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453ème semaine politique: pourquoi Alain Juppé va défaire Sarkozy puis Hollande

Publié le 09 janvier 2016 par Juan

453ème semaine politique: pourquoi Alain Juppé va défaire Sarkozy puis Hollande

Crédit Illustration: DoZone Parody

 

C'est la star de la semaine. Alain Juppé, favori des sondages, a fait sa rentrée cette semaine. Une interview par ci, un livre sécuritaire par là. Et la couverture de la nouvelle coqueluche magazine des bobos "SoCiety".

Bien sûr, Alain Juppé est plus à droite que François Hollande sur quelques terrains, mais lesquels ? Et sont-ils si nombreux ?

Parmi les partisans de l'actuel locataire de l'Elysée, c'est le drame.


Juppé, au centre
Alain Juppé a fait sa rentrée tonitruante et bien à propos un dimanche veille d'hommages en cascade aux victimes des attentats de Charlie et de l'Hypercasher. Le JDD publiait les bonnes feuilles de son nouvel ouvrage programmatique sur la sécurité (Pour un Etat fort - éd. JC Lattès). Les deux tiers de ses plus fortes propositions étaient si Hollande-compatibles que cela était gênant pour l'équipe élyséenne: comme Hollande ou Valls, Juppé s'affiche contre l'immigration zéro, pour assouplir la légitime défense des forces de l’ordre, la sanction des consultations régulières de sites djihadistes, la création d’un pacte avec l’islam pour former les imam ou accélérer la procédure de droit d’asile.

"J'ai toujours été un homme ouvert, non sectaire, prêt à travailler avec les sociaux-démocrates" Alain Juppé, 4 janvier 2016

Closer, Paris-Match, SoCiety, le JDD, France 2 ou Europe 1, Juppé est partout, il parle de tout. Tout juste si on lui demande pas ce qu'il pense de cette sélection machiste des finalistes du Festival d'Angoulême. Il caracole dans les sondages, multiplie les soutiens, inaugure son QG de campagne. Vendredi, François Bayrou annonce son ralliement. Le président du MODEM, actuel maire de Pau, dont l'appel au vote contre Sarkozy dans l'entre-deux tours de l'élection présidentielle de 2012 avait été décisif, se prononce sans détour: "Je l'aiderai pour son engagement à la présidence de la République".
On attend donc le prochain bouquin de Juppé, sans doute sur l'économie, avec impatience. Comme Emmanuel Macron, il y a fort à parier qu'il expliquera que le travail à la tâche, l'uberisation du travail, est l'avenir radieux du redressement du pays et de la lutte contre le chômage. S'il était élu en 2017, Alain Juppé pourrait embaucher Emmanuel Macron.   A l'automne, le très jeune ministre de l'Economie de François Hollande  avait déclaré: "Si j’étais chômeur, je n’attendrais pas tout de l’autre, j’essaierais de me battre d’abord". Entre ignorance de classe et convictions libérales, Macron incarne mieux que quiconque ce croisement de la droite et de la gauche dite "moderne". Cette semaine, il est revenu de vacances la barbe légère comme les hipsters du Quartier latin. Dans une trop longue interview au Monde le 7 janvier, il livre justement de stupéfiantes mais néanmoins habituelles conclusions. Il loue ainsi "l'exemple qu'offre Uber dans la région parisienne: des gens souvent victimes de l'exclusion choisisse l'entrepreneuriat individuel (...) Ils se lancent, ils travaillent plus, la rémunération ne suit pas toujours, mas ils ont accès à l'activité économique et à des perspectives de mobilité." La critique du salariat et de ses droits, le retour à une forme de rémunération à la tâche sans plafond de durée de travail, ni protection sociale, voici le modèle que prône donc l'un des ministres les plus importants du gouvernement Valls.
Tandis que République s'abime, l'économie s'enfonce. "On n'a pas tout essayé", reconnaît Macron dans l'interview pré-citée. Le chômage, en Europe, atteint pourtant son plus bas niveau depuis 2011, sauf dans quatre pays... dont la France. Depuis l'élection de François Hollande, le nombre de sans-emplois a cru de 670 000, soit autant que sous son prédécesseur agité.
Alain Juppé embarrasse François Hollande car il va lui chiper son électorat de centre-droit, la cheville ouvrière de sa réélection en 2017. Le schéma est connu. Juppé s'en régale, mais il doit aussi durcir son discours pour convaincre l'autre fraction de son électorat de 2017, la plus à droite.
Sarkozy, furibard
Nicolas Sarkozy traverse une séquence politique détestable, mais il ne désespère pas de l'emporter à la primaire de l'automne qui désignera le candidat de la droite unie à la présidentielle de 2017. Ses proches finissent par douter. Le jeune député Gérard Darmanin, porte-parole de sa campagne à la présidence de l'UMP en 2014, et présenté comme le renouveau de la garde sarkozyste, lui a claqué la porte en ce début d'année. Même Nadine Morano vient d'annoncer sa candidature (sic!), sur un créneau politique aussi outrancier et xénophobe que son ancien mentor. Dans une cote sondagière de rentrée, Nicolas Sarkozy perd 15 points de confiance parmi les sympathisants de droite. Il verrouille encore davantage l'appareil du parti.
Il tente de se remettre au cœur du débat mais en vain. Mercredi, dans la plus grande indifférence générale, il file en jet à Anvers pour une conférence (gratuite) devant des patrons belges et avec Bart de Wever, le chef de file du parti nationaliste flamand. Il fustige Schenghen: "Schengen est mort, Schengen ne fonctionnera plus, n'a jamais fonctionné et ne peut plus continuer comme cela". Le sujet n'est pas nouveau. Un à un, les pays européens ferment leurs frontières. Contrairement à il y a 10 ans, Nicolas Sarkozy ne sait plus orienter le débat politique sur ses idées ou propositions. Sa parole n'imprime plus grand monde. Jeudi, Sarkozy fait voter sans difficulté au bureau politique du Parti Républicain son appui à la mesure de déchéance de nationalité proposée par Hollande.
Fin janvier, LR va désigner ses délégués de circonscription, membres du conseil national, et membres du comité de circonscription. En février, Sarko repart en vadrouille électorale, un peu partout en France. 
Juppé a donc fort à faire, mais la multiplicité des concurrences au sein de la droite furibarde et l'affaiblissement politique que l'on pourrait juger irrémédiable de Nicolas Sarkozy sont là pour le servir. Il faut convaincre qu'il est le mieux placé pour l'emporter, mais aussi donner des gages à sa droite, son camp. Dans son bouquin sécuritaire, Juppé lâche ce qu'il faut pour faire hurler les hollandistes les plus timides et rassurer les sarkozystes - rétablir les peines planchers, fixer des quotas d’immigration,  légaliser la rétention (déjà effective) des familles de clandestins, ou même imposer une durée de séjour aux parents étrangers d’enfants nés en France avant de confirmer à ces derniers qu’ils sont Français
A droite, plus qu'ailleurs, on vote utile.
Hollande, apatride
Vendredi, François Hollande est à Jarnac, pour honorer les 20 ans de la mort de François Mitterrand.
Hollande : 1 jour à Jarnac, 5 ans à j'arnaque. — Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) January 8, 2016
 
