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Foucault: une interprétation abstraite et doctrinaire du structuralisme. Roger Garaudy-1967

Par Roger Garaudy A Contre-Nuit

STRUCTURALISME ET MORT DE L'HOMMEpar Roger GARAUDY   Revue La Pensée, n°135,1967 
 [Fichier WORD du texte au format JPEG à l'adresse: http://rogergaraudy.blogspot.fr/2012/01/structuralisme-et-mort-de-lhomme.html]Jevoudrais souligner d'abord les conditions dans lesquelles se déroule enFrance le débat sur les problèmes du structuralisme à une étape qui n'estplus celle de la discussion des thèses de Lévi-Strauss, mais qui est beaucoupplus la discussion de thèses fondées sur une interprétation que j'appelleraiabstraite et doctrinaire du structuralisme.
Ce débat pose u n problème fondamental en ce qui concerne le développementde la conception de l'humanisme.
Nous pourrions résumer ce problème de la manière suivante : il y a environtrois quarts de siècle Nietzsche annonçait la mort de Dieu. Mais il ne suffit pasde tuer Dieu pour opérer une transmutation des valeurs : toutes les valeurs ditessupérieures, tout l'ensemble de ces raisons que l'homme se donne pour obéir,tout ce dédoublement du monde qui a fait de la philosophie, comme l'écrit M .Deleuze, l'histoire des soumissions de l'homme, tout cela est en bloc nié.La négation de la vie au nom de valeurs supérieures, qu'elles soient divinesou humaines, fait de la philosophie une force répressive, réactive, négative. Cettenégation, Nietzsche nous enseigne à l a rejeter pour retrouver l'identité de lapensée et de la vie, d'une vie qui serait essentiellement affirmation et création.C'est seulement par le rejet de ce dédoublement du monde que le surhommepourra naître comme affirmation sans limite et sans fin comme incessantecréation. Mais ce surhomme est-il encore l'homme, c'est-à-dire ce centre personnelde tous les actes de pensée, de toutes les initiatives par quoi se construit etse constitue une histoire humaine ?
Dans la perspective ouverte par Nietzsche l'homme peut-il demeurer le sujet "de la connaissance et le sujet de l'histoire ? L'affirmation de soi comme sujetne doit-elle pas être classée au nombre des illusions que dénonçait Nietzsche ?La deuxième source dont se réclame le courant néo-structuraliste, c'estFreud. Le passage de la proclamation de la mort de Dieu par Nietzsche à laproclamation de la mort de l'homme dans certaines interprétations doctrinaireset abstraites du structuralisme, passe par une interprétation de Freud qui estaujourd'hui surtout représentée en France par le docteur Lacan.
Le texte fondamental invoqué c'est un texte de 1917 de Freud qui étaitintitulé Une difficulté de la psychanalyse. Freud revendiquait pour la psychanalysele privilège « d'avoir infligé à l'amour propre humain sa troisième grandehumiliation depuis Copernic et Darwin, » : après celle de la cosmologie et dela biologie, celle de l a psychologie. Freud développait son idée de la manièresuivante : la vision traditionnelle depuis Ptolémée avait habitué l'homme àvivre dans u n monde clos dont il était le centre, et voici que ce monde humainest brusquement décentré par la découverte de Copernic, faisant en quelque sorteéclater les sphères de cristal qui enfermaient jusque là l'homme et la terre dansune sorte de chrysalide rassurante. L'homme et sa planète ne sont plus aujourd'huiqu'un point infime et dérisoire dans l'immensité sans fond des galaxies.Deuxième étape : ce monde humain est ensuite décentré par l a biologie deDarwin, qui substitue à la courte histoire biblique de 6 000 ans de dialogue del'homme avec son Dieu, le grand temps de cette sorte d'épopée sauvage de lavie dans laquelle les deux millions d'années de l'histoire et de la préhistoirehumaine d'après les évaluations actuelles de Leaky ne sont plus qu'un épisodedans le déploiement entier de l a vie sur notre planète, et de l a genèse de notreplanète dans le cosmos.
En fin ce monde humain est une fois encore décentré par la psychanalysedonnant de l'homme une image telle que toutes sortes de lignes de force ou defibres, venant de partout et de très loin, nous composent une âme de leurs noeudsmonstrueux, toujours prêts à échapper à notre contrôle et à se dénouer. Le psychanalyste,écrivait Freud, se distingue par sa foi dans le déterminisme de la viepsychique, et il montre que l'homme rationnel et moral au sens traditionnel,l'homme responsable de ses pensées et de ses actes, est une fiction. L'individus'identifiant aux instances porteuses de l'obligation morale crée u n sujet commeidéal du moi, et il est victime des illusions du sur-moi, qui, nous dit Freud,présente les rapports les plus intimes et les plus étroits avec l'acquisition philogénique,avec l'héritage archaïque de l'individu. Bref, entre d'une part le « surmoi» et, d'autre part, au niveau inférieur, le « çà » , entre les injonctions du supra-personnel et le dynamisme de l'infra-personnel, l'homme ne peut plus se définir en termes de sujet mais seulement en termes de structure. Le moi, c'est, comme l'écrivait déjà au début du siècle Jules de Gautier, une apparence inconsistante, le point où à quelque moment de la durée se fixent en un équilibre instable des forces multiples, complexes et insaisissables.
Dans cet écheveau complexe, Freud aurait pour tâche de dénouer par l'analyse ces forces et de les saisir en termes d'énergie et en termes de structure.
En France, il s'agit maintenant d'autre chose que d'un courant philosophique,il s'agit d'une véritable mode. Elle s'exprime dans les ouvrages desanalystes, des psychologues, des sociologues, des ethnologues ; la littérature, lesarts plastiques, le cinéma nous donnent aujourd'hui l'expression concrète de cetteconception de l'absence de sujet. En suivant certaines des séquences de Fahreinheit 451il me semblait entendre les dernières pages du livre de Foucault [NDLR:"Les mots et les choses", 1966] , disant :« L'homme n'est pas le plus vieux problème ni le plus constant qui se soit poséau savoir humain, l'homme est une invention, dont l'archéologie de notre penséemontre aisément la date récente, et peut-être la fin prochaine, » et, conclut Foucault,« l'homme s'effacera comme à la limite de la mer un visage de sable. »Un problème nous est ainsi imposé : le problème de la mort de l'homme.>> LIRE LA SUITE >>

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