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Le front des maires effraie «Appel du 19 septembre pour les communes de France»

Publié le 18 septembre 2015 par Blanchemanche
#AMF

Par Nathalie Raulin — 


A l’invitation de l’AMF, des élus de gauche et de droite participeront samedi à une journée d’action contre la baisse des dotations. Une fronde qui inquiète l’exécutif.


Paris, le 19 novembre 2013. Parc des expositions, Porte de Versailles. Congrès annuel de l'Association des Maires de France (AMF). SUR LA PHOTO, Echarpe tricolore. COMMANDE N° 2013-1404 ACCORDWEB  *** Local Caption ***  Paris, le 19 novembre 2013. Parc des expositions, Porte de Versailles. Congrès annuel de l'Association des Maires de France (AMF). SUR LA PHOTO, Echarpe tricolore. COMMANDE N° 2013-1404 ACCORDWEB *** Local Caption ***
  •   Le front des maires effraie
Une journée de protestation «inédite» pour des maires fous d’inquiétude, au moins autant qu’un coup de maître politique pour son promoteur en chef, François Baroin, sénateur et maire (LR) de Troyes. Samedi, à l’invitation de l’Association des maires de France (AMF) qu’il préside, plusieurs milliers d’élus communaux, toutes étiquettes politiques confondues, vont, un peu partout en France, aller à la rencontre de leurs concitoyens pour dire tout le mal qu’ils pensent des 11 milliards d’euros de coupes budgétaires que veut leur imposer le gouvernement sur trois ans. Mieux : ils entendent «recueillir leur adhésion». A commencer par Baroin qui, sur le marché de Troyes, pressera lui-même le chaland de signer son «Appel du 19 septembre pour les communes de France», entre les fruits et les légumes, ou sur Internet et dans les bâtiments municipaux…Pour François Baroin, l’occasion est unique pour restaurer sa figure de«rassembleur», après sa récente prise de position, qui a fait polémique au sein de l’AMF, contre l’accueil des réfugiés dans sa ville. Peu importe s’il doit faire preuve de démagogie : l’ancien ministre du Budget de Nicolas Sarkozy avait été le premier à applaudir le président de l’UMP, qui, en meeting à Troyes début octobre 2014, avait prôné une réduction de la dépense publique de plus de 100 milliards d’euros, à coup sûr deux fois plus meurtrière pour les finances des collectivités locales… que ce que propose le gouvernement.Las ! Dans un contexte de grogne sociale généralisée, ce dernier a beaucoup à craindre de ce «mini-référendum» local. D’autant que sa base l’a lâché : le bureau de l’AMF (où droite et gauche siègent de manière paritaire) a voté la journée d’action à l’unanimité.

«Insoutenable»

Dans cette affaire, François Baroin a un allié de taille : André Laignel, maire socialiste d’Issoudun (Indre). Remonté contre les mauvaises manières de l’exécutif, le vice-président de l’AMF et spécialiste des finances locales a balayé les hésitations de son camp : «Nous avions ouvert le dialogue avec le gouvernement et celui-ci l’a interrompu unilatéralement fin mai, explique André Laignel. Le Premier ministre nous avait promis de finaliser nos discussions avant fin juin. Fin juillet, nous n’avions toujours aucune nouvelle. Nous avons décidé d’agir.»Vu l’enjeu, les probables dégâts politiques sont pour lui secondaires :«Certains pensent que cela risque d’être utilisé contre le gouvernement et ce n’est pas faux, admet-il. Les gouvernements ont multiplié les mauvais coups contre les collectivités locales, à commencer par Sarkozy quand il a supprimé la taxe professionnelle. Mais avec cette nouvelle baisse des dotations, beaucoup de communes sont aujourd’hui en danger. Il faut l’expliquer aux citoyens et rouvrir le dialogue avec le gouvernement. Personne ne conteste qu’il faille faire des efforts. Mais l’ampleur et le rythme des baisses de dotations programmées sont insoutenables.» Cette approche, tous ne la partagent pas dans la majorité. Fin juillet, quand il découvre les intentions de l’AMF, le sénateur et maire d’Alfortville (Val-de-Marne), Luc Carvounas, s’étrangle. A François Baroin qu’il croise dans les couloirs du Sénat, l’élu socialiste réclame sèchement des explications. «Il m’a tranquillement répondu que l’AMF comptait maintenir la pression jusqu’au congrès des maires de France, à savoir le 17 novembre, trois semaines avant le premier tour des régionales !» s’indigne Luc Carvounas.Comprenant, après réception du «kit de mobilisation» de l’association, l’ampleur du danger électoral, ce proche de Manuel Valls se fend, le 26 août, d’un courrier alarmiste au premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, et au président de la Fédération nationale des élus socialistes et républicains (FNESR), Pierre Cohen. Et prend les choses en main : «Je remarque que dans mon département, les villes de droite et celles gérées par les communistes avancent main dans la main,peste-t-il. Mais aucun maire PS du Val-de-Marne ne participera à cette mascarade politique.»

Ruralité

Ce n’est pas toujours si simple. Au congrès de La Rochelle, des députés PS ont mesuré le désarroi des élus communaux au fil des discussions de couloir. «En 2014, en pleine vague de "ras-le-bol fiscal", beaucoup se sont fait élire, non sans mal, sur la promesse de ne pas augmenter les impôts, explique l’un d’eux. En coupant dans leurs dotations, le gouvernement les met dans une situation intenable : soit ils réduisent l’offre de services publics aux citoyens, soit ils trahissent leur engagement électoral.» Pire encore : les maires socialistes des mégalopoles de Lyon, Lille et Paris ne sont pas les derniers à afficher leur mécontentement.Au PS comme au gouvernement, c’est le branle-bas de combat. Le 10 septembre, tous les élus socialistes reçoivent un message clair de leur instance nationale : «Ce 19 septembre a fini par apparaître comme une journée de contestation du pouvoir plutôt que de défense des collectivités, leur écrivent Cambadélis et Cohen. Nous ne pouvons nous y retrouver.» Le 14 septembre, à Vesoul (Haute-Saône), où il a délocalisé un comité interministériel consacré à la ruralité, François Hollande a tenté de rassurer : le fonds d’un milliard d’euros, promis par le Premier ministre au printemps pour aider les communes à investir, sera inscrit dans la loi de finances 2016 et consacré pour moitié aux zones rurales, promet le chef de l’Etat.De quoi inciter les élus socialistes à la modération. Gérard Collomb, maire PS de Lyon Métropole, y consent, mais seulement sur la forme. Mardi, assis au côté de François Baroin, le président de l’Association des communautés urbaines de France a donné le ton : «Nous partageons totalement l’analyse de l’AMF», assène-t-il, avant de préciser la voix vibrante d’indignation : «Sur 2,7 milliards de budget, Lyon va perdre 1 milliard d’euros en quatre ans…» Mais ni lui, ni la maire de Paris, Anne Hidalgo (reçue la semaine dernière à l’Elysée), ni la maire de Lille, Martine Aubry, ne s’associeront à la journée du 19. «Le but n’est pas de mettre des têtes au bout des piques», confie le maire de Lyon. Pas si sûr. Nathalie Raulinhttp://www.liberation.fr/politiques/2015/09/17/le-front-des-maires-effraie_1384861

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