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443ème semaine politique: comment Hollande et Juppé vont perdre

Publié le 31 octobre 2015 par Juan
443ème semaine politique: comment Hollande et Juppé vont perdre

François Hollande continue sa campagne prématurée, comme Sarkozy il y a 5 ans, comme pour conjurer le sort que lui destinent des sondages tout aussi prématurés. Alain Juppé publie un programme, signe des autographes, sourit d'être devenu le chouchou des médias.

Les deux vont perdre, et voici pourquoi. 

La victoire du Front
Marine Le Pen sera au second tour de l'élection présidentielle. Le Grand Scrutin sera un référendum pour elle ou contre elle, c'est presque certain. Observez combien elle ne fait quasiment pas campagne dans la nouvelle région du Grand Nord où pourtant elle brigue la présidence pour le scrutin de décembre. Sûre de sa victoire haut-les-mains, elle agite les peurs, réchauffe les polémiques propagées par la fachosphère (comme cette affaire de voyages gratuits pour migrants par la SNCF), stigmatise ses opposants comme l'extrême droite a toujours su le faire. Et cette incarnation xénophobe et craintive de la colère est une formule qui marche. Les incantations socialistes au Front républicain contre le Front national, à l'union de la gauche contre la menace frontiste, n'y changent rien. Elles apparaissent au contraire comme un réveil tardif et myope, l'aveu involontaire d'un échec.
Mardi 27 octobre, Manuel Valls était l'invité du Bondy Blog en banlieue parisienne: "il est hors de question de laisser le Front national gagner une région. Tout doit être fait pour l'empêcher."
Tout ? Vraiment ? Même changer de politique ?
L'héritière du parti d'extrême droite, fâchée avec son paternel, n'est même pas gênée par les affaires de détournements de fonds publics de campagne qui occupent la Justice sur son micro-parti Jeanne. Elle snobe la convocation des juges. A Bruxelles, elle fait mine de clamer l'innocence quand une fraude au vote électronique est dévoilée. Que l'un de ses plus "brillants" récents élus, Stéphane Ravier, maire du 13ème arrondissement de Marseille, fasse embaucher son fils dans sa propre mairie, ne choque même plus un électorat désemparé.
Bref, Marine Le Pen fait la course en tête... pour le premier tour du scrutin présidentiel de 2017.
Hollande et Juppé, hors-sol
Les concurrents de Mme Le Pen sont moins bien lotis.
Hollande néglige, méprise, ignore sa gauche. L'hystérisation du débat politique est telle qu'il n'aura plus ces voix-là. Le syndrome du "vote utile" qui lui avait permis une qualification au premier puis au second tour de l'élection présidentiel de 2012 jouera fortement moins. Mais Hollande se révèle tout aussi incapable de calmer le corps social. Ce n'est ni une injure ni une caricature que de souligner combien lui et son gouvernement s'obstinent à satisfaire systématiquement et exclusivement, et sur tous les sujets, l'optique patronale et/ou libérale: allongement de la durée de cotisation retraite, assouplissement du code du travail, réduction du coût du travail, loi Macron (entrée en vigueur cet été), soutien au diesel malgré le scandale VW, etc.
Inversement, l'équipe Hollande reste sourde, réticente ou peu volontaire à la plupart des demandes sociales d'où qu'elles viennent. Deux exemples cette semaine: il fallut attendre un an après la loi sur l'encadrement des stages en entreprises pour que le gouvernement publie enfin un décret de plafonnement du nombre de stagiaires en entreprise. Et encore, les modalités retenues pour le plafonnement en font une fausse contrainte (jusqu'à 15% du total des salariés, un seuil par ailleurs négociable...)
Autre exemple, la fronde judiciaire. Hollande lui-même a tenté de calmer le jeu. Jeudi, il a ainsi reçu des représentants syndicaux de la magistrature puis du milieu pénitentiaire. La semaine précédente, avocats  et huissiers manifestaient leur colère. Plus de trois années se sont écoulées depuis son accession à l'Elysée, et c'est comme si rien n'avait changé: après un quinquennat sarkozyste détestable et mémorable pour le corps judiciaire (réduction de postes, flambée de la délinquance, boulimie législative, remise en cause des juges, etc), ni Hollande ni Taubira ne sont parvenus à satisfaire les revendications ou, à défaut, calmer les inquiétudes et souffrances des professionnels de la Justice.
Juppé caracole en tête des sondages, mais le mur des primaires approche à grand pas. Semaine après semaine, Nicolas Sarkozy resserre l'étau. 
L'ancien monarque n'est pas à une vacherie près. C'est même à sa hargne outrancière qu'on le reconnaît. Cette semaine, voici une confidence de plus sur sa "jeunesse", incarnée par la petite Giulia - 4 ans - exhibée comme "arme anti-Juppé"  au micro de BFM ("On doit se dire : il est toujours jeune ! C'est dû au fait que j'ai une fille de 4 ans sans doute"). Son épouse Carla multiplie les publicités, comme cette dernière pour FORD, au slogan faussement prémonitoire ("et vous, quel virage allez vous prendre dans votre vie ?").

