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Rétraudition

Publié le 06 janvier 2008 par Maitrechronique
Juste avant la galette - qui se consomme le jour de l'Epiphanie et non pas à compter de la fin du mois de novembre, comme on nous le suggère dans la plupart des usines à caddies de la périphérie de nos villes - je prends le temps de consulter la liste de mes acquisitions discographiques pour l'année qui vient de s'écouler. Un bilan assez intéressant ma foi, où le jazz occupe une place prépondérante, sans écraser toutefois de son poids d'autres formes de musiques qui me tiennent à coeur. Retour très sélectif sur les douze mois qui viennent de s'écouler.
Trois de mes artistes de chevet m'ont vraiment gâté en publiant presque en même temps leur nouveau disque : Henri Texier et son Strada Sextet avec "Alerte à l'eau", Michel Portal, toujours américain avec "Birdwatcher" et Louis Sclavis dans une nouvelle formation pour un surprenant et passionnant "L'imparfait des langues". Le même Sclavis récidivait quelques mois plus tard en proposant "La moitié du monde", double CD rassemblant diverses expériences menées pour le cinéma ou le théâtre. Tout près de cette belle mouvance, Manu Codjia, guitariste émérite par ailleurs membre du Strada Sextet, proposait un premier disque appelé "Songlines" et riches de climats à découvrir.
Eric Le Lann (trompette) et Jannick Top (basse) ont frappé très fort avec un projet hautement dosé en énergie. On est heureux de les retrouver l'un comme l'autre après une certaine absence. Le Lann se consacrait à des projets plus personnels en Bretagne et Jannick Top, bien éloigné de la sphère Magma, avait investi le champ de la variété aux côtés de chanteurs très connus (que je ne citerai pas). On attend avec une grande impatience son nouveau disque, enregistré avec ses vieux complices kobaïens.
Les lorrains Bertrand Beruard (basse) et Cédric Hanriot (claviers) nous ont réservé une belle surprise avec "Electrify My Soul", premier opus de leur bébé frog'N'stein et sa musique qui oscille entre jazz, funk et groove. La présence sur ce disque de Mad Jazz Boy n'est pas non plus pour me déplaire, loin s'en faut ! Ce dernier, rappelons-le, est aussi de la première fête discographique organisée par le Big Band de la Musique de l'Air, "Birth of The Air Band", sous la houlette du pianiste compositeur arrangeur Stan Laferrière.
Au rayon jazz encore, mais au-delà de nos frontières, c'est le retour de Stefano Di Battista avec un "Trouble Shootin" qui nous fait grand plaisir. Lyrique comme jamais tant au saxophone soprano qu'au saxophone alto, le transalpin enchante et avive notre impatience de le revoir sur scène, dans un contexte heureusement éloigné des climats pré-hollywoodiens dans lesquels commençait à baigner sa musique. Ouf !
Elle a trouvé Paolo Fresu (trompette) et elle a eu bien raison ! La grandissime Carla Bley & The Lost Chords nous offre sur disque le témoignage fidèle de sa récente tournée où rivalisent de talent ses complices Steve Swallow (basse), Billy Drummond (batterie) et Andy Sheppard (saxophone). "The Lost Chords Find Paolo Fresu" est tout simplement magnifique.
Tout près de nous, du côté d'Anvers, le batteur Dré Pallemaerts invente des atmosphères méditatives et particulièrement intenses avec sa "Pan Harmonie", enregistrée sur le label BFlat des frères Belmondo. Il s'entoure pour l'occasion de monstres nommés Mark Turner (saxophone) ou encore Bill Carrothers (piano). Incontournable !
