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La grogne paysanne

Publié le 19 septembre 2015 par Fabianus

LA GROGNE PAYSANNE
C’est toujours un plaisir de retrouver le Professeur Hitérole à l’occasion d’un apéritif. Après son entretien avec José Bové  il a daigné m’accorder un peu de son temps pour m’expliquer les problèmes des agriculteurs
Fabiano : Professeur, éclairez ma lanterne ! Pouvez-vous m’expliquer ce qui se passe chez nos agriculteurs qu’ils se sentent obligés de faire un défilé de tracteurs à Paris puis à Bruxelles ?
Prof Hitérole : Hé bien, ces opérations escargot loin d’être délits massent le long des routes l’exaspération des éleveurs de porc, de vaches et les produits qui en résultent : viande, lait, principalement. Pour dire vite, entre 22.000 et 25.000 exploitations sont au bord du dépôt de bilan et préfèreraient vendre des peaux de bêlants si les ovins ne risquaient pas, à leur tour, la surproduction parallèlement au danger de la fièvre catarrhale ovine dite maladie de la langue bleue. Mais, je m’égare à perdre la laine…
Fabiano : Oui, professeur, revenons à nos moutons…je veux dire aux porcs et aux vaches ! En quoi les filières porcines ou bovines ne nourrissent-elles plus leur homme ?
Prof Hitérole : Je vais commencer par le Porc pour amarrer mon exposé lequel devrait défiler sans divaguer ! Le porc, en France, est une viande bradée, bridée par les distributeurs brodeurs de marge ! Les grandes surfaces vendent régulièrement des côtes de porc à 2€ le kg alors qu’un prix de vente de 7€ le kg devrait être proposé pour couvrir les prix de revient de l’éleveur l va falloir trouver une prime à verrat et c’est ainsi qu’un arrêté public va limiter la promotion sur viande de porc fraîche à deux mois par an, en janvier et septembre. En dehors de ces deux mois les rabais ne pourront plus transformer un prix à moins de 50% du prix moyen. Mais le pire est le coût subi par l’embargo russe pour des raisons liées à l’Ukraine. La peste porcine n’explique pas tout ! Poutine fait sa tête de cochon et empêche 150.000 tonnes de porc européens de se transformer en koulibiak ! Le producteur de porc qui s’échine ne comprend pas et lance : pourquoi ai-je arrêt ? La commission européenne va devoir subventionner le stoppage des corps heu le stockage des porcs pour l’instant invendus afin de faire rebondir les cours bêtes, limiter l’écart négatif entre prix de vente et prix de revient et tenter d’éviter que l’écart casse le moral des éleveurs.   
Fabiano : N’ont-ils pas trop produit quand même ? N’y a-t-il pas surproduction ?
Prof Hitérole : La surproduction est européenne. Les cochons allemands et espagnols ont filé, mignons, sur l’autoroute de la concurrence et nos élevages ont été détruits car les charges dans l’hexagone sont bien supérieures à celles de nos voisins. Tant et si bien que la France qui avait une balance commerciale « porcine » excédentaire de 94 millions en 2000 est désormais déficitaire (- 143 millions en 2012). La France vend moins et achète plus. Comment relever le défi si terre perd en compétitivité ? Die Schweine et los cerdos doivent être moins nombreux c’est verrats cités !     
Fabiano : Hum, c’est du chacun pour soi. Et en ce qui concerne le lait ?
Prof Hitérole : La crise vient principalement de la fin des quotas. Pour la première fois depuis 31 ans les éleveurs européens vont découvrir la joie d’entreprendre en toute liberté. Car on détricota laiterie-quotas ! La fin des quotas équeute l’écoute des coûts régulés ! Sans quota l’éleveur lambda pourra surproduire au risque de faire chuter les prix ! Pauvres prix, de plus en plus volatiles qui nous posent la question de savoir ce que vaut lait, question que la vie colle sur le mur des préoccupations des éleveurs craignant d’être plumés. Il faut rajouter un autre problème : au niveau national on a supprimé le mécanisme de négociation interprofessionnel des prix géré par le CNIEL (Centre National Interprofessionnel de l’Economie Laitière) sous prétexte qu’il portait préjudice au consommateur final par constitution d’une entente sur les prix cartel est la crainte !. Il n’en est rien, apparemment. Les tiers n’ont jamais eu à en souffrir car les vaches sont plutôt du côté des distributeurs ! Ils vendent le litre de lait antillais, heu entier, à 1 € alors que, souvent, l’éleveur l’a vendu à 33 centimes et il lui manque 10 à 15 centimes pour couvrir ses frais ! Désormais, sans mode de régulation propre à la filière, les négociations avec les supermarchés seront encore plus difficiles !
Fabiano : Pas facile de vendre des produits « Frais » ! On ne peut pas fixer des prix planchers des vaches ?
Prof Hitérole : Ce prix plancher existe. Le 24 juillet, les producteurs de lait ont arraché une revalorisation desprixà hauteur de 3 à 4 euros les 1.000 litres pour atteindre 340 euros. Mais cette hausse a un impact très limité et n’est qu’un pis à lait car elle ne concerne que les produits de marque, l’avoine de la grande distribution.
Fabiano : Hum, si je comprends entre embargo russe, suppression des quotas, lobby de la grande distribution, concurrence européenne, nos agriculteurs s’enfoncent dans le déficit alors qu’on devrait leur dire : on fait tout pour ne pas que vous vous en lisier !
Prof Hitérole : Exactement ! D’où les opérations escargot et les révoltes paysannes qui telles des verrues virales rurales dévient,  râlent ! A nous de consommer français pour soutenir notre production à gris col qui ne demande qu’à retrouver son blanc (pain) !
Fabiano : Ça tombe bien, ce midi je mangerai du coq au riz Caux-niaque de chez nous !
Prof Hitérole : Ah ? Vous n’êtes plus végétarien ?
Prof Hitérole : Non…enfin, momentanément…Pour les besoins de la cause.

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