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Non, la courbe du chômage ne s'inverse toujours pas !

Publié le 27 octobre 2015 par Raphael57

Non, la courbe du chômage ne s'inverse toujours pas !

C'était le 9 septembre 2012. Le président de la République était l'invité de TF1 pour détailler son plan de redressement pour l'emploi. Il y annonçait notamment qu'il "inverserait la courbe du chômage d'ici un an", tout en tenant un discours basé quasi exclusivement sur la compétitivité, comme si tout dépendait uniquement de la compétitivité, devenue du reste synonyme de coupes budgétaires...

Et depuis l'annonce d'une baisse du nombre de demandeurs d'emploi au mois de septembre, les médias communient avec le gouvernement dans l'illusion d'un retournement de tendance, alors même que la croissance reste très faible, que l'inflation reste quasi-nulle, que l'investissement privé demeure déprimé, etc.

Le billet d'aujourd'hui sera donc l'occasion, en plus de donner une brève photographie de la situation actuelle, de donner quelques notions sur la nature du chômage dans les théories économiques.

La situation actuelle sur le front du chômage en France

En France, selon l'INSEE, le taux de chômage au 2e trimestre 2015 s'élève à 10,3 % de la population active :

Non, la courbe du chômage ne s'inverse toujours pas !

[ Source : INSEE ]

Plus inquiétant encore, le halo de chômage - c'est-à-dire les personnes inactives au sens du BIT mais qui souhaitent travailler - s'élève à près de 1,5 million de personnes !

Non, la courbe du chômage ne s'inverse toujours pas !

[ Source : INSEE ]

En ce qui concerne le taux d'emploi, et surtout le taux d'emploi en CDI, il ne laisse rien présager de bon, d'autant que les formes précaires d'emplois se multiplient et que le chômage de longue durée explose.

Quant aux personnes de plus de 50 ans à la recherche d'un emploi, leur situation est tout simplement désespérante (désespérée ?) :

Non, la courbe du chômage ne s'inverse toujours pas !

[ Source : Midi Libre ]

Chômage classique vs chômage keynésien

Les économistes ne sont pas tous d'accord sur la nature du chômage. Selon que l'on privilégie une approche par la demande ou l'offre on distingue :

 * le chômage keynésien : celui-ci résulte de l'insuffisance de la demande de biens et de services. D'où l'intérêt d'éviter les politiques d'austérité - également appelées dévaluation interne - en pleine crise et de lisser ensuite les ajustements budgétaires lorsque la croissance revient. Or, avec une croissance potentielle aussi faible, la France, et plus généralement la zone euro, va avoir du mal à créer des emplois.

 * le chômage classique : celui-ci résulte d'un sous-emploi des capacités de production. D'où la nécessité d'améliorer la profitabilité des entreprises au travers d'une baisse des salaires réels et des charges sociales notamment.

Quant à la notion de chômage volontaire, qui fait florès auprès des politiques et des médias, on peut immédiatement l'oublier. En effet, lorsqu'on voit les chiffres de créations d'entreprises et en particulier des autoentrepreneurs, on comprend aisément que la majorité des chômeurs ont à coeur de retrouver du travail au plus vite, quitte à prendre tous les risques en créant une entreprise et en perdant la sécurité qu'offre le salariat.

Le taux de chômage d'équilibre

A long terme, en l'absence de chocs macroéconomiques, le taux de chômage atteint un équilibre, qui dépend des conditions d'appariements entre offre et demande de travail, et des institutions du marché du travail comme les modalités de négociations ou le rôle des syndicats.

Cette notion de taux de chômage d'équilibre permet donc de déterminer quelle est la part du chômage effectif qui dépend des caractéristiques structurelles (et frictionnelles) de l'économie et quelle est celle due à l'insuffisance de la demande globale.