Même s'il fut oh combien ridicule à Moscou, Sarkozy a marqué des points en rencontrant Vladimir Poutine. "Sarko l'Américain" chipe les arguments pro-russes de François Fillon, et distance ses adversaires sur le terrain diplomatique. C'est une guerre de l'image, aussi futile fut-elle. Sarko tente de maintenir sa stature présidentielle. Ses micro-déplacements étrangers sans enjeu ni impact, qui restent plus dignes que des conférences rémunérées par des banques ou des émirats, sont évidemment anecdotiques si on les compare à l'activité diplomatique de l'actuel locataire de l'Elysée autrement plus fournie: cette semaine, Hollande a rencontré des représentants du gouvernement algérien, le premier ministre du Cambodge, les présidents de Guinée, de Pologne et d'Uruguay, et le chancelier  autrichien. Mais Sarkozy marque des points contre ses rivaux à la primaire.
"La Russie et l'Europe sont faites pour travailler ensemble (...) Discuter, s'écouter et se respecter, c'est la destinée de la France et de la Russie." Nicolas Sarkozy, 29 octobre 2015.
Enfin, et surtout, l'ancien monarque tient le parti, un parti recroquevillé sur son coeur de fans sarkozystes qui se déplaceront nombreux le jour venu du vote aux primaires. Cette semaine, la répartition des bureaux de vote pour la primaire de l'an prochain a été décidée. Elle accorde plus de bureaux, donc un émiettement des suffrages, aux zones où les sympathisants centristes sont les plus nombreux.
L'espoir
Pourtant, rien n'est perdu.
Qu'on se "rassure", la France n'est pas encore frontiste. Elle n'est pas davantage convaincue ni enthousiasmée par l'offre politique néo-conservatrice.
En premier lieu, le FN progresse peu en voix. Il profite d'abord de l'abstention des autres. Aux élections européennes où il s'auto-proclama "premier parti de France", le FN avait perdu deux millions de suffrages par rapport aux scrutins de 2012.
Jusqu'à maintenant, le "premier parti de France" n'attirait "que" 4 à 6 millions de supporteurs... sur plus de 50 millions d'adultes. Où est le raz-de-marée si ce n'est dans les gazettes et les salons politiques ? Le scrutin régional des 6 et 13 décembre prochains sera un nouveau test, une prise de température du niveau de xénophobie effrayée du pays. 
La "crise des migrants" peut renforcer l'Immonde. Tout y concourt: le spectre d'un afflux massif de réfugiés (alors qu'on ne parle que de quelques pourcentages de la population européenne), la description par les médias d'une Europe "assiégée" qui "se hérisse de murs" (alors que les seuls pays véritablement submergés sont les territoires limitrophes des zones de guerre - Liban, Turquie, etc),  les agitations anxiogènes de la droite furibarde et de l'extrême droite, et, "last but not least", l'utilisation d'une terminologie trompeuse pour affaiblir l'exigence morale: la novlangue réactionnaire préfère le "migrant" au "réfugié" victime des guerres du Moyen-Orient. Cela permet de mélanger ce dernier avec ces immigrés économiques que l'on fustige depuis des lustres. Cela facilite le discours xénophobe qui braille "la France aux Français" depuis l'aube des années 80. Même La Fondation Jean-Jaurès s'est égarée à commander un sondage trompeur, en retenant la terminologie "migrants" plutôt que "réfugiés". Même Le Monde titre sur "les réticences françaises" vis-à-vis des "migrants".
Vendredi 29 octobre, une journée macabre comme une autre, 22 personnes, dont 17 enfants, sont morts noyés dans la mer Egée au large de l'île de Lesbos.
En second lieu, l'hégémonie culturelle du néo-conservatisme et du libéralisme économique, les deux faces d'une même pièce réactionnaire, est certes réelle, mais fragile. Où avez vous vu un enthousiasme politique, des meetings enflammés, des files d'attente pour adhérer à LR ou au PS voire même au FN ?

L'analyse des votes, et non des sondages, confirme année après année que le premier parti de France est celui qui ne vote plus, cette cohorte majoritaire des sans-voix, par choix,  dégout ou indifférence. 

A force de prêcher le "réalisme" sur tous les sujets socio-économiques ou diplomatiques, les classes dirigeantes, largement aidées par les médias, sont parvenues à désintéresser le plus grand nombre du simple acte du vote. Pourquoi voter puisqu'il n'y a pas d'alternative ? François Hollande est certainement exemplaire de la démarche. Il a emprunté des voix à gauche, sur la frange citoyenne la plus volontaire à croire que le monde se change, pour ensuite suivre une autre politique au nom du "pragmatisme". Comment ne pas désespérer ?
Ce désintéressement de la chose publique est une victoire du conservatisme. Mais il n'est pas irréversible.
Les médias nationaux travaillent assurément à installer un tripartisme UMP-FN-PS, mais l'ampleur de l'abstention révèle combien il n'intéresse plus le plus grand nombre. Même pour le scrutin régional, nos médias refusent de donner la parole à d'autres voix politiques que ce trio rétréci. Mardi soir par exemple, Le Pen faisait ainsi le show face à Xavier Bertrand (LR) et un Pierre de Saintignon (PS) dans un débat à trois sans représentant des listes EELV/Parti de Gauche ou PCF.
"Ce n’est pas démocratique, donc je ne commente pas une mascarade pareille " Jean-Luc Mélenchon
Mais ce tripartisme est illusoire: le PS de gouvernement conduit un programme économique que la droite ne saurait renier. Et la droite emprunte à l'extrême Front ses arguments xénophobes. Autrement dit, ce tripartisme-là n'est qu'un bipartisme déguisé et mouvant en fonction des sujets.
Il y a donc de la place, idéologique, politique, pragmatique, pour une troisième voie, une vraie.
Ami(e) citoyen(ne), ne désespère pas.


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