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A Montreuil, le pétrolier Exxon condamné par les écologistes

Publié le 06 décembre 2015 par Blanchemanche
#Exxon
A Montreuil, le samedi 5 décembre, au procès des peuples contre Exxon, Bill McKibben (cofondateur de 350.org) mène les débats.
A Montreuil, le samedi 5 décembre, au procès des peuples contre Exxon, Bill McKibben (cofondateur de 350.org) mène les débats. Photo R. Bx

« Guilty ! ». Coupable, forcément coupable. La société pétrolière et gazière américaine, Exxon, s’est vue condamnée, sans appel possible, lors du procès qui lui était intenté par « les peuples », à Montreuil, samedi 5 décembre, lors du week-end des alternatives qui se déroule dans cette commune de Seine-Saint-Denis. Devant une assistance de 400 à 500 personnes, très attentive et très internationale, le procès, qui s’est déroulé en anglais, imaginé par l’ONG 350.org, a été mené par Naomi Klein, auteure canadienne et égérie des luttes environnementales, et par l’Américain Bill McKibben, autre personnalité de l’écologie mondiale et co-fondateur de 350.org.


Aucun représentant du géant américain Exxon n’était présent bien sûr à ce procès, mais de nombreux témoins venus du monde entier se sont succédés pour raconter les conséquences désastreuses de l’exploitation des énergies fossiles, devant trois juges : Milañ Loeak, militante du climat et fille du président des Iles Marshall, Peter Sarsgaard, acteur américain connu notamment pour le film « Garden state » (de Zach Braff, 2004) et Clayton Thomas-Muller, militant du Mathias Colomb Cree Nation (la nation Crie), dans le nord du Manitoba, au Canada.

« Génération du changement climatique »


La toute blonde et toute menue Jannie Staffansson, 25 ans, membre du conseil du peuple saami, dans la région arctique, s’étendant sur les territoires de la Finlande, de la Suède, de la Norvège et sur la péninsule russe de Kola a dit clairement les choses : « je suis de la génération du changement climatique ». Elle a ensuite, répondant aux questions des avocats Klein et McKibben, détaillé les dégâts de l’exploitation pétrolière dans sa région et les conséquences du réchauffement. « Mon grand-père, parti pêcher, est passé à travers la glace, il n’est jamais revenu », a-t-elle raconté. Quand le tribunal a demandé à la jeune fille si les gens étaient tristes, en colère ou résignés, Jannie Staffansson a simplement répondu : « ils sont dévastés ».Ken Henshaw, membre d’une ONG nigériane, Social Action, basée à Port Harcourt, dans le delta du Niger, a lui aussi décrit les dégâts de l’industrie pétrolière, Exxon en tête. Il a conté les inondations, les victimes, les agressions de Boko Haram. « Le Nigeria est-il riche de son pétrole ? », lui demande Bill McKibben. « Oui », répond Ken Henshaw. « Exxon vante les aides au développement et à l’éducation que sa présence permet, confirmez-vous ? »« Non. » Rires de l’assemblée.Lire aussi : Bill McKibben, bête noire des énergies fossilesLes témoignages se succèdent durant une heure trente, tous à l’unisson. Kathy Jetnil-Kijiner, des Îles Marchall, raconte aussi la montée des eaux, qui emporte les vivants, mais aussi les morts, les maisons, les terrains. « Ce n’est pas seulement la terre, c’est notre culture, toute notre société qui est détruite. »Des chercheurs, des journalistes, biologistes et spécialistes des conséquences du « fracking », la fracturation hydraulique, témoignent aussi. Le procès ne porte pas tant sur les conséquences de l’actuelle exploitation pétrolière que sur le fait qu’Exxon ne pouvait pas ne pas connaître, depuis une vingtaine d’années, la réalité du changement climatique et ses causes.

« On peut changer les choses »

La condamnation a été prononcée. Un tel procès peut-il avoir une incidence sur le cours de l’histoire énergétique de la planète et sur les pratiques d’Exxon ? « C’est important, ce sont des sociétés qui n’aiment pas qu’on les montre du doigt, ils ont une activité commerciale qui dépend aussi du public et de comment celui-ci réagit », a expliqué au Monde Bill McKibben, à l’issue du procès. Autrement dit par Bryan Parras, Texan, qui travaille pour le projet « Bridge the gulf » (combler le fossé) avec Texas environmental justice advocacy services :
« On peut changer les choses, il faut mener ces campagnes, comme on l’a fait avec Chevron, il faut dire d’où vient le gaz et le pétrole et les dégâts que leur exploitation entraîne. »

Lire aussi : COP21 : une « Journée de l’action » en demi-teinte
Ce procès contre Exxon fût l’un des temps forts de la première journée du week-end des alternatives à Montreuil. Samedi, en milieu de journée, des centaines de personnes ont déambulé sur la place de la mairie, chantant avec HK et les saltimbanques, leurs succès, « On lâche rien » ou « Niquons la planète ». Un cortège de Norvégiens contre l’exploitation des énergies fossiles ouvrait la marche, avec des ours polaires et les quadruplettes de l’organisation Alternatiba, à l’initiative de l’événement. Autour, des dizaines de stands proposant documentation, animation ou débats. Greenpeace côtoyait Attac et les Amis de la Terre ou encore le syndicat Solidaires, les militants anti aéroport de Notre-Dame-des-Landes étaient coincés entre le stand de Sciences citoyennes et celui des cuiseurs solaires de Bolivia Indi.iA Montreuil, le pétrolier Exxon condamné par les écologistes
Malgré les interdictions de manifestations, comme celle du 29 novembre, le ministère de l’intérieur a autorisé la tenue du village. Ibrahim Dufriche, conseiller municipal (PS) de Montreuil, a justifié l’utilité de cette initiative, « face à l’urgence climatique et pour la vie démocratique de notre pays ». Dans la foule, Dominique Voynet, ancienne maire (EELV) de la ville, accompagnait une délégation de Polynésiens. Le lycée Jean-Jaurès accueillait, lui, des dizaines de débats et d’ateliers, tournés vers les alternatives et la transition écologique. A quelques kilomètres de là, au Bourget, les délégués de la conférence des Nations unies, la COP21, continuaient de discuter les termes d’un accord possible sur le climat.Lire aussi : COP21 : les négociateurs de 195 pays adoptent une ébauche d’accord sur le climat

  •   Rémi Barroux 
    Journaliste au Monde

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/cop21/article/2015/12/05/a-montreuil-le-petrolier-exxon-condamne-par-les-ecologistes_4825416_4527432.html#B0HtcQxR6iRQTxyO.99

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