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MONSANTO : Les OGM de la discorde

Publié le 17 septembre 2015 par Blanchemanche
#Monsanto #OGM #Europe

Publié le Monsanto a décidé de retirer presque toutes ses demandes d’homologation pour des cultures transgéniques en Europe face à l’hostilité de la communauté européenne. Comment en est-t-on arrivé là ? Sixième épisode de la série Monsanto : les OGM.Louis Witter © Taranis NewsLouis Witter © Taranis NewsEn arrière toute pour la multinationale américaine. Monsanto a annoncé le 17 juillet, le retrait de la quasi totalité de ses demandes d’homologation pour la culture d’OGM (organisme génétiquement modifié). Au total, sept d’entre elles sont concernées dont cinq de maïs, une de soja et une autre de betterave à sucre. Seul le maïs controversé MON 810reste en course (autorisé en Europe mais interdit dans huit pays européens dont la France).Pourquoi un tel revirement ?Il s’explique par un système de règlementation semblable au parcours du combattant qui a fini par refroidir Monsanto. La marche mondiale du 23 mai contre Monsanto témoigne de l’animosité ambiante notamment en Europe. Les importations restent cependant d’actualité avec 41 OGM autorisés principalement pour la nourrir le bétail.L’autorité européenne de sécurité des aliments avait publié, le 18 juin, un nouveau document d’autorisation destiné aux entreprises qui commercialisent des aliments OGM en Europe. Le Professeur Hanspeter Naegeli  a expliqué que ce renouvellement était nécessaire au niveau sanitaire pour vérifier l’apparition de nouveaux éléments durant la commercialisation des produits.C’est quoi les OGM ?Les premières semences transgéniques ont été créées dans les années 80 par le géant de l’agrochimie Monsanto dans le but de résister à l’implacable Roundup, un herbicide totalfabriqué par la même firme. Pour cela les chercheurs ont sélectionné un gène provenant d’une bactérie résistante à l’herbicide, puis l’ont transposé dans l’ADN de la plante désignée. Résultat : un épandage d’herbicide en principe réduit et un rendement plus élevé. Depuis, la filière a développé bien d’autres plantes transgéniques. En 2014, les semences OGM recouvraient 73 millions d’hectares sur l’ensemble du territoire américain. Mais alors pourquoi le débat déchaine-t-il tant les passions ? Il faut revenir quelques années en arrière pour le comprendre.Comment les OGM se sont-ils imposés aux Etats-Unis ?Entre 1995 et 1997, trois espèces transgéniques sont implantées sur le marché : le colza, le soja et le coton appelés Roundup Ready. À l’époque, il existe un consensus pro-biotechnologie aux Etats-Unis. Dans cette perspective, les OGM n’ont pas été réglementés comme tels. « Les aliments , comme les fruits , les légumes , les céréales et leurs sous-produits , issus de variétés végétales mises au point par les nouvelles méthodes de modification génétique sont réglementés dans le cadre actuel de la loi […] en utilisant un approche identique dans son principe à celui appliqué aux aliments élaborés par la sélection végétale traditionnelle.« , peut-on ainsi lire sur le « Guide à l’industrie pour les aliments dérivés des nouvelles variétés végétales » daté du 29 mai 1992 de la Food and Drug Administration (FDA).Un statut ambiguUne décision politique qui repose sur le fait que les OGM sont considérés commeéquivalent au niveau substantiel  aux autres aliments. Ce principe, décrété d’après la politique de 1992  de la FDA, donne aux produits génétiquement modifiés un statut GRAS (GenerallyRecognized as Safe c’est à dire sans danger), décidé habituellement par un consensus de scientifiques et de nombreuses études. Cependant, ces conditions seraient absentes selon un rapport sur la sureté des OGM datant de 2013 et émanant de l’Institut pour une technologie responsable dirigé par  Jeffrey Smith, un essayiste américain connu pour son positionnement contre les produits transgéniques. L’équivalence au niveau substantiel  est également à l’origine de l’interdiction d’étiqueter un produit comme étant issue des OGM, quelques exceptions subsistent néanmoins, par exemple, si l’organisme contient un élément nutritionnel différent. En 2013, d’après un sondage du New York Times, 93% de la population s’est dit favorable à une identification de ces produits.

©Tony Webster©Tony WebsterLa police des semencesDésormais Monsanto possède 90% de la production de semences transgéniques. Celles-ci sont protégées par des brevets qui obligent les agriculteurs à payer chaque année pour recevoir les nouvelles graines. Ceux qui s’avisent de les replanter sont systématiquement poursuivis en justice. Comment ? Tout d’abord, en encourageant la délation entre agriculteurs. Pour cela, un numéro est mis a disposition des fermiers qui pourront, sous le couvert de l’anonymat, dénoncer leur voisins qui replanterais les semences Monsanto. Ensuite la firme explore les derniers achats de l’agriculteur concerné avant de lancer ou non une enquête. Des agences de détectives privés sont ensuite chargées de déceler les preuves d’une violation de brevet. Si Monsanto assure que la procédure est respectueuse et conforme à la loi, le discours n’est pas le même chez les agriculteurs. « La police des semences », ainsi surnommée est décrite comme ayant des méthodes musclées dignes de la « Gestapo » ou de la « mafia ». Cependant les plantes génétiquement modifiées n’ont pas toujours besoin de l’aide des agriculteurs pour voyager en témoigne un étrange phénomène de contaminationsur les plantes biologiques voisines.Un nouvel amendement à la loi budgétaire de l’agriculture pourrait rendre la firme toute-puissante. Le « Plant Protection Act » (article 735) a été voté au Congrès et approuvé par le président Obama en mai 2015. Celui-ci ne permettra plus aux tribunaux américains d’empêcher la vente ou production d’OGM même non autorisée, sur simple demande de l’agriculteur. Une décision contraire aux lois de libre marché et de concurrence. Elle est cependant provisoire et devrait expirer en septembre. Pourtant ce vote inquiète les ONG qui craignent un dangereux précédent.

Victoria Putz

http://www.neo-planete.com/les-ogm-de-la-discorde/

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