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Tribune: le Cameroun sortira-t-il de sa léthargie?

Publié le 07 février 2016 par Podcastjournal @Podcast_Journal
Rédacteurs et stagiaires: cliquez sur cette barre pour vous connecter en back-office de la rédaction! Mais il laisse sur sa faim deux générations de citoyens qui voyaient en ce pays un futur dragon du continent, une vitrine d’émancipation, de développement et d’épanouissement après les luttes sanglantes de l’indépendance.

Doté de richesses naturelles et de ressources humaines, ce pays de l’Afrique centrale a formé très tôt ses cadres pour remplacer les colons qui tenaient tous les leviers de l’administration. La jeune élite, prédisposée n’avait pour seul objectif que le développement économique de la jeune république.

Le Cameroun accuse à l’heure actuelle un retard très inquiétant en Afrique centrale. Son leadership a pris un coup et il ne peut plus s’imposer parmi ses pairs. Ses voisins tels que le Gabon et la Guinée Équatoriale offrent à leurs populations des perspectives d’évolution qui sédentarisent de plus en plus les forces vives. Ces populations sont de moins en moins tentées par l’émigration vers l’Europe alors que les Camerounais continuent à alimenter les contingents des migrations au-delà de la Méditerranée.

Le mal endémique du Cameroun a toujours été la corruption. La lutte contre ce fléau a échoué jusqu’ici. Mais cet échec n’explique pas à lui tout seul les choix hasardeux économiques, sociaux et industriels du pays. D’autres maux, plus féroces et destructeurs continuent à faire des ravages: le clientélisme, le tribalisme, l’incapacité du gouvernement à nommer des femmes et des hommes compétents à de hautes responsabilités.

Dans un pays qui se cherche, l’opposition peut avoir un rôle majeur à jouer. Or, celle-ci a été réduite à la mendicité. Elle a été décrédibilisée, discréditée, stigmatisée et marginalisée par le pouvoir en place. Une opposition sans leader et calquée sur le modèle tribal dans un pays où le culte de la personnalité fait du chef d’État un surhomme qui ne peut descendre de son piédestal. Pour preuve, au cours de toutes les élections présidentielles, Paul Biya n’a jamais débattu en direct avec les autres candidats. Il reste un homme au-dessus des partis.

Le régime en place a échoué. Il n’a pas apporté les solutions appropriées à l’émergence d’une classe sociale entreprenante et issue de la société civile. Le tout État où la fonctionnarisation à l’extrême ne motive pas les acteurs. Cette vision a montré ses limites et développé une classe de riches issus du sérail politique et des fonctionnaires. Mais cette frange de "rats" ne sait ni travailler, ni construire et encore moins développer les richesses. Ces consommateurs à outrance ont paralysé le pays et réduit à la mendicité le citoyen. Les diplômes ne profitent qu’à ceux qui sont parrainés, au détriment du potentiel. Au cours des dix prochaines années, le Cameroun aura de nouveaux défis à relever. Ce vaste chantier peut démarrer dès aujourd’hui. Il serait utopique de penser que ce défi incombe aux successeurs du pouvoir actuel. Le pouvoir actuel devrait, et il est encore temps, préparer la relève et l’avenir.

Préparer l’avenir, c’est se donner les moyens. Pour cela, la paix sociale est une donnée majeure. Mais auparavant, l’État doit douter et remettre en cause le modèle des attributions fonctionnelles. Il doit aussi prendre en compte le terrorisme qui va continuer à saborder le Nord du pays. Le terrorisme pourra s’étendre vers le Sud du pays si la détermination du pouvoir politique actuel n’est pas totalement engagée. Anticiper sur l’avenir, c’est se donner les moyens, c’est innover et proposer de nouvelles alternatives. Le gouvernement actuel gère le quotidien. Il devrait développer les infrastructures, les énergies renouvelables, le numérique, les services de santé, la formation, l’initiative privée pour mettre fin au chômage suicidaire. Il devrait dialoguer avec son opposition affamée et fantôme pour le Cameroun de demain, un Cameroun réconcilié avec ses enfants.

D’autres défis concourent au déséquilibre social actuel où le chômage atteint des proportions jamais atteintes. Le gouvernement ne peut l’ignorer. Mais il est à croire que l’avenir, l’absence de perspectives à terme sont ignorés des dirigeants.

Les conditions sociales actuelles sont inquiétantes. Les jeunes diplômés, les chômeurs et les affairistes perdent espoir. Ils ne croient plus au changement ni à la volonté politique d’inverser cette tendance. Leur seul recours reste un Dieu omniprésent. C’est au gouvernement de se mobiliser. Les moyens existent. Il ne peut continuellement dormir. Dans sa léthargie ambiante, il ne peut ignorer la souffrance et le désespoir de sa jeunesse, cette bombe à retardement qui finira par exploser.

Il n’est pas tard pour que le Cameroun redevienne ce pays de rêve qui a vu mourir ses pères fondateurs. Il serait temps qu’une réconciliation nationale réunisse tous ses enfants et sa diaspora.

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