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Cradle to Grave / Boy Meets Girl (2015): d’un extrême à l’autre

Publié le 28 septembre 2015 par Jfcd @enseriestv

Cradle to Crave est une nouvelle comédie de huit épisodes diffusée depuis le début septembre sur les ondes de BBC Two en Angleterre. L’action nous transporte au cœur des années 70 et s’intéresse au quotidien de la famille Baker avec le père Fred (Peter Kay), un débardeur de Londres, sa femme Bet (Lucy Speed) et leurs trois enfants Michael (Frankie Wilson), Sharon (Alice Sykes) et Danny (Laurie Kynaston), lequel assure la narration des épisodes. De son côté, Boy Meets Girl, autre nouveauté de six épisodes présentée tout de suite après sur la même chaîne réfère à Leo (Harry Hepple), 26 ans et qui vient tout juste de perdre son emploi. Un soir il rencontre dans un bar Judy (Rebecca Root) et bien qu’elle soit plus âgée que lui, c’est le coup de foudre. Le hic, si on peut s’exprimer ainsi, c’est que Judy est transsexuelle. Et si Léo semble s’en accommoder, qu’en dira sa famille qui est plutôt… conservatrice? Ces deux comédies qui se laissent facilement regarder sont aux antipodes en raison du fait que la première se sert des vieux clichés pour amuser le téléspectateur, alors que la seconde fait tout pour s’en éloigner. Et étonnement, c’est Boy Meets Girl qui en paie le prix.

Cradle To Grave: un genre définitivement stagnant

Bien que Cradle to Grave porte sur la famille Baker composée de cinq membres, on s’intéresse à seulement trois d’entre eux, à commencer par le père Fred qui se lance sans cesse dans des entreprises hasardeuses pour amasser plus d’argent, qu’il s’agisse de vendre sur le marché noir de la marchandise volée au port ou d’échanger leur lave-vaisselle pour une soixantaine de boîtes de haddock. De son côté, Bet est le pilier de la famille qui peine à composer avec sa progéniture en pleine adolescence, sans pour autant négliger sa vie de couple et dans le deuxième épisode, son objectif est d’y mettre un peu de piment… en se mettant à boire du vin. Reste Danny qui passe par plusieurs expérimentations, qu’il s’agisse de sa relation amoureuse avec sa petite amie, de ses premières beuveries avec les copains ou encore de son ébahissement face à la nouvelle technologie : l’arrivée du VCR dans la maison au troisième épisode.

Cradle to Grave / Boy Meets Girl (2015): d’un extrême à l’autre

La qualité première de la série est d’exploiter à fond le contexte des années 70, qu’il s’agisse de mode, de technologie ou du contexte social et on ne manque pas de faire quelques clins d’œil au futur comme lorsque Danny se débarrasse d’un 78 tours et que l’on voit affiché à l’écran qu’aujourd’hui il vaut 1 500 £ sur Ebay! Par contre, on ne parvient pas à réinventer la roue, ce qui est vraiment décourageant pour le genre qu’est la comédie. Fred est jusqu’à un certain point le gros imbécile heureux; un croisement parfait entre Fred Cailloux et Homer Simpson, tandis que sa femme n’existe qu’à travers ses interactions avec sa famille. Quant à leur fille Sharon, elle n’est d’aucune utilité à l’histoire puisque c’est Danny qui emporte tous les gags avec lui.

Cradle to Grave est inspirée de la biographie de Danny Baker intitulée Going to Sea in a Sieve et c’est justement lui qui a coécrit le scénario des épisodes. Il s’agit là d’une tendance ces dernières années aux États-Unis qu’il s’agisse de The Goldbergs (ABC) qui nous amène dans les années 80 ou de Fresh Off The Boat (ABC) dans les années 90. Celles-ci misent en partie sur la nostalgie pour divertir le public et sont narrées par un des enfants qui on le sait, sont à l’origine de la fiction que l’on voit. Mais s’il y a une chose qui ne change pas à travers les décennies, c’est le rôle des sexes et un genre de propagande positive de la famille comme noyau dur de la société. En ce sens, la nouveauté de BBC Two ne fait qu’apporter de l’eau au moulin sans vraiment se planter… ni se surpasser.

