marketing primerait et de grands opérateurs s'approvisionneraient en raisins en fonction de leurs besoins.Encore plus iconoclaste, le troisième scénario imagine des vignobles « nomades » : les terroirs existeraient, mais ils auraient une durée de vie temporaire - quelques dizaines d'années -, le temps de profiter d'un climat et de conditions favorables.Les scientifiques du projet Laccave privilégient un dernier scénario : en 2050, les grands vignobles seront toujours là, mais se sont adaptés grâce à l'innovation. Car les moyens de se préparer existent, et les vignerons utilisent déjà des parades. « Il y a quelques années, on effeuillait la vigne pour la faire profiter du soleil. Aujourd'hui, on fait plutôt l'inverse, en cherchant à la protéger », explique Stéphane Toutoundji, oenologue conseil et cofondateur du cabinet OEno Team.Il faudra aller plus loin, par exemple en exploitant à fond la connaissance de chaque terroir. « Sur une appellation, et même sur une propriété, les différences moyennes de température peuvent aller jusqu'à 1 ou 2 degrés. Cela correspond à la variation due au changement climatique », explique Hervé Quénol, du laboratoire de climatologie de l'université de Rennes. Dans le cadre du projet européen Adviclim, plusieurs vignobles (Navarre, Roumanie, Rhin, Val de Loire, Saint-Emilion) ont ainsi été parsemés de réseaux de capteurs de température, afin de diagnostiquer à une échelle très fine les évolutions climatiques.Plutôt que l'irrigation, vue comme une solution « ultime », la solution pourrait venir de la génétique, avec de nouvelles variétés mûrissant plus lentement, plus résistantes à la chaleur et aux maladies. « En parallèle, le principal enjeu est de faire diminuer les traitements phytosanitaires », insiste Nathalie Ollat. On peut également faire confiance à des cépages déjà existants, mieux adaptés à un climat qui se réchauffe. Ce sera compliqué en Bourgogne, où l'on ne cultive que le pinot noir. Moins en Languedoc-Roussillon et surtout à Bordeaux, où l'assemblage de différents cépages est une pratique aussi ancienne que le vignoble.A travers le projet Vitadapt, l'Inra étudie ainsi 52 cépages différents plantés sur une seule et même parcelle. Une première mondiale. Les résultats sont prometteurs et permettraient de trouver une alternative au plus célèbre cépage bordelais : le merlot, qui occupe plus de 60 % du vignoble, est réputé pour ses arômes fruités, mais aussi pour sa capacité à mûrir de façon précoce. Un sérieux handicap pour les années à venir. La solution pourrait être locale, avec par exemple le petit verdot, un cépage régional peu utilisé, prédit Kees Van Leeuwen, professeur de viticulture à l'université de Bordeaux, qui supervise le projet Vitadapt : « Il combine les qualités gustatives du cabernet sauvignon et du merlot tout en arrivant plus tard à maturité. » Même chose pour les blancs avec le cépage colombard, qui pourrait fournir une alternative au sauvignon blanc.Et ensuite ? Au-delà de 2040, la région de Bordeaux pourrait alors faire les yeux doux à l'un des multiples cépages portugais, estime les scientifiques. Le pays offre en effet un climat océanique similaire, mais plus chaud de quelques degrés. Autour de 2050, le touriga nacional pourrait, par exemple, avoir remplacé le merlot sur nombre de parcelles. A cette époque, la carte de la viticulture française aura considérablement évolué, prédit Jean-Marc Touzard : « Les grands vignobles seront toujours là, mais on verra des initiatives locales se multiplier. Je ne serais pas étonné de voir des vignes en Bretagne, dans le Nord ou en altitude. Et pourquoi pas en ville. » Même chose au niveau mondial. Des vignobles apparaîtront dans les régions du Nord. Certains prédisent même que l'actuel vignoble anglais deviendrait un paradis du vin effervescent. 
Frank Niedercorn
Production en hausse, diversité en baisseLe vignoble mondial s'étend sur 7,5 millions d'hectares. Cinq pays (Espagne, Chine, France, Italie, Turquie) en concentrent la moitié. 
Le trio France, Italie Espagne a généré 58 % d'une production de 270 millions d'hectolitres l'an dernier.
La consommation mondiale de vin a crû de 10 % depuis 2000. 
La France autorise l'utilisation de 210 cépages. Sur 6.000 cépages recensés dans le monde, 2.300 sont conservés par l'Inra sur son domaine de Vassal, dans l'Hérault. 
La diversité recule : en 2010, 35 cépages occupaient 66 % des surfaces plantées, contre 59 % dix ans auparavant, 
selon une étude l'université d'Adelaïde (Australie). Les plus utilisés, le cabernet sauvignon et le merlot, ont doublé leur surface.
En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/journal20150915/lec1_idees_et_debats/021314307667-comment-le-climat-va-changer-la-vigne-1155568.php?j3cdvkbwR2Icq75z.99


Le vin de Bordeaux condamné à disparaitre?

L'augmentation de la température moyenne du globe depuis 1990 affecte la biodiversité et pose la question de sa capacité d'adaptation à ce changement rapide et brutal du climat. 

Ce réchauffement climatique fragilise les terres viticoles et transforme les cépages. A ce rythme le climat du bordelais pourrait devenir en quelques années celui de l'Andalousie aujourd'hui et réduire ainsi des siècles de patrimoine à néant.
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