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Réaliser des films avec les quadricoptères

Publié le 11 janvier 2016 par Magix @Magix_FR

Possédez-vous déjà un quadricoptère ? Il est de plus en plus fréquent de voir des personnes équipées d’une télécommande et de lunettes vidéo guider de petits appareils volants. Les appareils peuvent être transportés facilement et offrent de fait de nouvelles perspectives à exploiter. Qu’il s’agisse de filmer les ruines d’un bourg vues du ciel ou des paysages de campagne au lever du jour sur lesquels s’étend une fine brume, les situations de la vie quotidienne observées à vol d’oiseau prennent une toute nouvelle dimension. Il n’est donc pas étonnant que les utilisateurs qui décident d’acheter un quadricoptère soient toujours plus nombreux.

Tilman Herberger, responsable du développement des logiciels chez MAGIX, est lui-même passionné de vidéo et consacre son temps libre à la réalisation de prises aériennes depuis des années. Ses multiples voyages l’ont amené à visiter diverses contrées de la planète, et il capture en permanence les plus beaux paysages vus du ciel. Une manière d’obtenir des vidéos incomparables, jusqu’ici souvent réservées à d’onéreuses productions de documentaires professionnels.

Dans cet entretien, il partage avec nous 5 ans d’expérience de tournage et nous donne des conseils relatifs au matériel et à la postproduction des vidéos.

Depuis combien de temps réalisez-vous des vidéos à l’aide de drones ? À l’époque vous deviez probablement être encore un pionnier dans ce domaine, si l’on compare avec la situation actuelle. Quelles sont les réactions des passants les plus fréquentes ?

J’ai toujours été fasciné par les appareils volants à construire soi-même. Adolescent, j’ai rempli mes propres ballons à hydrogène pour en faire de mini-dirigeables. Puis il y a environs 5 ans, le premier quadricoptère de Conrad est arrivé au bon moment. Il n’était pas encore équipé de GPS, de boussole ou de capteur d’altitude, si bien qu’il fallait vraiment le contrôler totalement.

Chaque rafale de vent éloignait rapidement l’appareil, et c’est par conséquent souvent pris de panique que je le ramenais au sol. Il reste aujourd’hui encore quelques débris d’hélices épars dans le pré en face de ma maison… Quant aux passants, j’ai toujours essayé de les impliquer, en leur demandant par exemple s’ils étaient intéressés par l’appareil ou s’ils souhaitaient à l’occasion regarder ce que l’on voit avec les lunettes vidéo.

J’ai obtenu ainsi des réponses positives dans la plupart des cas et un accueil plutôt sympathique. Lorsqu’une personne refuse de me donner son autorisation, je m’y soumet naturellement strictement et ne fait pas voler l’appareil. Mais puisque les paysages naturels me passionnent davantage que les villes où les lieux très visités, le potentiel de conflits est moindre. Effectuer des vols à proximité des aéroports et des manifestations publiques est bien évidement à proscrire.

Quel drone et quelle caméra utilisez-vous ? Quel matériel emportez-vous toujours avec vous ?

Actuellement, j’utilise le DJI Phantom avec une GoPro3. Il s’agit de mon troisième drone en 5 ans et j’en suis très satisfait. Il est vraiment étonnant de constater à quel point la technique s’est améliorée et l’utilisation s’est simplifiée durant cette période.

De nos jours, n’importe quel débutant peut vraiment télécommander un drone. Avant, c’était différent.

Le matériel que j’emporte actuellement en voyage ou en excursion est le suivant :

  • 1 quadricoptère DJI Phantom
  • 1 nacelle Zenmuse Gimbal
  • 1 caméra GoPro 3
  • 1 émetteur vidéo
  • 1 paire de lunettes vidéo Fatshark pour profiter du point de vue « pilote » pendant le vol.
  • 4 batteries
  • 1 anémomètre
  • 1 chargeur, 1 adaptateur automatique 12V, quelques outils, etc…
  • et le tout dans une valise de transport stable.

Je fixe l’appareil avec une bande de serrage sur le haut de mon sac à dos le temps de la marche, et le transporte ainsi de manière confortable le temps des excursions plus longues tout en le gardant à portée de main.

Et dans tous les cas, il est préférable d’être en possession d’une assurance adaptée – personne n’est à l’abris d’un accident…

Comment préparez-vous le tournage en général ?

