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Le Samaritain de La Courneuve : déni d’humanité pour 300 roms

Publié le 07 octobre 2015 par Asse @ass69014555

Le Samaritain de La Courneuve : déni d’humanité pour 300 romsQue deviennent les familles roms du bidonville du Samaritain de La Courneuve depuis leur expulsion ?
Le campement du Samaritain La Courneuve a été évacué le jeudi 27 août. Deux unités de forces mobiles ont été déployées, a annoncé la préfecture de Seine-Saint-Denis, précisant que le diagnostic social, étape préalable obligatoire à toute expulsion, était achevé. Dans quelles conditions ? Peut-on appeler réellement qualifier de diagnostique social la visite de pure formalité réalisée " à l'arrache " sur le camp ? Et surtout pourquoi ce camp a-t-il été évacué juste au moment où des associations présentes sur le terrain (Médecins du Monde, la Fondation Abbé Pierre) ont obtenu un engagement financier de 400 000 euros pour assainir le lieu et le viabiliser à condition d'obtenir l'accord du maire. Et pourquoi l'a-t-il refusé ? Que deviennent ces familles qui vivaient à La Courneuve depuis de nombreuses années que quelques bien pensants aficionados du maire souhaiteraient aujourd'hui voir s'installer sous les fenêtres du préfet ?

" La mairie communiste de La Courneuve en a demandé, dès 2013, l'expulsion " témoigne Eric Fassin, sociologue au département de science politique et département d'études de genre Paris-VIII Vincennes-Saint-Denis. " Il devait avoir disparu pour la conférence internationale sur le climat, qui se tiendra dans trois mois non loin, au Parc des expositions du Bourget. Pourtant, cette fois, des associations ont obtenu un engagement financier pour assainir le lieu et le viabiliser. Mais améliorer les choses, ce serait avouer qu'il existe une alternative à l'expulsion. Si l'État s'abrite derrière les élus locaux pour expulser, on aurait tort de prendre une telle municipalisation pour argent comptant : l'expulsion est la clé de cette politique décentralisée du ministère de l'Intérieur. "

Le Samaritain de La Courneuve : déni d’humanité pour 300 roms
Pourtant, il existait une alternative à l'expulsion. Un projet inédit et entièrement autofinancé soutenu par plusieurs membres du conseil municipal, la communauté d'agglomération et des dizaines d'associations qui souhaitaient y contribuer, jusqu'au Préfet Délégué à l'Egalité des Chances ! Mais non. Gilles poux a décidé de tout refuser en bloc, comme en témoigne Jozsef Farkas, jeune porte-parole des familles : " j'ai 17 ans. J'habite dans le plus vieux bidonville de France, baptisé la " place du Samaritain ", rue Pascal à La Courneuve. À 80 familles venues chercher un avenir meilleur en France, nous avons construit nos logements et une église dans trois ruelles. Depuis 7 ans, comme nous n'avons pas eu de domiciliation administrative, nos efforts n'ont pas amélioré nos conditions de vie, qui restent dramatiques. Conscients de ce cercle vicieux, la Fondation Abbé Pierre et Médecins du Monde ont fait une proposition inespérée à notre maire : nettoyer le bidonville, y installer l'eau courante et le sécuriser avant d'entamer un travail suivi pour que nous puissions scolariser les enfants, travailler, et, petit à petit quitter le bidonville ".

Plus de 40 000 personnes ont soutenu - et soutiennent encore ce projet - en signant la pétition. Jozsef est amer. L'expulsion sans préavis a remis en cause l'avenir de toutes les personnes expulsées du camp, les privant d'avenir et les poussant à une survie indigne, à un déni total d'humanité. " Mon poste en service civique à l'association " Les Enfants du Canal ", où les 6 langues que je parle m'ont permis de devenir interprète et accompagnateur social. Mon projet de formation pour devenir aide-soignant. Ma participation à la prochaine édition de " The Voice ", pour laquelle j'ai été sélectionné après des années de soliste à l'église... Mais il ne s'agit pas que de moi. C'est aussi ma voisine, Aurélia, dont le mari et le fils travaillent comme électriciens sous contrat pour un artisan. Ou Ducu, mécanicien, qui fait vivre son épouse, jeune maman. Et tous les autres. "

Le Samaritain de La Courneuve : déni d’humanité pour 300 roms
" Sans doute objectera-t-on que l'État ne fait qu'appliquer les décisions de justice ", affirme Eric Fassin. " Mais pourquoi cette belle exigence républicaine ne va-t-elle pas jusqu'à faire respecter la loi, et à la respecter, lorsque des bidonvilles prennent feu (il n'y a jamais d'enquête), ou que des Roms sont agressés (nul n'est jamais condamné), quand des municipalités refusent d'assurer la collecte des déchets, ou qu'elles empêchent l'inscription d'enfants roms à l'école (l'État n'engage jamais de poursuites) ? Pourquoi la circulaire du 26 août 2012 n'est-elle pas respectée par les pouvoirs publics, qu'il s'agisse d'offrir des solutions de relogement, ou (le Défenseur des Droits l'a souligné) d'attendre les décisions de justice avant d'expulser ? "

