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437ème semaine politique: le jour où François Hollande est devenu "François II"

Publié le 19 septembre 2015 par Juan

437ème semaine politique: le jour où François Hollande est
devenu

François Hollande ne voit plus rien, n'écoute plus rien, ne comprend plus rien. On peut dire qu'il a franchi un cap personnel. Ne l'appelez plus François Hollande mais François II. Contre son propre parti, contre ses propres engagements, contre toute logique politique, il continue son chemin.

Même sur la crise des réfugiés, un sujet éminemment présidentiel, il s'est effacé devant la difficulté.


La fin de l'Union
On faudrait continuer la chronique d'une gauche qui disparait. Éparpillée sur sa gauche, fondue dans un centre-droitisme craintif sur sa droite, la gauche française n'est pas seule frappée. En Grèce, où les électeurs votent enfin pour leur nouveau gouvernement ce 20 septembre, Syriza a perdu des soutiens, et surtout sur son flanc jeune. L'hémorragie est politique. Les proches d'Alexis Tsipras répètent que leur mentor n'a pas pu faire mieux. Tsipras a même remis son mandat en jeu. La démarche, plus démocratique que l'attitude monarchique si rapidement adoptée par un "François II" depuis son revirement social-libéral, est à peine soulignée.
L'Union européenne s'est abimée en Grèce, en démontrant qu'elle était incapable de solidarité, qu'elle préférait le dépeçage d'une économie et l'absurdité austéritaire. Elle continue de s'abimer avec la crise des réfugiés. Quand elle n'était même pas une idée (1936) ou seulement un concept (1956), l'Europe avait pourtant su ouvrir ses portes et ses frontières à d'autres crises de réfugiés. La victoire du franquisme en Espagne a précipité des centaines de milliers d'Espagnols républicains du côté français. La répression soviétique du soulèvement hongrois de l'automne 1956 a poussé près de 200.000 Hongrois vers l'Europe de l'Ouest.
Face à un conflit grandissant et protéiforme, né de la déstabilisation de la région à partir du printemps arabe puis de la guerre en Libye, les dirigeants occidentaux sont restés paralysés, le constat est unanime. Ces derniers mois, la crise des réfugiés s'est aggravée, le nombre de migrants fuyant la guerre et la persécution en Syrie, en Irak, mais aussi dans d'autres pays moins médiatiques comme l'Erythrée, ne cessant d'augmenter. On estime à 500.000 le nombre de réfugiés qui sont arrivés en Europe depuis janvier.
A la traine sur les réfugiés
 Elle avait 5 ans. Elle est morte noyée comme le petit Aylan il y a 15 jours. Elle était également syrienne. Le corps d'une petite fille a été retrouvé flottant au large de la Grèce cette semaine. L'Europe n'en est pas à imaginer des couloirs humanitaires. Pourtant, organiser officiellement et directement l'exil de ces réfugiés  hors de Syrie et d'Irak serait la meilleure façon de limiter les trafics de passeurs et les morts de réfugiés.
Mais n'en parlez pas. L'Europe, et la France, n'y sont pas prêtes.
L'Allemagne s'est montré généreuse, même si l'afflux brutal et non coordonné de milliers de réfugiés l'a contrainte à fermer ses frontières la semaine dernière. A l'inverse, les dirigeants hongrois, qui ont oublié la tradition d'accueil, ont fait barricader leur pays, provoquant troubles et désorganisation dans les pays voisins. Ainsi la Croatie a du fermer à son tour ses frontières.
La crise des réfugiés continue aussi d'abimer la France
Dans le passé, notre pays a démontré combien il savait se plier devant les pires instincts. Ainsi en octobre 1940, le gouvernement pétainiste devança l'appel des nazis pour exclure les citoyens français de confession juive de tous les postes de la Fonction publique.
La France est parfois grande, et parfois terrifiante de médiocrité. 
Loin d'être grande, notre classe politique s'est abaissée jusqu'à récuser le droit des minorités au profit des craintes de la majorité. Paralysé par une opinion jugée majoritairement acquise aux thèses xénophobes de l'extrême droite, droite et gauche ont choisi l'attentisme ou la surenchère.
A droite, certains ont choisi la collaboration la plus extrême avec les thèses xénophobes. Comme le Front National, le président de LR entretient la confusion migrants/immigrés, en organisant, cette semaine, un vote électronique des militants sur ses "12 propositions pour l'immigration". Comme le FN, Sarkozy agite le fantasme que des milliers de migrants vont débouler en France pour profiter du système social ("ceux qui sont rentrés dans un autre pays vont se précipiter chez nous pour profiter de nos prestations sociales."). Comme le FN, Sarkozy revendique la fin de l'état de droit et du devoir d'asile ("La France a le droit de choisir qui elle veut accueillir sur son territoire et qui elle veut refuser").