Le plus important est d’avoir chargé les batteries. Elles ne doivent pas être exposées à des températures trop basses, ce qui représente un véritable challenge en Islande par exemple. En dessous de 10 degrés, la capacité des batteries s’effondre et cela peut être regrettable lorsqu’on survole une étendue d’eau ou un glacier…

Par ailleurs, il est pour moi important d’avoir une idée concrète du plan de vol prévu dès le départ. Approcher par exemple à basse altitude jusqu’au bord du glacier, puis monter à la verticale et effectuer une rotation de 180 degrés et revenir. Sinon, le risque de perdre rapidement une bonne vue d’ensemble en cours de route est trop grand, et on est déçu après-coup de ne pas avoir obtenu d’images si sensationnelles.

Voici la liste des opérations que j’effectue avant le décollage :

  • mesurer le vent si cela est nécessaire : d’après mon expérience, un quadricoptère se commande de manière stable avec une vitesse du vent n’excédant pas 8 mètres par seconde. Cela représente une bonne brise de 30 km/h. Je préfère ne pas réaliser de vol lors des tempêtes.
  • rechercher une surface plane et dégagée dans une circonférence d’1 mètre minimum pour le décollage, car l’appareil a tendance à vaciller immédiatement après le démarrage et peut rapidement pencher sur le côté.
  • j’y installe ma plateforme de lancement : il s’agit d’une petite boîte en plastique qui me sert aussi de valise de transport. Cela vaut bien mieux que de placer le quadricoptère directement sur un sol boueux ou sablonneux.
  • mettre la télécommande en position de base et l’activer.
  • placer la batterie – la phase d’activation de l’appareil commence et est signalée par LED.
  • pendant ce temps je règle les lunettes vidéo, visse l’antenne, j’insère la batterie, etc.
  • lorsque les LED indiquent que l’appareil est initialisé et que le GPS a enregistré le point de départ (très important pour les retours d’urgence !), je démarre la GoPro et l’enregistrement vidéo.
  • et c’est parti : un pas en arrière et à fond – le quadricoptère prend rapidement de la hauteur.
  • lorsque le vent est fort, je fais d’abord une rotation pour vérifier que l’appareil reste stable dans toutes les directions.
  • le vol proprement dit s’ensuit, contrôlé grâce aux lunettes vidéo. Un véritable plaisir !
  • je ne fais jamais atterrir l’appareil, je l’attrape tout simplement au vol. C’est plus sûr, car les atterrissages en rase campagne sur un sol accidenté pourraient facilement faire dévier l’appareil et endommager les hélices.

D’après votre expérience, quels sont les meilleurs endroits à filmer avec un drone ? Où avez-vous vécu les pires tournages ?

Personnellement, découvrir de nouvelles perspectives me fascine davantage que de filmer des paysages impressionnants en soi : à vue d’aigle à 100 mètres d’altitude au-dessus du delta d’un fleuve dont on ne peut reconnaître la structure au sol, ou en survolant rapidement à basse altitude une formation de lave intéressante, pour une représentation spatiale bien plus efficace filmée en mouvement que depuis un point fixe.

Les vols à basse altitude sont souvent bien plus captivants que ceux réalisés en très haute altitude. Mais ils sont aussi plus complexes, car les collisions par inadvertance avec les arbres, les falaises, etc. sont facilitées. J’ai souvent été déçu des prises en chute verticale. Cette célèbre perspective de Google Earth n’est pas aussi attrayante qu’une prise de vue oblique en mouvement.

J’utilise fréquemment les lunettes vidéo, et j’éprouve souvent une grande surprise au moment de faire revenir l’appareil après un vol assez long en voyant ou plutôt en cherchant ma position de départ depuis les airs. Car il est souvent difficile de la reconnaître – par exemple à 500 mètres de la côte, au-dessus de la mer – sur lequel des 5 rochers qui apparaissent est-ce que je me trouve exactement ? Dans quelle direction dois-je aller pour revenir ? On ne peut détecter une personne depuis cette distance et je ne souhaite pas voler vers la falaise d’à côté par erreur et devoir atterrir d’urgence n’importe où parce que les batteries sont vides.