Hollande court après les symboles à défaut de résultats. Toute la semaine, il enchaîne les hommages. Il y a un an, une première vague terroriste djihadiste frappait la France: douze victimes à Charlie Hebdo le 7 janvier, puis une policière à Montrouge le 8, et encore quatre victimes dans un supermarché casher le 10.
Qui est encore Charlie un an après ? 
A droite, on cherche les responsables pour défendre le journal après sa une provocatrice et drôlatique de la semaine. Le dessin de couverture figure Dieu, une Kalachnikov en bandoulière, et cette mention: "un an après, l'assassin court toujours". C'en est trop, encore une fois, pour des autorités religieuses du pays; mais aussi les Christine Boutin, Nadine Morano, Rachida Dati et consorts.
A gauche, François Hollande tente de prendre la main. 
Le 7 janvier, il adresse ses vœux aux forces de sécurité le 7 janvier, il justifie la prolongation de l’état d’urgence qui, selon lui, aurait "permis des perquisitions administratives qui ont mis au jour vingt-cinq infractions en lien direct avec le terrorisme". La ficelle est grosse:  il oublie de dire qu'il a fallu plus de 3000 perquisitions depuis le 14 novembre pour arriver à un si maigre résultat qui, par ailleurs, est gonflé: seules 4 procédures antiterroristes ont été en réalité ouvertes sur la base de ces enquêtes. Hollande ment, car il est secoué. L'extension de la déchéance de nationalité à tous les binationaux jugés coupables d'atteinte aux intérêts de la nation (et plus seulement ceux naturalisés en France), et sa constitutionnalisation, sont des symboles inutiles et contreproductifs qui virent au fiasco politique. Si Hollande tient (malheureusement) bon sur cette funeste mesure, Alain Juppé s'emmêle les pinceaux. Il explique qu'il votera la mesure, mais qu'elle est inutile ("un acte de mauvais gouvernement"), avant qu'on lui rappelle qu'il y était hostile encore ... l'an passé. Allez comprendre ...
En Commission des lois de l'Assemblée nationale, étape préliminaire avant l'examen général au Parlement, la mesure est d'ailleurs retoquée ce mercredi par 16 voix contre deux. Patatras ! "Le piège se referme déjà sur François Hollande" commente un blogueur émérite. Jeudi, la Garde des Sceaux réitère que "la déchéance de nationalité n'est pas souhaitable", et que son efficacité est "dérisoire". mais Christiane Taubira ne démissionne pas, au grand dam des éditorialistes de tous bord. Elle n'est pas non plus virée du gouvernement. Dernière caution vers la gauche de cette équipe ministérielle épuisée, Taubira est une icône intouchable.
Hollande insiste sur l'état de guerre car Valls a un autre texte à faire voter, un texte qu'applaudit des deux mains Alain Juppé. Le projet de loi "renforçant la lutte contre la criminalité organisée et son financement, l’efficacité et les garanties de la procédure pénale" a été transmis au Conseil d'Etat. Il assouplit la légitime défense des policiers (dont, par ailleurs, on s'inquiète de l'épuisement général après une année sous tension), mais aussi la fouille des véhicules, des personnes et des domiciles (sur simple décision préfectorale).  Ce texte effraye quelques vigilants professionnels ou amateurs qui s'inquiètent de ces nouvelles mesures d’exception dans le code pénal. Taubira et son collègue Cazeneuve prennent la plume. Dans les colonnes du Monde du 6 janvier, les deux ministres se défendent de toute atteinte à la démocratie, mais le mal est fait.
Hollande est "politiquement apatride".
C'est sans doute le meilleur résumé de la situation.


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