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450ème semaine politique: la République débande face à l'hystérie frontiste

Publié le 19 décembre 2015 par Juan

450ème semaine politique: la République débande face à l'hystérie frontiste

Crédit illustration: DoZone Parody

La France a peur de tout. En tout cas, on le lui répète. L'histoire a commencé à l'aube des années 1980, et elle n'a cessé depuis de s'aggraver. Dimanche 13 décembre, le FN a tout perdu et tout gagné à la fois: il n'a remporté aucun région, mais il ressort consolidé. Le choc a dérangé les esprits les plus sains. Mais comment donc allons-nous nous débarrasser des Le Pen ?


Trauma
"On l'a échappé belle", c'était le constat dimanche soir, après le second tour des élections régionales. Le FN n'a remporté aucune région. Xavier Bertrand (Nord) et Christian Estrosi (PACA) ont remporté la victoire facile, malgré un regain de bulletins blancs (entre 4 et 5% des suffrages exprimés). Estrosi s'est même découvert "républicain pour de vrai". Pourtant, le FN a gagné des voix, et donc de la voix, entre le premier et le second tour de  ces élections.
Il y a d'autres clichés tout aussi lourds que cette prétendue victoire de la démocratie dimanche 13 décembre. L'un est que les abstentionnistes sont forcément tous des sympathisants de gauche qui, si l'offre politique du moment était plus satisfaisante, se seraient davantage déplacés pour faire échec à la droite. La réalité, comme souvent, est plus nuancée. Selon une étude publiée par le Monde ce 19 décembre, quelque 55% des 23 millions d'abstentionnistes du premier tour ne se sont pas déplacés pour le second. La surprise est ailleurs: 11% des abstentionnistes du premier tour sont allés voter au second pour ...  le FN.
Mercredi, le journaliste Jean-Jacques Bourdin évoque à l'antenne de RMC le "repli identitaire" en ces termes: "Revenons sur Daech. Je voudrais revenir sur les liens... euh... entre Daech et le Front... enfin les liens, pas les liens directs entre Daech et le Front national, mais ce repli identitaire, qui finalement est une communauté... d’esprit, parce que l’idée pour Daech c’est de pousser la société française au repli identitaire". Il n'en fallait pas davantage pour que Marine Le Pen perde ses nerfs et balance sur Twitter des trois photos monstrueuses de victimes de Daech. Cette dame ambitionne d'être présidente de la République.
On se pince pour le croire.
Le trauma post-13 décembre a frappé l'UMP Les RépublicainsUne heure après les résultats, Nicolas Sarkozy a filé... au Parc des Princes pour assister à un match du PSG, tout invité qu'il était par le propriétaire qatari du club parisien.
"Cela fait 45 ans que je vais au Parc des Princes. Je n'ai pas l'intention de changer mes habitudes". Nicolas Sarkozy.
Le lendemain, il vire Nathalie Kosciusko-Morizet, numéro deux du parti. Laquelle avait fustigé sur les plateaux télévisés le refus de Sarkozy de faire désister les candidats LR quand il y avait un risque de victoire frontiste:"si les électeurs avaient appliqué le ni-ni  (prôné par Sarkozy) nous n'aurions pas gagné le NPDC et la PACA" avait-elle expliqué. Pour commenter une éviction qu'elle apprit par la presse, elle eut la formule cinglante: "Et les militants qui ne sont pas d'accord, on les remplacera par quoi, par des gens qui sont au garde à vous? C'est ça un parti politique moderne?" Alain Juppé regrette cette éviction. Les sondages le donnent gagnant haut la main. Mais sera-t-il seulement qualifié par son propre parti aux primaires l'an prochain ?

Pour les écologistes, la débâcle régionale sonne le glas d'une candidature autonome à l'élection présidentielle. La perte de plusieurs centaine d'élus régionaux va creuser les difficultés financières du parti. Ccéile Duflot tend la main à Hollande... On ne comprend plus.
En Corse, le spectacle fut plus pittoresque, comme si le milieu local était totalement déconnecté de la vie politique en métropole. Sur l'île de Beauté, on a beaucoup plus voté, 60% dès le premier tour; et encore 68% au second. Les nationalistes victorieux ont surjoué leur intronisation à la tête de l'exécutif régional - la région à Jean-Guy Talamoni, le Conseil exécutif de la Collectivité territorial de Corse à Gilles Simeoni. Avec 35% des voix, le second a évoqué une "révolution démocratique" tandis que le premier a prononcé une partie de son discours inaugural en Corse. La droite locale et nationale s'en est offusquée avec plus de violence verbale que lorsqu'il s'agissait de dénoncer les douteuses fréquentations locales de Nicolas Sarkozy.
Molletisme
Jeudi, François Hollande rend hommage aux soldats français et allemands qui ont fraternisé contre et pendant la Grande Guerre de 1914. La démarche est hautement symbolique. La Grande Muette a toujours considéré ces soldats comme des traitres. Ce jour-là, Hollande réclame une "concorde nationale", aux côtés de Xavier Bertrand: "La France est partagée entre des sensibilités différentes, elles sont nécessaires, indispensables même à la démocratie. (...) Le débat est toujours utile, il est même inhérent à la République et rien ne serait pire que de l'éteindre, mais face aux épreuves et aux défis, notre pays a besoin de concorde pour résister face à la menace terroriste, pour écarter la peur qui mine la cohésion, pour répondre aux conséquences des crises". Cette intervention est rapidement confondue avec l'agitation du microcosme politique.

