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456ème semaine politique: l'auto-destruction de François Hollande

456ème semaine politique: l'auto-destruction de François Hollande

Crédit illustration: DoZone Parody

 

Il ne lui restait qu'un alibi symbolique, Christiane Taubira. On peinait à comprendre qu'elle reste encore. La clarification est arrivée cette semaine. Pour Hollande, la route est dégagée... à droite.


La démission "loyale"
Mercredi 27 janvier, quelques jours avant l'examen d'une révision constitutionnelle jugée inique à gauche, la Garde des Sceaux démissionne. Une seule décision, attendue depuis trop longtemps, et voici le cataclysme. L'extrême droite et la droite furibarde se réjouissent, le sourire jaune. Taubira était la seule ministre apte à justifier leurs critiques outrancières. Taubira partie, Sarkozy, Copé, Le Pen et les autres restent en tête à tête avec Hollande, Valls et Macron. C'est moins "fun", moins "trivial", moins "clivant". Le remplaçant d'une Garde des Sceaux que la presse unanime jugeait incapable de partir il y a quelques semaines à peine est un fidèle de Valls, Jean-Jacques Urvoas. Un "socialiste sécuritaire" qui se voyait plutôt à l'intérieur, un "Judge Dredd" breton qui proposait récemment la fusion des ministères de la police et de la justice.
"Hollande perd avec Taubira sa caution de gauche" résume L'Express.
Pour le camp sarkozyste, la nouvelle ne pouvait pas tomber plus mal. En quelques secondes, elle éclipse un plan de communication savamment orchestré pour la sortie d'un ouvrage "écrit à la main" par l'ancien monarque, un recueil d'aveux sur des anecdotes symboliques, jamais sur les sujets de fond qui interpellent encore le curieux 4 ans plus tard - les affaires Bettencourt ou Bygmalion, l'argent de Kadhafi ou les lâchetés politiques de son quinquennat - ni même sur ses travers du présent, telles que ses conférences rémunérées par des émirats ou les vacances tous frais payés par le roi du Maroc à Marrakech à Noël dernier.
Au gauche, on minore ou on applaudit à ce départ. Les ex-ministres Filippetti, Montebourg, ou Hamon sont ravis. Non sans humour ni second degré, Jean-Luc Mélenchon résume: "Encore une proposition du FN et de la droite reprise par Hollande : faire partir Taubira". A l'Elysée, on décrit le départ comme à l'amiable. On insiste sur la loyauté de Taubira à l'encontre de Hollande. On minore comme on peut. On se rassure comme on peut.

Christiane Taubira n'incarnait pas une résistance "vrauchiste" au sein du gouvernement. Comme l'ont rappelé quelques-un(e)s, l'ex-Garde des Sceaux ne critiquait pas la ligne social-économique version Macron. Elle n'était pas non plus une acharnée des causes écolo. Taubira restait simplement sur sa ligne, la défense des libertés. Elle n'a pas toujours eu gain de cause, dans ce déséquilibre entre amélioration de nos libertés après une décennie sarkozyste outrancière et agitation sécuritaire d'un ministre de l'intérieur  propulsé premier des ministres.
La démission de Christiane Taubira s'illustre d'un tweet déjà culte, postée par elle-même quelques heures après l'annonce. Un tweet qui résume l'attitude de nombre de déçus du Hollandisme primaire, un tweet "liké" 20 000 fois en 3 jours, et lus quelques millions d'autres, un tweet qui provoque une sortie énervée de Manuel Valls lui-même sur les réseaux sociaux:
Parfois résister c'est rester, parfois résister c'est partir. Par fidélité à soi, à nous. Pour le dernier mot à l'éthique et au droit.
ChT — Christiane Taubira (@ChTaubira) January 27, 2016

Le cadeau au FN
Pour parachever le symbole de ce micro-remaniement, Manuel Valls apporte deux modifications au texte d'extension de la déchéance de nationalité dans la Constitution: il retire de toute référence aux binationaux afin de ne pas les "stigmatiser". L'hypocrisie est manifeste puisque dans les faits, seuls les binationaux restent visés par cette mesure symbolique, Manuel Valls ayant assuré ce mercredi, en parallèle, que la France "s’engagera dans la ratification » de la Convention de 1961 interdisant la création d’apatrides". Mais surtout, il intègre une demande du Front national et des sarkozystes de LR, l'élargissement de la déchéance aux délits, et non plus seulement aux crimes, liés au terrorisme.
Le Front national se régale. 
"Une fois que le principe a été réhabilité par François Hollande, nous allons passer à l’étape numéro 2, c’est-à-dire faire pression pour que cette déchéance soit appliquée concrètement beaucoup plus largement." Florian Philippot, 28 décembre 2015. 
"La loi fixe les conditions dans lesquelles une personne peut-être déchue de la nationalité française ou des droits attachés à celle-ci lorsqu’elle est condamnée pour un crime ou un délit constituant une atteinte grave à la vie de la Nation." Article 2 du projet de loi de révision constitutionnelle présenté par Manuel Valls le 27 janvier 2016.