Sarko, le toutou de Marine
Vendredi, l'ancien monarque se confie au Parisien. Son autocritique sur son quinquennat raté se limite à peu de choses, une analyse fragile et mensongère de son comportement. Il ne dit rien, ne regrette rien sur son action politique. Il réécrit l'histoire - comme cette condamnation sans appel de Khadafi qu'il avait pourtant accueilli avec tambours et trompettes en décembre 2007; ou l'accusation faite à l'encontre de Hollande que ce dernier aurait "abandonné" la Libye au chaos, un chaos qui a débuté dès 2011. Il répète, une énième fois, combien il a changé ("je suis un vrai toutou"). Il préfère le Bristol au Fouquet's, pour la cuisine. Il a "beaucoup appris" de ses échecs.  A une lectrice du Parisien qui s'étonne que servir un plat sans porc dans une cantine soit instrumentalisé par Sarkozy, l'ancien monarque enfonce le clou: c'est à cause de "l’augmentation des phénomènes migratoires et des tentations communautaires": "il faut dire stop !". A un autre qui lui demande pourquoi il court après le FN, il répond à côté. Et parfois, il s'emballe, et tweete ses propos avec un orthographe approximatif: "j'ai la France en moi, je n'y peux rien. C'est une passion. Je peux essayer de la domestiquer. Mais le feu incandescent est là." Domestiquer ? Vraiment ?
A gauche, François Hollande a raté son moment. Moins que d'autres mais comme les autres, il a entretenu la confusion migrants/réfugiés; comme les autres, il a refusé d'accueillir une quote-part de réfugiés, avant de se rallier à la position de Merkel.
La solitude de François II
François Hollande suit un chemin solitaire. Il finira sans doute seul, au soir du premier tour. Sans troupe autre que quelques fidèles qui n'osèrent franchir le Rubicon de l'UDI, Hollande sera écrasé par Juppé, distancé derrière Sarkozy lui-même derrière Le Pen. Il pense qu'il sera second, mais second quand même au soir du premier tour de l'élection présidentielle de 2017.
Vers la fin de la semaine, Emmanuel Macron a fait fuiter l'idée que le statut des fonctionnaires devait être revu, car il ne serait plus "adéquat". Il s'est confié "à huit-clos" devant les membres d'un Think-tank. Il lui fallu ensuite démentir: "Les propos partiels rapportés donnent une vision déformée de ma pensée. Il ne peut y avoir aucune polémique à ce sujet". Il se trompait, il n'y avait pas de polémique. Les propos de Macron ne choquent plus tant ils sont prévisibles.  Et le coup de la fuite anonyme démentie publiquement est vieille comme cette Vème République vieillissante.
"On va progressivement entrer dans une zone - on y est déjà d'ailleurs - où la justification d'avoir un emploi à vie garanti sur des missions qui ne le justifient plus sera de moins en moins défendable." Emmanuel Macron, septembre 2015.
De tous les problèmes qui frappent la République - crise des réfugiés, précarité grandissante, inégalités aggravées, solidarité défaillante - lancer une énième pique contre celles et ceux qui l'incarnent au quotidien semblait donc nécessaire à ce jeune ministre égaré.
La sortie de Macron abime jusqu'à Manuel Valls lui-même. L'actuel premier ministre devrait sortir du gouvernement à l'issue des élections régionales de décembre. Lesquelles promettent d'être un nouveau désastre pour la "majorité" socialiste. Cette semaine, un ministre anonyme a agité le Landernau socialiste en proposant des alliances avec la droite pour faire barrage au Front national. Jean-Marie Le Guen fustigeait la même semaine la victoire de Jeremy Corbyn à la tête du Labour Party. Il fallut rameuter l'essayiste Caroline Fourest pour enfoncer le clou contre cette gauche qualifiée de "gauchiste" qui ne comprendrait pas la "réalité". Fourest avait des arguments caricaturaux: Corbyn serait ami des pires intégristes et antisémites du moment - le Hamas voire Al Qaida. Rappelez vous du proverbe moyennageux, "qui veut noyer son chien l'accuse de la rage."
La réalité est connue, elle se dévoile jour après jour devant nos yeux: une gauche qui doute applique le programme d'une droite elle-même décalée vers l'extrême droite. Et un président social-libéral croit en sa bonne étoile au point de refuser de comprendre la réalité et la désagrégation de son propre camp politique.


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