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Pourquoi Macron prédit-il la fin de la zone euro ?

Publié le 29 septembre 2015 par Blanchemanche
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Loïc Besson
Mis à jour le 28/09/2015

Emmanuel Macron a évoqué ce week-end une éventuelle disparition de la zone euro dans dix ans «si rien ne bouge». Une sortie qui n'étonne pas tellement les spécialistes.
Emmanuel Macron a notamment plaidé pour un «Parlement de la zone euro»
© StephanWermuth/Reuters
«Si rien ne bouge, il n'y a plus de zone euro dans dix ans.» Des propos de moins en moins rares. Sauf qu'ils sont ici tenus par... Emmanuel Macron. Le ministre de l'Économie deFrançois Hollande les a prononcé ce week-end lors d'un festival organisé par Le Monde où il était invité à s'exprimer. Le jeune ministre estime que «l'absence de proposition est un choix: c'est la sortie de l'euro». Une position qu'il aurait déjà assumée il y a quelques années, en privé, devant le président Hollande.Ces déclarations sont plus ou moins partagées par les spécialistes. «Tous les économistes sérieux le savent et le disent depuis des années: la zone euro n'est pas viable dans la situation actuelle. Il n'y a que les gens qui sont dans l'idéologie qui pensent le contraire», répète l'économiste Jacques Sapir. L'argument est partagé par tous: une zone euro trop hétérogène et des écarts de richesse et de compétitivité trop importants. Le tout cultivé par l'absence d'une gouvernance économique commune.«Faute d'institutions, la zone euro ne marche pas sur ses deux jambes.»Éric Heyer, directeur de recherche à l'OFCE

Pourquoi un tel pessimisme sur la zone euro?

«La zone euro ne fonctionne pas complètement parce qu'il n'y a pas de stratégie commune, ni industrielle ni monétaire. Faute d'institutions, la zone euro ne marche pas sur ses deux jambes», assène de son côté Éric Heyer, directeur à l'OFCE. Face à cette incomplétude, les replis nationalistes s'intensifient. Peu sont prêts à abandonner une part de leur souveraineté et les stratégies deviennent de moins en moins coopératives. À l'origine de la zone euro, les économistes laissaient deux à trois ans après le lancement de la monnaie unique pour coordonner une Europe fiscale et sociale. «On pensait que ce n'était qu'un début et que ce modèle européen viendrait. D'autres pensaient qu'il n'y en avait même pas besoin», se souvient Éric Heyer.Les discussions autour de ce scénario se font de plus en plus régulières. «Ce n'était pendant longtemps qu'un problème théorique mais la crise l'a remis sur la table très concrètement, notamment à partir de 2011 avec les problèmes de la dette publique», explique le prévisionniste. C'est à ce moment qu'a débuté l'effet boule de neige. Alors que les finances publiques n'étaient pas plus déséquilibrées dans la zone euro qu'ailleurs, l'absence d'institution capable de gouverner a inquiété les marchés financiers qui ont vu arriver la faillite d'un pays de la zone euro. «Pour montrer patte blanche, les États ont adopter la stratégie de l'austérité plus qu'ailleurs avec le cercle vicieux et les résultats que l'on connaît», comment le chercheur à l'OFCE.

Comment a évolué la zone euro depuis sa création?

Personne ne peut calculer aujourd'hui le temps de répit, s'il en est, restant à la zone euro. «En 2008 déjà, beaucoup disaient que la zone euro ne passerait pas Noël chaque année», rappelle l'économiste Éric Heyer. Pour Jacques Sapir, c'est l'accumulation des crises qui rend de plus en plus plausible un scénario auquel on n'échappera pas, selon lui. «On voit bien qu'à chaque crise, un petit morceau se détache. Au début des années 2000, l'euro était très sous-évalué. On était sous la parité avec le dollar qui avantageait l'Allemagne et permettait à la France et l'Italie de suivre. L'euro a commencé à monter, engendrant de graves problèmes de compétitivité entre les pays du nord et du sud que l'on connaît aujourd'hui. Tout le monde pense que la situation s'améliore mais les Portugais sont à 7,6% de déficit budgétaire, ce qui n'est tout simplement pas tenable. On voit bien qu'on est confronté à une accumulation de problèmes insolvables si on est réaliste», affirme le fervent de la «démondialisation».À l'inverse, Éric Heyer, directeur de recherche à l'OFCE, considère que les crises traversées par la zone euro l'ont poussé à se doter d'instruments nouveaux et, avec eux, un peu plus de solidarité. «Il y a toujours des '‘réunions de la dernière chance''. C'est comme ça qu'on évolue, petit pas par petit pas. Jusqu'à quand? Personne ne le sait», commente-t-il. Les annonces sont là, les passages à l'acte beaucoup moins. Le mécanisme européen de stabilité tel qu'il existe «peut gérer la crise d'un petit pays comme la Grèce mais il n'a pas les moyens pour un pays plus important. De plus, ces mécanismes gèrent les crises d'endettement, mais pas les crises économiques. Or la première est une conséquence de la seconde», rétorque Jacques Sapir. Pour Jean-Paul Betbeze, membre du Cercle des économistes, c'est un combat politique à mener avec des réformes en profondeur. «Il est stratégique de réussir», assume-t-il.
«Certains pays ont la capacité de tuer la zone euro.»Jacques Sapir, économiste
Les spécialistes les moins optimistes ne voient pas la zone euro durer encore dix ans. «Il faudrait des transferts entre États estimés à 350 milliards nets chaque année sur dix ans, contre 60 milliards actuellement, en provenance principalement d'Allemagne, soit 10% de sa richesse nationale. Est-il crédible de penser qu'il y aura un jour une réforme des procédures au sein de la zone euro qui soit aussi fondamentale? La réponse est non. L'Europe n'a pas les moyens politiques d'exiger un tel effort de la part du gouvernement allemand», note Jacques Sapir. Dans ces conditions, les États ont tout intérêt à revenir à leur monnaie nationale, selon lui. «D'après l'OFCE, le simple fait que l'Allemagne n'ait pas réévalué ses salaires a coûté 800.000 emplois à la France», affirme l'économiste souverainiste.L'analyste prévoit une disparition de la zone euro par effet cascade de la sortie des pays membres: «Certains pays, par leur poids, comme l'Allemagne, la France, l'Italie et l'Espagne, ont la capacité de tuer la zone euro. Les Italiens sont les premiers à constater que ce n'est plus possible. Le pays peut aujourd'hui décider de quitter la zone pour ses intérêts économiques. Si l'Italie sort, chacun comprendra que la zone euro est morte.»http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2015/09/28/20002-20150928ARTFIG00208-pourquoi-macron-predit-il-la-fin-de-la-zone-euro.php

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