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Sur la tête, le coeur et l’égo.

Publié le 19 janvier 2016 par Maybachcarter

En plein travail sur le numéro de février qui, vous l’aurez deviné, parlera d’amour pour cause de St Valentin, je suis tombée sur une citation de Frédéric Beigbeder qui m’a à nouveau rappelée pourquoi « L’amour dure trois ans » est parmi mes oeuvres littéraires (modernes) préférées: « L’amour est une catastrophe magnifique: savoir que l’on fonce dans un mur et accélérer quand même; courir à sa perte, le sourire aux lèvres; attendre avec curiosité le moment où cela va foirer. L’amour est la seule déception programmée, le seul malheur prévisible dont on redemande. »J’ai fait une pause dans mon travail une petite minute, parce que relire ce passage là avait une connotation particulière qui faisait écho à un débat ultra-permanent qu’il y a entre ma tête et ce qui se trouve dans ma cage thoracique…

Un débat sur l’égo.Je ne sais pas s’il faille considérer cela comme un avantage dans l’absolu, mais le fait d’être désormais plus stable sur le plan professionnel a eu pour effet collatéral de me permettre de dégager plus de temps pour ma vie personnelle.. que j’avais volontairement mise entre parenthèses pendant quelques années. Du coup, maintenant que j’ai mis fin à la dite parenthèse, j’ai parfois la sensation de sortir d’un long sommeil et d’être complètement ou partiellement en déphasage avec les comportements des gens. Bon, je suis profondément asociale, ce n’est pas nouveau mais j’ai tout le loisir (ceci est de l’ironie bien sûr) de découvrir à quel point je suis décalée..

Contrairement à beaucoup par exemple, je n’ai jamais été terrorisée par la solitude, bien au contraire. J’en ai besoin de manière vitale et l’impression qu’une entité/personne extérieure veuille m’en priver ressemble à une tentative d’asphyxie. Ceci dit, je suis devenue tellement habituée à être solitaire que j’ai perdu beaucoup de réflexes, comme ceux de prendre des nouvelles de mes proches. Ils interprètent souvent cela à tort comme un signe de désintérêt de ma part alors que non, je pense à eux, je me demande comment ils vont.. c’est juste que je n’appelle pas, je n’envoie pas de message. Etrange, je sais. J’ai perdu mes réflexes aussi, à vrai dire même c’est la grande confusion, en matière de relations Hommes – Femmes. Je réalise que je ne sais plus quand je plais à quelqu’un, je suis lente à la détente pour réaliser qu’en fait, quelqu’un me plaît. J’en suis arrivée à devoir demander à quelqu’un la semaine dernière quand est-ce qu’on sait qu’on est amoureux ou pas.

Jadis l’experte des signaux et de la communication non-verbale, je me rends compte qu’aujourd’hui, je suis totalement larguée. En soi, je n’en fais pas tout un drame, mais je finis par me dire que celui qui m’avait dit une fois que j’étais (je cite) « un cyborg » avait peut-être raison, finalement. A l’époque, j’avais pris ça comme un compliment même si ça n’en n’était pas vraiment un.L’autre jour, je me suis demandée si j’avais besoin de faire une espèce de rééducation émotionnelle et puis j’ai fini par saisir que le souci, c’est l’égo. Ce gros paravent.