Ils sont archi-connus, ils remplissent les salles du monde entier et ne font pas l'unanimité. Les trois suédois du Esbjörn Svensson Trio forment pourtant, selon moi, un trio passionnant dont le jazz semble se dégager de l'idée de swing pour inventer une autre forme de musique, absorbant des influences multiples, incluant rock et musique répétitive, dont la tension est permanente. Un piano doublé d'effets sonores, une contrebasse aux accents très rock et chargée d'électricité, une batterie en nuances subtiles : cocktail réussi dont on mesure l'inventivité sur le double CD "Live in Hamburg".
Dans un genre radicalement différent, le "Revival" de John Fogerty nous ramène aux belles années de Creedence Clearwater Revival et son rock simple mais d'une terrible efficacité. La voix de son leader est inchangée, tout comme le répertoire dont on commence à comprendre enfin que, dégagé des modes depuis son origine, il est de fait indémodable. Un pari nettement plus réussi que celui du groupe Eagles, dont le retour discographique après 28 ans d'absence est loin d'être convaincant au-delà du troisième titre de leur "Long Road Out Of Eden".
J'ai découvert "La Perdue", deuxième disque du musicien - arrangeur - chanteur Bertrand Belin, un peu par hasard, en allumant mon poste de radio très tôt le matin sur France Inter. Une très belle surprise car ce trentenaire - dont la musique est aux antipodes de la génération des chanteurs Bisounours gnan gnan dont on nous rebat les oreilles - invente véritablement son propre univers, presque onirique, aux textes qui suggèrent et laissent deviner un grand amour de la poésie, et qui sait laisser la place à la musique, sur des arrangements très originaux. Un véritable travail de création qui fait du bien en ces temps de chanson formatée par la vulgarité des académies télévisées. Pourvu qu'il dure !
Pour finir, quelques mots sur cet inclassable sextet vocal appelé Ellul Noomi. Si leurs deux points communs avec Magma sont l'invention d'une langue et la présence en leur sein d'Antoine Paganotti, on arrêtera ici volontiers la comparaison en insistant sur la virtuosité aérienne de leur expression et la revendication d'autres influences, comme par exemple le compositeur américain Steve Reich. "Aborimis", publié sur Ex-Tension, le label de Stella et Francis Linon, mérite vraiment qu'on y prête une oreille attentive et curieuse.
Cette liste est loin d'être close... Il faudrait aussi évoquer des découvertes ou redécouvertes, comme celle du plus français des italo-britanniques Piers Faccini. Ses deux disques : "Leave No Trace" et "Tearing Sky", disponibles sur Label Bleu, sont à mettre entre toutes les oreilles désireuses de climats intimistes et suggérés, quelque part entre blues et folk. Assez difficile à étiqueter finalement...
Et puis l'ami Zimmermann, toujours présent dans mes heures d'écoute et dont je redécouvre en permanence les richesses. En 2007, je me serai particulièrement délecté de la période allant de 1974 à 1977, avec des disques magnifiques comme "Planet Waves", "Blood On The Tracks" ou "Desire". Eternel Dylan...
Nostalgie quand tu nous tiens... Lorsque je vois ce qu'est devenu Elton John, je me surprends à retrouver avec le plus grand plaisir ses premiers disques, magnifiques, inspirés et animés d'un grand souffle. Ainsi "Tumbleweed Connection" ou "Madman Across The Water". Ce chanteur a disparu, c'est évident.
Dois-je aussi rappeler qu'il n'est pas une semaine de l'année sans que résonne ici la musique, si belle et éternelle, de John Coltrane ?
Dans ces conditions, impossible de choisir un extrait sonore sans faire preuve d'une grande injustice à l'égard de tous les autres. A vous, si vous le souhaitez, de vous lancer sur ces quelques pistes qui devraient vous plaire et de vous faire une opinion.
Alors, tout simplement, écoutons Coltrane. Nous sommes le 10 juin 1965 et le saxophoniste est entouré de ses trois complices de ce que l'on a appelé le Quartet Classique : Mc Coy Tyner au piano, Jimmy Garrison à la contrebasse et Elvin Jones à la batterie. Sublime "Welcome".

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