Dieu aime-t-il vraiment les pauvres ?

Publié le 25 novembre 2015 par Edelit @TransacEDHEC

Avec deux livres parus ce mois-ci révélant des détournements de fonds et dépenses somptuaires exorbitantes de la part du Saint-Siège, le Vatican se retrouve en plein milieu d’un nouveau scandale financier. Il faut dire que la cité-Etat est une habituée du genre. Et alors qu’elle tente de rompre avec son passé de paradis fiscal, les cardinaux continuent de s’en mettre plein les poches. Au grand dam du nouveau pape à qui l’austérité tient tant à cœur…

Faites des dons pour la Rolex du cardinal !

C’est bien connu, les cardinaux mènent la belle vie au Vatican. Avec leurs superbes appartements loués pour une centaine d’euros par mois seulement et leur armée de domestiques, on peut difficilement les plaindre. Une « vie de pharaon » avec laquelle le pape François aimerait bien en finir… Le pontife, qui se veut proche des pauvres, assume difficilement les goûts de luxe de certains de ses collaborateurs. Un train de vie d’autant plus difficile à assumer que la première source de financement du Saint-Siège est constituée par les dons des fidèles ! En 2013, les croyants ont donné 378 millions d’euros. Inutile de préciser que la majeure partie de cet argent ne va pas dans les poches des nécessiteux…

Ces détournements de fonds sont tellement fréquents qu’ils font presque partie du folklore. Pourtant les salaires à la Curie (soit l’ensemble des personnes qui travaillent à assister François dans sa lourde tâche de guider les fidèles) sont loin d’être extraordinaires : le pape n’est pas rémunéré, et les cardinaux touchent 2500€ brut par mois. On comprend mieux où va tout cet argent quand on sait que les cardinaux se déplacent en hélicoptère aux frais du Saint-Siège pour presque 24000€ le vol, ou qu’ils font rénover leur appartement pour 200 000€ en puisant dans le budget destiné à des fondations.

Du blanchiment d’argent…

Que les ecclésiastiques s’accordent quelques plaisirs terrestres, passe encore. Mais s’il n’y avait que ça ! Corruption, clientélisme…la banque du Vatican, ou IOR (institut pour les œuvres de religion), est célèbre pour ses liens troubles avec divers escrocs et criminels. Dans les années 1980, elle a été impliquée dans une affaire de blanchiment d’argent pour le compte de la mafia sicilienne. Alors que la banque est censée être utilisée uniquement par les religieux, les scandales de ce genre sont fréquents. En 2012, son président Ettore Gotti Tedeschi a été limogé suite à des accusations de blanchiment d’argent (un classique). Et depuis le mois de février dernier, c’est un autre banquier italien, Giampetro Nattino, qui est soupçonné d’avoir utilisé l’Administration du patrimoine du siège apostolique, une institution qui gère les biens du Saint-Siège, pour des activités financières un peu louches.

…à l’opacité maximale

La transparence est tellement inexistante qu’il est impossible de savoir comment fonctionnent précisément les finances du Vatican. Il est donc tout naturel que les malfaiteurs se précipitent sur ces comptes si bien protégés. Mais les activités illégales ne sont pas le seul problème à Rome. Des sommes énormes disparaissent chaque année à cause de l’incompétence des cardinaux. Le pape lui-même est très mal conseillé sur le plan financier. Pour leur défense, il faut avouer que la gestion comptable n’est pas vraiment le domaine de prédilection de l’Eglise (qui est sûrement trop occupée à communier avec l’Esprit sain). Mais à ce point ! Le Vatican enregistrerait des trous allant de 300 000 pour la pharmacie à 700 000 € pour le supermarché, le tout à cause de différences d’inventaire…

Dépité par ces frasques récurrentes, le pape François a entrepris de réformer les finances du petit Etat avec dans sa ligne de mire l’opacité qui y règne. Benoit XVI avait déjà créé en 2010 l’Autorité d’information financière, un organisme de lutte contre les activités bancaires illégales. Mais la révélation récente de nouvelles malversations démontre qu’il n’a pas été très efficace jusqu’à présent.

Petits conseils pour se faire de l’argent légalement

Les cardinaux devraient prendre quelques cours de compta, c’est un fait. Mais surtout, pour arrêter enfin de tremper dans des affaires qui entachent son image, le Vatican devrait exploiter l’immense potentiel du business de la religion ! Pourquoi s’embêter à détourner des dons ou copiner avec la mafia quand on peut se faire des sous en toute légalité, en vendant des produits dérivés à des fidèles un peu naïfs ? A eux seuls, les musées ont rapporté 91,3 millions d’euros en 2011. Si l’on ajoute à cela l’organisation de pèlerinages, la vente de timbres (prisés des collectionneurs) et de souvenirs en tout genre, il y a de quoi dire adieu au déficit ! Et si vraiment la Curie veut se faire plaisir, elle peut toujours revendre une partie de son exceptionnel patrimoine immobilier, estimé à plus d’un milliard d’euros.