Le fiasco économique.
Le départ de Taubira a également éclipsé trois informations socio-économiques que l'actualité et la raison nous imposent de relier.
Le 26 janvier, c'est la remise du rapport de la commission présidée par Robert Badinter sur le Code du travail. Pour le meilleur ou pour le pire. Badinter est un symbole de gauche qu'Hollande souhaiterait volontiers hisser devant toutes les critiques. Mais les recommandation du rapport ont suscité une autre salve de critiques ... à gauche. En juin dernier, Robert Badinter avait déjà livré ses intentions, un compromis social-démocrate pour simplifier une législation du travail ultra-complexe tout en sanctuarisant la protection des droits sociaux négociés et acquis au fil de notre histoire moderne - protection sociale, congés payés (article 37), durée légale du travail, CDI comme norme (article 9), lutte contre le harcèlement (article 7), interdiction du travail le dimanche sauf dérogation, etc. Six mois plus tard, il livre une liste de 61 articles qui provoquent l'ire à gauche. En cause, ces articles sont souvent imprécis ou renvoient à des possibilité de dérogations sans en définir le cadre ni les objectifs, comme le travail des mineurs de moins de 16 ans (art. 8), le prêt de main d'oeuvre (art. 18), le reclassement des licenciés économiques (art. 28), le travail le dimanche (art. 35), ou le travail de nuit (art. 36). La liste des droits de la Commission Badinter facilite la déconstruction du code du travail par des lois d'application comme la la loi Macron 1.
Le 27 janvier, les statistiques du chômage pour le dernier mois de l'année passée sont enfin publiées, et elles sont catastrophiques. L'échec de François Hollande et de Manuel Valls sur le front du chômage est incontestable: 15.000 sans-emplois supplémentaires en un mois et la ministre du Travail met cela sur le compte des attentats de novembre. Le gouvernement a beau se féliciter d'une croissance retrouvée en 2015 - 1,1% en 2015 confirme l'INSEE - l'échec de la politique de l'offre se lit dans l'explosion du chômage: depuis 2012, le nombre d'inscrits à pôle emploi a cru de 700 000.
La faute à pas de chance ?
Le 28 janvier, la fondation Abbé Pierre commente son 21ème rapport annuel sur le mal logement. Le taux de pauvreté en France est passé entre 2008 et 2016 de 13% à 14,2% ; pour toucher quelque 8,6 millions de personnes en France. Un problème de flexibilité ? C'est un signal faible de plus sur cette aggravation de la précarité dans le pays.
Barre, Balladur, Hollande.
Le départ de Taubira achève un autre retournement, moins remarqué par les commentateurs. Au début du quinquennat, l'opposition de gauche à Hollande multipliait les procès en "gauchitude" contre le vainqueur de Sarkozy. La "vrauche" fustigeait la "groite", parfois dans l'indifférence médiatique. Trois ans plus tard, la situation s'est totalement inversée. La vrauche n'a plus personne à convaincre que l'action politique de cette équipe gouvernementale n'a rien à voir avec son arrimage politique initial. Ce sont aujourd'hui les partisans de Hollande, militants ou ministres survivants, qui clament haut et fort combien ils sont de gauche; qui exhibent du bilan Hollandais quelques rares mesures comme des médailles pour les prochaines échéances; ou qui tentent de requalifier leur action en fouillant la préhistoire politique.
Ce "débat" a un enjeu électoral évident. Hollande ne gagnera pas sans convaincre sa gauche. On ne gagne pas une élection à deux tours sur la ligne étroite d'un centre-droit encombré.
François Hollande se trouve seul arrimé sur la ligne Valls, ce mélange de libéralisme économique et de dérive sécuritaire calquée sur le modèle sarkozyste, démultiplié par les attentats de 2015. Il a gagné en cohérence, il s'est détruit en références. Hollande n'incarne plus rien, ni pour la gauche, ni pour la droite. Pour les premiers, il manque quelques mesures symboliques fortes et durables. Pour les seconds, il reste illégitime. L'homme de toutes les synthèses de Congrès socialistes a rétrécie son champs symbolique et politique au centre-droit.

Qu'on ne se méprenne pas: François Hollande a un électorat, c'est évident. Mais a-t-il encore des troupes militantes pour le défendre ? Hollande grapille des voix, une masse indifférente qui court du centre-droit libéral jusqu'aux franges de la droite sécuritaire. Mais François Hollande n'a plus de partisans. il lui reste une troupe rétrécie au strict minimum, un parti vidé de sympathisants et appauvri en militants, car les autres sont partis, découragés, ou divisés. Il semble dans la situation inverse de ses rivaux. A droite, Alain Juppé ou Nicolas Sarkozy peuvent s'appuyer sur les troupes de LR, un désir de revanche évident et, surtout, une popularité plus forte dans les sondages.
A l'inverse, la gauche est figée, congelée dans ses fractures irréconciliables. Elle attend la grande baffe électorale de 2017 comme la vache l'abattoir.
On devrait oser un parallèle avec Edouard Balladur. Il y a 20 ans, le premier ministre, favori de sondages, partit haut la main dans une campagne qu'il croyait être un référendum d'applaudissements. Faute d'avoir compris la fracture sociale du moment ni capté les rênes du premier parti d'opposition de l'époque, Balladur se fracassa au premier tour de l'élection présidentielle sur une réalité qu'il n'avait pas saisie: les militants. Hollande est dans une situation comparable, la popularité sondagière en moins.
Dans un 1 an et 3 mois, on nous accusera d’avoir fait perdre Hollande. Sans doute.
Dans 1 an et 3 mois, on les accusera d’avoir détruit la gauche.
Certainement. — Juan (@Sarkofrance) January 29, 2016

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