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Que révèle l'affaire de l'UIMM?

Publié le 11 juin 2008 par Gaellef

Le scandale de la caisse noire de l'UIMM jette l'opprobre sur l'ensemble d'un système, celui du fonctionnement des négociations salariales. L'opacité des circuits financiers du syndicat patronal de la métallurgie fait peser un soupçon de corruption qui dépasse largement le cadre des organisations syndicales, éclaboussant la classe politique française et ternissant encre davantage le patronat.

Denis Gautier Sauvagnac (DSG) serait il victime d'un système hérité de l'époque de la guerre froide? C'est en tout cas la ligne de défense de l'ancien n°1 de l'UIMM, Union des métiers de l'industrie et de la métallurgie, qui, s'il reconnait a réalité d'une caisse noire, refuse d'en porter seul la responsabilité. Les fonds secrets de l'UIMM pourraient bien être le symptôme des dysfonctionnement du système français et des imprécisions de la législation en matière de réseaux de financement. Tout semble commencer en décembre 2007, lorsque le Tracfin, cellule française anti-blanchiment, constatant des retraits réguliers de l'UIMM, chiffrés aujourd'hui à 17 millions d'euros, saisi le parquet de Paris. Très vite, DSG et Dominique de Calan, son adjoint, se retrouvent sur le banc des accusés et les enquêteurs les interrogent sur le fonctionnement d'une caisse noire, estimée à 640 millions d'euros, caisse dont serait issus les prélèvements. La question de l'origine et de la destination des fonds occupent pour l'instant les enquêteurs. En ce qui concerne la provenance, il semble établi qu'il s'agit de fonds dégagés d'une sur-cotisation volontaire correspondant à une assurance anti grève souscrite par certaines entreprises, manoeuvre qui n'est en rien illégale. La question qui occupe désormais tous les esprits, c'est de savoir qui en a bénéficié...Et ce point cristallise les tensions.


Le scandale "fait le jeu des adeptes du "tous pourris""


Les syndicats, largement pointés du doigt, se défendent de ce soupçon de corruption et s'offusquent contre les propos de Daniel Dewavrin, prédécesseur de DGS, qui reconnait cette pratique consistant à utiliser la caisse pour "fluidifier le dialogue social". Jean François Chéréque, secrétaire général de la CFDT, se scandalise contre ce scandale qui "fait le jeu des adeptes du "tous pourris"" et appelle à un "changement d'époque". En effet, cette affaire relance la question du financement des syndicats: la législation fixée en 1884, reste très opaque quant à la définition exacte des ressources économiques. Ce qui, au départ, devait faciliter l'existence et l'implantation des syndicats handicape désormais le jeu des relations sociales et beaucoup doutent d'un financement exclusivement fourni par les cotisations des syndiqués.
Mais les syndicats ne sont pas seuls en cause et certains soupçonnent des parlementaires d'avoir bénéficiés des largesses de l'UIMM. Le syndicat de la métallurgie pourrait, selon eux, avoir acheté le vote de complaisance de députés, payés pour faire passer des amendements qui lui seraient favorables. Ce lobbying, orchestré sur les fonds secrets, pourrait ainsi expliquer le vote de la loi de cohésion sociale de 2004.
Autre piste d'explication, certains dirigeants de l'UIMM auraient eux-mêmes bénéficié de ces fonds secrets, via des compléments de salaires en liquide...Autant de zones d'ombre que l'enquête devra éclaircir.


Une image patronale déjà mise à mal


Le scandale met en cause les relations entre l'UIMM et le Medef, dont il est le principal contributeur. Le syndicat patronal profite en effet de l'occasion pour critiquer la gestion et la transparence du syndicat de la métallurgie et lance une OPA sur les mandats détenus par les organismes paritaires. Car au delà d'une affaire interne, le scandale menace de dévaloriser encore davantage l'image patronale, déjà mise à mal par les délocalisations et autres histoire de patron voyous. Pour ne rien arranger, les indemnités de départ de Denis Gautier Sauvagnac, négociées à près de 3 millions d'euros, ont déclenché la colère de Laurence Parisot, patronne des patrons. Fréderic Saint Geours, nouveau président de l'UIMM, aura donc pour mission de redéfinir le fonctionnement de son syndicat et d'en reformuler la hiérarchie, largement sous contrôle des apparatchiks. S'il veut "incarner la modernité par la transparence [des] modes de décisions", il devra donc résoudre le problème de l'opacité des comptes qui ne laissent par exemple apparaître que 120 millions en valeur comptable sur les 640 millions que comptent la caisse noire...Le Medef entend orchestrer un grand ménage chez les patrons et espère rééquilibrer le poids des services dans le syndicat face au géant historique qu'est la métallurgie. Laurence Parisot, qui avait été élue sans le soutien de l'UIMM, propose "que l'on modifie les statues pour qu'ils intègrent l'adhésion à une chartre éthique". Mais le chemin semble long pour les syndicats patronaux, qui espèrent profiter de l'affaire pour redorer un blason déjà ternie par de nombreuses affaires. Un scandale qui révèle les dysfonctionnements de la législation française en matière de gestion syndicale...


Gaëlle F.


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