Car certains sont tentés par une sorte d' "union républicaine", une coalition centriste-molle qui rassemblerait les Raffarin, Juppé, Valls et autre Bayrou, contre l'ignoble front mariniste et le chômage. Mardi, le premier ministre confie à des députés de droite qu' "un jour, on sera dans le même groupe". Le lendemain, le sénateur UMP Raffarin, ancien premier ministre de Chirac, réclame un "pacte républicain contre le chômage pour la fin du mois de janvier". Cette tentation d'union centriste molle existe. Elle tiraille la gauche comme la droite. Cette "Raffarinade" est en fait une double imposture.
En premier lieu, le gouvernement Hollande/Valls gouverne déjà à droite. Il conduit déjà une politique de l'offre. Il libéralise déjà le travail le dimanche. Il réduit déjà les charges des entreprises, et bien plus fortement que la décennie UMP précédente ne l'avait réalisée. Que demander de plus ?  Cela fait longtemps que François Hollande travaille à diviser la droite en gouvernant sur son terrain.
Comme si rien n'avait été entendu ni compris du résultat des élections régionales, la ministre du Travail Myriam El Khomri a même annoncé au lendemain du désastre électoral qu'il n'y aurait aucun coup de pouce pour le SMIC au 1er janvier 2016. Au Conseil des ministres du mercredi suivant, Hollande acte la ridicule revalorisation du salaire minimum. Au 1er janvier, le SMIC prendra ... 0,6%, soit quelques dizaines centimes de plus chaque mois. Pour atteindre 9,67 € par heure, ou 1466,62 € mensuels sur la base de la durée légale du travail de 35 heures hebdomadaires. En cause, l'inflation inexistante (-0,1% entre novembre 2014 et novembre 2015) alors que le taux de salaire horaire de base ouvriers et employés a déjà enregistré une hausse de 1,2 %.
La politique de l'offre est un succès, vous dira-t-on dans les cercles élyséens ou du Medef. La baisse du chômage serait pour bientôt. On devrait écouter l'INSEE, comme l'an dernier. Le chômage redescendrait au niveau ... de 2015.
Le scénario noir de François Hollande à propos du Crédit d'Impôt Compétitivité Emploi se confirme: la première réduction massive, non ciblée et sans contreparties de charges sociales de ce quinquennat a plutôt été reversée en primes de Noël et augmentations de salaires qu'utilisée à créer des emplois. François Hollande ferait-il de la relance salariale à l'insu de son plein gré ? Cette conclusion cocasse n'émane pas de dangereux vrauchistes, mais de l'Observatoire français des conjonctures économiques: "Pour un montant de CICE équivalent à 1% de la masse salariale, l'emploi d'une branche relativement aux autres branches augmenterait de 0,5% et les salaires augmenteraient de 0,7%". Pour Hollande, c'est tout faux: non seulement son dispositif s'avère inutile pour réduire le coût du travail. Mais en plus il ne tire aucun bénéfice politique de ces augmentations de salaires. 
Joyeux Noël ! 
Xénophobie
En second lieu, résumer la montée du FN à celle du chômage est un raccourci facile. Plus de 6,8 millions d’électeurs ont choisi consciemment de voter pour l’Immonde sans attendre une quelconque solution aux problèmes économiques du pays de sa part. Tous les sondages concordent: les premières motivations de cet électorat sont la peur et la xénophobie. La République contre le Front n'est pas un choix politique.
"Faisons baisser le chômage, on fera baisser le FN." Jean-Pierre Raffarin
"Tous rassemblés pour en finir avec le chômage! Ok avec Jean-Pierre Raffarin!"  Manuel Valls
Nos voisins allemands ont la pratique de ces gouvernements d'union nationale. Mais cette dernière se négocie chez eux durant des mois sur un programme de gouvernement. Et jamais, ô grand jamais, ne s'est-elle réalisée sous la pression et la peur de l'arrivée au pouvoir d'un mouvement xénophobe. La cogestion est une tradition allemande depuis la guerre. L'éructation et la précipitation sont devenus des travers français.
En France, l'actuel gouvernement joue des peurs, involontairement ou pas. Même la ministre de l'Education est tombée dans le panneau de la communication sécuritaire: Vendredi 18 décembre, l'affaire fait la couverture du Monde. Najat Vallaud Belkacem publie une nouvelle circulaire et, surtout, un large communiqué de presse détaillant un arsenal de prévention anti-terroriste en milieu scolaire à terrifier tous les parents inquiets: contrôle aux entrées, interdiction de stationnement aux abords des établissements, vidéo-protection ou digicode pour les zones mal surveillées, formation de formateurs « sûreté », exercice d'entrainement à la gestion de crise en milieu scolaire, etc.

La communication sur l'insécurité et l'action contre le terrorisme sont deux choses bien différentes. La seconde est une nécessité, la première un artifice politique qui donne du grain à moudre aux furibards de l'extrême droite.
Un "pacte" appuyé sur des restrictions de libertés publiques, la déchéance de nationalité pour les bi-nationaux terroristes, et une communication anxiogène permanente n'a rien de républicain. Et l'état d'urgence, dont la prolongation était justifiée quelques jours après les massacres du 13 novembre, semble désormais hors de contrôle: le projet de modification constitutionnelle comprend toujours cette funeste idée de déchoir de nationalité des terroristes.  Les parquets sont débordés, comme si notre république était prise d'une boulimie répressive. Le manque de moyens de la justice devient criant. Des dérapages ne sont pas sanctionnés, comme ces licenciements d'agents de sécurité à orly pour cause de "barbe trop longue".

Cette incroyable débandade politique collective est résumée d'une phrase par un Jean-Luc Mélenchon qui ne sait pourtant comment sortir de ce marasme: "après eux, le déluge". 
C'est exactement cela.
Ami républicain, reste libre.


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