Elle fait écho au concept de taux de chômage naturel, que Milton Friedman définissait comme le taux de chômage incompressible dans un cadre de concurrence parfaite. C'est une notion normative, en ce sens qu'elle s'inscrit dans un cadre de concurrence parfaite et relie donc le chômage structurel à des rigidités du marché. On le rencontre aussi sous l'acronyme NAIRU (Non-Accelerating Inflation Rate of Unemployment). Pour le dire simplement, à long terme, le taux de chômage effectif converge vers le NAIRU, d'où l'intérêt de pouvoir mesurer ce dernier.

L'hystérésis du chômage

Pour expliquer pourquoi après un choc, comme la crise de 2007, le taux de chômage de la zone euro ne baisse pas, mais au contraire semble monter durablement d'un cran, les économistes ont développé la notion d'hystérésis du chômage. Les deux principales explications à ce surplus de chômage qui ne semble pas se résorber à terme, sont :

 * le NAIRU, que nous avons défini ci-dessus, aurait augmenté de manière permanente à chaque crise. Ainsi, par définition du NAIRU, aucune stimulation de la demande ne permettra de réduire le chômage sous ce taux. Or quand on sait que la NAIRU est aujourd'hui estimé par certains économistes à plus de 9 % en France, on est en droit de s'inquiéter...

 * le marché du travail au sein de la zone euro serait du type insiders/outsiders. Cela signifie que les négociations sont faites en fonction des intérêts des salariés qui ont conservé leur emploi (insiders). Dès lors, lorsque l'économie tourne au ralenti, une partie des salariés perdent leur emploi (outsiders), tandis que les salaires des insiders ne sont pas réduits. Ainsi, lorsque l'économie connaît ensuite des jours meilleurs, les salaires des insiders augmentent mais les chômeurs ne retrouvent pas leur emploi.

La flexibilisation à outrance est une erreur

Certes, le marché du travail en France connaît de nombreuses difficultés, qui vont être aggravées par l'ubérisation (qui risque du reste de faire baisser le taux de chômage avant 2017, mais est-ce une bonne nouvelle ?) et la disparition des emplois intermédiaires.

Mais la piste de la flexibilisation à outrance est une erreur, comme l'a montré une étude récente du FMI. En effet, pour faire simple, les équipes de recherche du FMI ont cherché à étudier les conséquences de plusieurs réformes structurelles sur la croissance potentielle, au travers de la productivité globale des facteurs. Et parmi celles-ci, se trouve justement un changement de réglementation du travail qui doit évidemment s'entendre comme une flexibilisation et une déréglementation. La conclusion de l'étude est édifiante : aucun effet sur la croissance potentielle à moyen terme et même un effet négatif à court terme !

Quant au dynamisme démographique de la France, il ne sera pas d'une grande utilité si l'emploi continue à se réduire comme peau de chagrin. Ne négligeons surtout pas le manque criant de demande, qui fait tourner nos industries traditionnelles au ralenti alors qu'elles sont indispensables à la reprise économique !

Le chômage n'est pas qu'un chiffre

Pour finir, qui y a-t-il de plus exaspérant que d'entendre nos politiques évoquer le chômage uniquement sous l'angle de son taux ? De la sorte, on occulte à dessein toutes les questions de qualité de l'emploi et de déclassement professionnel, qui expliquent certainement une part de la baisse enregistrée en septembre, sans compter les dispositifs de contrats aidés et autres régimes dérogatoires (alternance, apprentissage, etc.).

Car à moins de faire preuve de mauvaise foi, chacun sait bien qu'avoir un emploi pour lequel on est surqualifié n'est pas une bonne nouvelle ni pour son titulaire ni pour l'économie dans son ensemble. De plus je fais une différence entre travail et emploi, le premier n'étant que la déclinaison moderne du tripalium dont il est issu... et que l'on cherche à généraliser comme en témoignent les multiples attaques victorieuses contre le Code du travail !

N.B : l'image de ce billet provient de cet article du site http://www.lcr-lagauche.org


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