Boy Meets Girl : éduquer et/ou divertir

Malgré un titre qui semblait annoncer une série on ne peut plus conventionnelle, dès son ouverture, la série dissipe toute ambiguïté à ce sujet alors qu’on voit Judy annoncer au restaurant à Leo : « I was born with a penis ». D’une étonnante ouverture d’esprit, c’est à peine si le jeune homme laisse transparaître un malaise et le repas se termine avec un baiser. Si Judy n’a aucun problème à partager son expérience avec sa mère et sa sœur, Leo n’est pas prêt à en parler à sa famille, déjà que sa mère Pam (Denise Walsh) n’en revient toujours pas qu’il sorte avec une femme plus vieille. Impatiente néanmoins de la rencontrer, elle et les autres décident d’interrompre leur rendez-vous, de même que la famille de Judy au second épisode et tous se retrouvent un après-midi au restaurant alors que la semaine suivante, le couple se rend à une exposition d’art mettant en scène le corps humain; le prétexte idéal recherché par Leo afin d’en savoir davantage sur le processus du changement de sexe.

Ces derniers temps, aborder la transsexualité dans une fiction au petit écran est dans l’air, que l’on pense à Laverne Cox dans Orange is The New Black (Netflix), à Caitlyn Jenner dans sa téléréalité I am Cait (E!) ou encore à Jeffrey Tambor récemment auréolé d’un Emmy pour sa prestation dans Transparent d’Amazon. Mais ce qu’il y a d’inusité avec Boy Meets Girl, c’est que pour la première fois on abordera le thème de la relation amoureuse alors que dans les séries énumérées, on se concentrait davantage sur la transformation physiologique et psychologique des protagonistes. Malheureusement, après trois épisodes, le défi n’est que partiellement atteint.

Cradle to Grave / Boy Meets Girl (2015): d’un extrême à l’autre

Non que le scénario n’ait aucune valeur : l’idée est d’abord née en 2012 lorsque la BBC a organisé le concours « Trans Comedy Award », invitant les participants à soumettre des scénarios mettant en valeur la communauté transsexuelle et Elliott Kerrigan qui a écrit Boy meets Girl était l’un des gagnants. On connaît la suite. Le problème est qu’au risque d’être accusé de transphobie en y allant d’un humour plus caustique ou même plus cru (il s’agit quand même de sexualité après tout), on a temporisé en privilégiant l’aspect éducatif, ce qui est louable, mais qui n’est pas nécessairement divertissant pour le téléspectateur. L’autre problème est qu’on ne ressent pas vraiment de chimie au sein du couple et on ne sait trop ce qui au final les a attirés l’un vers l’autre. Comme l’écrit Alice Charles dans son article à propos de Judy :« She is utterly defined by her decision to change gender » et pour ce qui est de Leo, on ne le connaît pas davantage puisque jusqu’ici, il se limite au rôle du gars qui aime une transsexuelle.

S’aventurer en terrain connu avec en plus une tête d’affiche telle que Peter Kay aura été payant pour BBC Two puisque les deux premiers épisodes de Cradle to Grave se sont classés au premier rang de la chaîne avec un auditoire de 2,9 puis 2,62 millions. Boy Meets Girl, pourtant diffusée juste après a moins bien fait. 1,78 million de téléspectateurs ont regardé le premier épisode, ce qui lui a valu le 14e rang et la semaine suivante, on en comptait encore 1,41, cette fois au 20e rang. Mais le thème abordé est encore tabou pour certains si bien qu’on a l’impression par moment de marcher sur des œufs. Souhaitons cependant que dans quelques années, en comptant sur l’ouverture d’esprit, on aura droit à des scénarios plus coulants autour de ce sujet.


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