Dans ce genre de situation, être en compagnie d’une autre personne qui voit l’appareil indépendamment des lunettes vidéo et qui peut me donner des informations de pilotage est très important. Parfois, j’utilise aussi le GPS pour les retours d’urgence, en particulier lorsque la batterie est déjà presque épuisée et que je n’ai plus le temps de faire des tests.

Quel temps est le plus favorable pour réaliser ces vidéos ? 

Il n’y a pas de mauvais temps, juste de mauvais sujets ou de mauvais plans de vol. Bien sûr les ambiances de fin de journée avec de belles ombres allongées et des couleurs chaudes desservent plutôt bien l’atmosphère des vidéos. Il est préférable d’équiper la GoPro d’un pare-soleil lorsque l’on filme pendant midi, faute de quoi les ombres des hélices entaillent affreusement l’image. Je suis très reconnaissant à mon ami Rainer Triebe d’avoir eu cette bonne idée !

Les vols par temps de pluie ou de brouillard très humide sont défendus, car le système électronique du quadricoptère se situe derrière la ventilation et des dysfonctionnements dus à l’humidité sont à prévoir.

Quels conseils donneriez-vous en ce qui concerne la post-production des vidéos ? Comment traitez-vous l’effet fisheye par exemple ? Que faire lorsque les hélices apparaissent dans le cadre ?

De mon point de vue la post-production de la vidéo est aussi importante que le vol en soi. Mais on ne doit pas y consacrer trop de temps – le programme MAGIX Fastcut
au développement duquel j’ai activement participé facilite amplement cette étape.

Il faut donc effectuer le montage – raccourcir par exemple un vol de 5 minutes à 30 secondes. En général, cela suffit à présenter les meilleures scènes sans ennuyer le spectateur. Je commence toujours avec un modèle de montage automatique, je regarde la sélection et déplace les scènes lorsque le matériel vidéo inséré ne me convient pas tout à fait.

La couleur des enregistrements des caméras GoPro doit souvent être optimisée aussi, avec l’exposition automatique ou en augmentant les contrastes.

Comme j’effectue mes vols avec le paramètre d’angle de caméra moyen, la courbure de l’horizon n’est pas si extrême. Avec Fastcut, il est très simple de la corriger, mais je n’en ai pas toujours besoin.

Il y a un effet dont je ne peux pas me passer : la stabilisation vidéo. Car même si l’on veille à effectuer des vols lents, de légers tremblements et vibrations apparaissent dans la plupart des enregistrements aériens. La stabilisation vidéo de Fastcut ou de Vidéo deluxe les éliminent totalement et le film qui en résulte est d’autant plus attrayant et professionnel.

Si les hélices apparaissent en haut de l’image, il n’y a pas grand chose à faire en dehors d’extraire une découpe de l’image. Un bon plan de vol vaut beaucoup mieux, car cela n’arrive qu’en présence d’un vent contraire violent ou à grande vitesse lorsque l’appareil s’incline. Il est possible d’éviter leur apparition en filmant vers l’arrière, ou en orientant l’angle de la caméra un peu plus vers le bas. En utilisant les lunettes vidéo, c’est facilement réalisable.

Mais personnellement, cela ne me dérange pas de voir les hélices passer dans le champ de temps à autres, cela illustre une certaine réalité du vol, avec la force du vent et l’ambiance.

Quelle a été votre expérience la plus amusante en filmant avec les drones ?

Mes dernières tentatives de vol réalisées il y a quelques semaines au Groenland ont été très drôles – l’appareil volait dans les airs, comme ivre. Il se plaçait très en biais en absence de commande, chassait sur le côté, décrivait des courbes étranges et il a été très difficile d’en reprendre le contrôle. Ce n’était pas très amusant pour moi, car il a bien failli s’écraser contre des rochers plusieurs fois.

La raison de ce phénomène provient du décalage de la valeur du nord magnétique et du nord géographique dans cette région du monde. La boussole et le GPS émettent des données différentes pour indiquer le nord. Cela dépasse les capacités de commande de l’appareil qui envoit des informations contradictoires aux hélices. Même en désactivant le GPS, il n’est pas certain de pouvoir reprendre le contrôle du Phantom et j’ai par conséquent suspendu les vols. Il se produit le même phénomène en Nouvelle-Zélande, mais d’une manière bien moins intense, si bien que j’ai pu réaliser des vols en restant prudent.


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