Je suis la chef autoproclamée des histoires qui sont mortes avant d’être nées. Des fois, je croise X avec Y, j’aurais pu être la Y en question mais parce que l’équation finale impliquait qu’il faille que je mette ma fierté de côté, j’ai renoncé sans essayer. Ma fierté/mon égo est une espèce de gros félin qui n’aime pas qu’on l’emmerde. Cela a été l’occasion de nombreuses et longues discussions avec mes plus proches amis et confidents, qui ont tous essayé sans se concerter de me dire la même chose en substance: « You need to let your pride go ». Ils ont échoué, et ma mère avant eux. Le fait est qu’…autant dans le travail et les ambitions, je sais foncer et faire preuve d’une abnégation totale quand je veux quelque chose, autant dans les affaires sentimentales, je suis tout le contraire d’une aventurière. Je mesure tout, je pondère tout, j’évalue les chances de réussite au pourcentage le plus précis possible, j’étude le taux de compatibilité (comportementale, intellectuelle et sociale).. tout ça parfois, sans jamais avoir parlé plus de deux fois à la personne qui semble m’intéresser. Puis quand bien même tout semble aller, si c’est à moi de faire le premier pas, je passe un temps tellement fou à imaginer comment je vais devoir gérer mon amour-propre en cas d’échec que finalement.. je ne fais rien. J’attends que ça (me) passe, je parviens à me convaincre que c’est une lubie passagère et qu’il y en a aura un parmi les prochains avec qui les choses se feront plus facilement. Le schéma se répète depuis tellement de temps que je ne sais même plus si l’on doit parler d’occasions ratées ou de fuite en avant perpétuelle… ou un peu des deux. Ce qu’il y a de rassurant quand on s’accroche à son égo, c’est qu’il a des airs d’armure. Quand on essaie de se prémunir de la peine, qu’on veut pouvoir rester droit(E) dans ses bottes sans vasciller et qu’on ne veut pas se sentir à la merci de qui que ce soit, l’égo est une terre promise où coule le miel de l’insouciance et un étourdissant sentiment de sécurité. C’est le mot clé d’ailleurs, « sécurité ». Le « Vaut mieux être seul que mal accompagné » a des airs de slogan du désespoir pour célibataires en mal d’occasions, mais j’y accorde du crédit. Beaucoup même. Parce que lorsque l’on a un égo comme le mien, croyez-moi, c’est quasi insupportable de se dire tous les jours « Mais POURQUOI tu as fréquenté cette personne ? POURQUOI tu n’as pas vu de loin qu’il n’allait te causer que des ennuis ?« . Raison pour laquelle, après des expériences où j’ai dû apprendre au forceps à me pardonner de m’être trompée dans mes choix, j’évalue tout en amont. J’évalue avec le plus de froideur possible et à tel point que j’élimine avant que quoi que ce soit n’arrive. Un mode opératoire finalement presque similaire à celui des forces de l’ordre dans Minority Report… Eradiquer la menace avant que le pire n’ait lieu. Somme toute, ce n’est pas une façon de fonctionner qui soit sans défaut, j’ai probablement commis des erreurs d’appréciation. Je le sais, mais je vis mieux avec l’idée que « ça aurait pu être bien » qu’avec cet arrière-goût dégueulasse de douleurs/souffrances qui auraient pu être largement évité (si j’avais été plus pragmatique et moins passionnée). L’égo donc, qui au départ était une bouée de secours pour ne pas couler, est désormais une tour d’ivoire où je m’enferme de plein gré et à double tour. Les rares fois où j’ai tenté d’en sortir n’ayant pas été hyper fructueuses, j’y ai vu une raison supplémentaire de m’en tenir à ma manière de fonctionner. Dernièrement, je me suis encore retrouvée dans la même situation où, après évaluation du cas, j’ai réalisé que je prendrais bien trop de risques si je tentais quoi que ce soit dans l’état actuel des choses ou si je ne me limitais même qu’à manifester mon fort intérêt pour la personne concernée. « Une autre histoire potentielle à enterrer » me suis-je dit. J’allais donc rentrer dans mon « processus d’oubli » habituel (aKa prendre des distances avec la personne et limiter ses interactions avec elle jusqu’à ce que la relation devienne définitivement platonique). Sauf que cette fois, les choses ne se sont pas passées comme prévu et pour cause: pour des raisons « techniques », je ne peux pas m’éloigner de la personne en question. C’est bien la première fois que ça m’arrive, et le « cyborg » que je suis a beau relire le manuel d’explication, la FAQ ne fournit pas de solution à court terme. Je vis donc le truc le plus chelou du monde, l’impression d’être otage de mon plein gré. Je veux remonter m’enfermer dans ma tour d’ivoire, mais je suis bloquée dans l’ascenseur et en plein milieu. Je ne peux ni monter, ni descendre. Je ne croyais pas mon mode opératoire infaillible, mais jusqu’ici, il fonctionnait. Maintenant que je me retrouve prise à mon propre piège, je n’ai pas peur de dire que je me demande si l’univers essaie de me dire quelque chose. J’y pense, j’y réfléchis, je me remets en cause même s’il est hors de question (pour le moment) que je sacrifie mon égo.. les risques encourus sont trop importants. Mais j’y réfléchis quand même parce que je me suis promise de faire des efforts, même quand ce n’est pas toujours facile.


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