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Sortir du trou pour reprendre de la hauteur politique, c’est possible

Publié le 29 décembre 2015 par Gédécé @lesechogaucho

C'est certainement l'un des meilleurs papiers qu'il m'ait été donné de lire ces derniers jours, dans le sens où il permet de nous donner plus de hauteur de vue et d'analyse au débat politique ambiant, particulièrement étouffant et réduit à la taille d'un trou de souris. Il se focalise en effet actuellement un peu trop à mon sens sur la seule mesure de déchéance de nationalité, si étriquée, en faisant oublier tout le reste. N'est-ce pas en effet le terrorisme, qu'il s'agit de combattre, plutôt que la bi-nationalité des uns ou des autres, sans effet sur ce dernier ? L'hystérie collective favorisée par des médias qui ont perdu toute boussole et toute perspective d'éclairage de ses lecteurs semble l'avoir oublié. C'est pourquoi il est intéressant de lire Pierre Beckouche, Professeur à l'université Paris I Panthéon Sorbonne. Si vous avez la force de dépasser le diktat de Valls ci-dessus, en exergue, vous pourrez ainsi mieux accepter l'idée que, bien loin de trouver des excuses aux terroristes, il s'agit cependant de se doter des clés de compréhension de ce phénomène complexe qui, on le sait à présent, pousse sur le fumier de la vulnérabilité personnelle, de la fragilité psychologique, de l'inculture, et de l'absence de raisons de vivre et de projets structurants. Et le contexte dans lequel ont poussé ces monstres que sont les terroristes n'est pas anodin, comme nous le souligne Pierre Beckouche : " cet article de la presque totalité des assassins de 2015 sont issus des quartiers de la politique de la ville ", de Zones Urbaines Sensibles (ZUS). " Les quelques autres ne viennent pas de ZUS mais de communes pauvres dans leur ensemble ", [...], bien plus pauvres que la moyenne nationale. "

Mais, nous dit P. Beckouche ...

Il faut aller plus loin. Si leur déculturation a pu faire de Français des nihilistes radicaux, le processus touche de bien plus larges parties de notre jeunesse. Au-delà de quelques milliers d'islamistes, cette déculturation concerne sans doute des centaines de milliers de jeunes Français. Cela se traduit, quelquefois, par l'islamisme, plus souvent par l'anomie, la drogue, la délinquance, le banditisme, la marginalité. Les attentats nous révèlent quelque chose de l'islamisme ; à son tour, l'islamisme nous révèle quelque chose de plus profond sur la jeunesse française et, on l'a vu avec les élections régionales, sur son attirance pour le Front national - appel désespéré à un ordre social chaotique mais dans lequel ils ont l'illusion de pouvoir trouver une place.

On voit donc là, bien loin de cette grotesque et dangereuse mesure de déchéance de nationalité, que c'est d'un projet global de cohésion sociale, d'une politique de la ville tenant compte des erreurs du passé, d'une action efficace sur le chômage qu'il s'agit de définir et d'assumer. Mais il devient de plus en plus évident à tous que cela ne peut provenir d'un premier ministre pour qui seul le " tout sécuritaire " allié au " tout économique " (cf. les nombreuses macronneries), avec si peu de place pour le social et le socialisme abandonnés que l'on peut avancer et trouver des solutions, nécessairement politiques, globales et ambitieuses, qui répondent à ce constat préoccupant et sérieux. Qui aurait dit enfin que celui-ci pouvait être partagé à la fois par un gauchiste libertaire que je suis et par un homme de droite modérée comme Autheuil, dont le dernier billet va dans le même sens que le mien ?

Malheureusement, le débat actuel sur la déchéance de nationalité va dans le sens exactement inverse. Non seulement on refuse de voir la source du problème, mais on rajoute de la stigmatisation symbolique pour exclure encore davantage ces populations qui sont déjà largement mises à l'écart. Le plus triste, c'est que cela répond à une demande profonde des français. L'électeur moyen, pas seulement du FN, approuve largement que l'on fustige ces " barbares " et qu'on le rassure par des mesures spectaculaires (même si largement inefficaces).Ce que j'attends d'une classe politique responsable, c'est qu'elle cesse d'être à la remorque d'une opinion publique qui la mène dans le mur. J'attends à l'inverse que les élus posent un diagnostic des causes profondes et fixent un cap, même si cela prend l'électorat à rebrousse-poil dans un premier temps. La France crève de l'absence de courage de ses élites, qui n'osent plus jouer leur rôle. Je suis, encore un peu plus, persuadé que je n'ai absolument rien à attendre des personnes qui sont au pouvoir en France.

Je partage son avis.


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