Pour en savoir plus, écoutez cette émission du 7 septembre 2015

" A partir du moment où on évacue, on ne règle pas le problème, on déplace le problème ", a dénoncé M. Delevoye, président du Conseil social, économique et environnemental (Cese) et ancien président de l'association des maires de France sur Europe 1 en août dernier. " On est en train de rompre, en réalité, toute une série de liens sociaux qui se sont tissés grâce aux associations, à celles et ceux qui accompagnaient par une méthode de sédentarisation. Nous sommes dans un état d'indignation quand on regarde La Courneuve, on réagit à l'actualité, mais en fin de compte, on a accepté pendant huit ans de voir des hommes et des femmes être logés dans des conditions que nous n'aurions plus accepté "

Sous le feu des critiques, le maire PCF de La Courneuve, qui a signé l'arrêté d'expulsion, a expliqué dans un communiqué qu'il n'avait pas le choix. " Aucune réponse n'est apportée à notre ville et à ses habitants qui depuis des années sont confrontés à une situation tout à fait exceptionnelle ", a fait valoir Gilles Poux. " La solidarité nationale dans une République égale et fraternelle doit s'exercer ", a ajouté l'édile, appelant à une meilleure répartition de l'effort de solidarité sur l'ensemble de l'Ile-de-France et du territoire. Le groupe des élus socialistes, écologistes et citoyens de La Courneuve lui a apporté un soutien sans faille : " Alors que le nombre de demandeurs de logements ne cesse d'augmenter et que les difficultés sociales demeurent très fortes dans notre ville, il est inacceptable de demander à La Courneuve de régler seule la question de l'insertion des populations de ce bidonville ".

Ces familles aspirent à s'installer définitivement mais sont en butte aux discriminations et aux obstacles administratifs. Ainsi, le 4 septembre, la police leur a de nouveau rendu visite, cette fois pour distribuer des Obligations de quitter le territoire français (OQTF) y compris à ceux qui ont un travail. Heureusement, toutes ont pu être annulées, après un recours de leur avocat. Le même jour, des familles ivoiriennes expulsées d'un squat voisin sont venues s'installer dans le même parc, dans les mêmes conditions, victimes elles aussi de l'acharnement de diverses autorités à expulser et se rejeter les unes aux autres les sans-logis.

Comme il s'y était engagé en août dernier, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, a observé avec la plus grande vigilance les conditions dans lesquelles s'est déroulée, hier, l'évacuation du camp de la Courneuve qui abritait 80 familles. Jacques Toubon constate que le diagnostic social, préalable obligatoire aux termes de la circulaire du 26 aout 2012 et qui fait obligation aux autorités publiques d'évaluer les besoins des populations concernées pour mettre en place les mesures d'accompagnement, a été tardivement et partiellement mis en œuvre. Il rappelle que le tribunal de grande instance de Bobigny avait accordé un délai de 6 mois à la préfecture pour organiser dans les meilleures conditions l'évacuation du camp et " travailler activement au projet de relogement ". Il est surpris par le caractère improvisé des conditions dans lesquelles l'évacuation semble s'être déroulée.

Le Samaritain de La Courneuve : déni d’humanité pour 300 roms
Jacques Toubon déplore qu'aucune solution pérenne d'hébergement et de prise en charge sanitaire et sociale n'ait été proposée aux familles. A quelques jours de la rentrée scolaire, il souligne plus particulièrement sa vive préoccupation à propos des enfants qui vivaient dans le camp du Samaritain : identifiés et suivis pour certains depuis plusieurs années par les services sociaux et les associations, la plupart d'entre eux étaient scolarisés. Le Défenseur des droits, sur la base des premiers témoignages qu'il a pu collecter ou dont les médias se sont fait l'écho, constate que certains enfants, relogés trop loin ou de façon non durable, ne pourront pas faire leur rentrée à l'école mardi prochain. Au titre de sa mission de défense des droits de l'enfant, en particulier de l'obligation de scolariser, il appelle avec la plus grande fermeté, les Pouvoirs publics à s'assurer, dans les meilleurs délais, que l'ensemble des enfants pourront poursuivre leur scolarité dès mardi 1er septembre, dans les meilleures conditions.

Le 11 septembre dernier, Delia Romanès, qui a vécu dans le plus vieux campement de France à Nanterre au milieu de 3.000 caravanes en 1988 avant d'obtenir en 1996 ses papiers de résidente française et de fonder le cirque familial avec son mari, Alexandre en 1993, déclarait à l'AFP " Nous le peuple tzigane que vous appelez Rom, on est dans la même situation que les gens qui viennent d'Irak et de Syrie. Mais, nous sommes victimes de discrimination en France. Rien n'est fait pour son peuple qui ne représente pourtant que quelque 15.000 personnes en France. On est traités pire que des chiens. La vie dans les campements est inhumaine. Et quand les bidonvilles sont détruits, comme celui du " Samaritain " à la Courneuve, les femmes, les enfants, les personnes âgées et même les handicapés sont expulsés sans aucune solution d'accueil ", déplore la matriarche des Romanès.

Aujourd'hui, les roms de La Courneuve (sur)vivent et dorment toujours sous la tente, aux abords de la mairie de La Courneuve. Avec le soutien d'associations et de particuliers. Sous les fenêtres de Gilles Poux...

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