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Contribution de Jean-Chistophe Cambadélis au Conseil national du 19 septembre 2015

Publié le 21 septembre 2015 par Letombe

Contribution de Jean-Chistophe Cambadélis au Conseil national du 19 septembre 2015

Une confusion politique extrême règne en France. Elle est causée par l'opposition de droite et d'extrême droite qui ont de plus en plus de mal à dissimuler leur rapprochement de fait et qui, lentement mais sûrement, remettent en cause les repères républicains de notre démocratie. Il y a un grand danger que la crise des réfugiés va accentuer.

Cette confusion est également entretenue par l'esprit et les comportements de fragmentation qui prévalent à gauche. Le mauvais calcul fait par certains d'un nouveau front, gauche contre gauche, ajoute au brouillage général des clivages.

Cette confusion généralisée appelle une extrême clarté de la part du Parti socialiste, dans la défense de ses valeurs comme dans l'expression de ses positions. Face au danger réactionnaire et ultra-droitier à l'oeuvre dans notre pays et sur le continent, il en va de l'intérêt de la République, de l'Europe et des forces de progrès. Le Parti socialiste doit donc se prononcer de manière forte et claire sur des questions essentielles dont le traitement et l'issue détermineront en grande partie le destin collectif pour les années à venir.

Il y a - c'est l'urgence - la crise des réfugiés. Le Parti socialiste est pour un traitement républicain de l'immigration et des réfugiés. Républicain, c'est-à-dire dire humain avec les réfugiés et sans concessions sur les causes géopolitiques qui jettent les réfugiés sur les routes et dans nos bras. Les municipalités socialistes sont solidaires et disent oui à l'accueil, faisant honneur à notre histoire nationale et notre tradition républicaine. Les droites prétendent régler la question des réfugiés avec des préjugés et des nouvelles lignes Maginot qui sont toujours des lignes imaginaires, nous voulons la solidarité maîtrisée pour la rendre durable. Maitrisée, c'est-à-dire organisée, européanisée, en conjuguant humanité et responsabilité, en accueillant les migrants qui relèvent du statut de réfugiés et en raccompagnant dans le respect des personnes et du droit, les migrants économiques dans leurs pays d'origine, et ce afin de préserver le principe même du droit d'asile. Le Parti socialiste prône un traitement républicain et aussi un traitement international de la question des réfugiés et de l'immigration. Nous défendons ainsi l'organisation d'une conférence internationale, à Paris : cette idée que nous avons proposée lors de notre dernier congrès a été reprise par le Président de la République lors de sa conférence de presse de rentrée.

Les réfugiés fuient la guerre. Ils fuiront demain le climat. C'est pourquoi le Parti socialiste est pleinement engagé pour la réussite de la conférence Paris climat 2015, la COP 21. Il est plus que temps de stopper l'appétit de richesses naturelles du profit, incompatible avec notre monde fini d'espèces et de ressources. Nous réunirons les leaders sociaux-démocrates et les progressistes les 21 et 22 octobre prochains dans le cadre de notre campagne de sensibilisation et de mobilisation. Les droites ne s'intéressent à la question du climat que dans le cas des réfugiés climatiques, nous en avons fait le socle de notre nouvelle identité, la social-écologie. L'enjeu traverse tous les autres : il s'agit d'empêcher que la Terre devienne une planète sans vie et donc d'éviter que l'humanité devienne un peuple sans terre.

Le Parti socialiste a besoin de clarté dans l'expression de ses convictions mais aussi d'innover. Le Parti socialiste doit se dépasser. Cette bataille pour le dépassement doit se mener dès à présent, à tous ses échelons de notre formation et en dehors, aux côtés de toutes celles et de tous ceux qui veulent faire face au bloc réactionnaire et qui souhaitent bâtir une alliance populaire. Ce dépassement ne sera pas aisé pour les partis progressistes, car il faudra sortir de nos zones de confort, dépasser nos habitudes, nos appréhensions et nos réflexes. La limpidité de l'alternative devrait nous y aider, c'est soit le dépassement, soit le dépérissement.

La division provoque déjà ses effets dans la préparation des élections régionales. Rien n'aura milité pour que la gauche et les écologistes, unis au quotidien dans les exécutifs régionaux, travaillant à des régions humaines, solidaires et écologiques, se divisent lors de ce scrutin. Encore moins lorsqu'il s'agit de faire barrage au Front national. L'alliance entre Europe Ecologie - Les Verts et le Parti de gauche dans les régions ne vise pas à vise pas à gagner pour gérer la région, promouvoir l'écologie, voire assurer la défaite du Front national, mais à ériger sur la défaite de la gauche un nouveau pôle de radicalité. Jusqu'au bout nous nous battrons pour l'unité. Car décider la division, c'est manquer de clairvoyance mais surtout perdre de vue l'essentiel, l'impact de notre défaite commune sur la vie quotidienne de nos concitoyens au moment même où ils ont besoin de solidarité et d'efficacité, d'innovation et de protections. Il ne faut pas se leurrer, l'échec de la gauche provoquerait la transformation nos régions solidaires en laboratoires de l'austérité ou de la haine.

Sans relâche, dans le respect réciproque et jusqu'au bout, le Parti socialiste mènera la bataille de l'unité avec les forces de gauche et les Écologistes. Nous appelons d'ores et déjà nos partenaires historiques à faire sans ambiguïté le choix de l'union au second tour. En décembre, la gauche peut créer la surprise et aussi un véritable élan. Ne gâchons pas l'une et n'empêchons pas l'autre.

Le Parti socialiste fait preuve de clarté pour défendre ses valeurs réaffirmées, son identité renouvelée, penser son dépassement programmé et mener son combat pour l'unité. Le Parti socialiste fait aussi preuve de clarté dans l'expression de ses exigences vis-à-vis du Gouvernement dans le combat commun pour l'emploi et le redressement productif de notre pays. Le débat sur le budget ne peut être une énième querelle chez les socialistes. La situation politique et le moment électoral le proscrivent. Pour autant il faut faire l'inventaire du débat avec le gouvernement. Nous nous félicitons de la baisse massive de l'impôt et de l'instauration de l'impôt à la source, propositions du Parti socialiste qui continue de militer pour une une réforme fiscale. Le Parti socialiste enregistre avec satisfaction l'effort du Gouvernement vis à vis des collectivités locales pour l'investissement dans les territoires général et les communes rurales en particulier. L'effort en ce domaine doit être soutenu et constant.

Enfin, les décisions du gouvernement de lisser les abattements de cotisations répondent en partie à notre demande d'un pacte de responsabilité mieux ciblé et restructuré. Le Parti socialiste poursuit la discussion avec le gouvernement pour être utile à la France et aux Français.

Devant nous, il y a aussi l'enjeu crucial de la réforme du code du travail. Les lignes rouges du Parti socialiste concernant le respect des droits des travailleurs et de la négociation salariale sont les mêmes que celles du Président de la République et du Premier ministre. Afin de pouvoir arrêter ses positions et formuler des propositions précises dans le débat public, le Parti socialiste attend disposer du détail de réforme du droit du travail. En tout état de cause, fidèle à l'orientation de son congrès de Poitiers, le Parti socialiste considère la mise en oeuvre du compte personnel d'activité comme une préalable. C'est une garantie nécessaire à toute évolution et une contribution majeure à des parcours professionnels sécurisés. Une grande conquête sociale de la gauche pour l'intérêt général et l'avenir.

Jean-Christophe Cambadélis

Photo: Parti socialiste


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