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Cisjordanie : Qalkilia ou l’enfermement.

Publié le 12 juin 2008 par Thierry Mauricet

Dans cette ville palestinienne de 44 000 âmes transformée en prison par le mur, Première urgence est la seule ONG présente et tente l’impossible.

La ville palestinienne de Qalkilia fut l’une des premières à être encerclée par le mur. Aucun panneau n’en indique la direction sur l’autoroute qui passe pourtant en bordure du mur. On y entre par un unique barrage, étroit passage sur une route défoncée gardée en permanence par l’armée israélienne. Contrôle d’identité, questions, on a l’impression d’être des visiteurs dans une prison. On laisse sa voiture au parking extérieur et on entre à pied, sous l’oeil suspicieux des soldats. « Qu’est ce que vous venez faire ici ? Qui venez-vous voir ? » Réponse : « Nous avons rendez-vous avec Aurélie, responsable de l’ONG française Première urgence ». C’est la seule ONG présente en permanence ici depuis 2002 ainsi que la localité voisine de Salfit. Elle entend continuer à aider les Palestiniens malgré les sanctions qui leur sont imposées depuis la victoire électorale du Hamas et prévoit d’étendre son activité à la bande de Gaza.

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Aurélie Férial, jeune fille brune que nous avions rencontrée quelques jours plus tôt à Jérusalem avec Chamith Fernando, chef de la mission de PU (1) en Palestine, nous attend. Elle connaît par coeur cette ville à l’aspect désolé, dont nombre de bâtiments ont l’air abandonnés. « Il n’y a pratiquement plus d’activité économique, explique-t-elle, depuis que le mur a complètement isolé la ville. Beaucoup de gens vivaient de l’agriculture, mais ils n’ont plus accès à leurs champs, qui se trouvent de l’autre côté du mur, annexés de facto ou même rachetés par des Israéliens.

Ceux qui ont refusé de vendre ne peuvent y accéder que lorsque la porte de communication est ouverte par l’armée, autant dire jamais tant c’est aléatoire. La ville avait pourtant un marché prospère et des commerces très actifs fréquentés par beaucoup d’Israéliens, surtout arabes, mais aussi juifs. Aujourd’hui, 60 % de la population vit au dessous du seuil de pauvreté, avec moins de 1,6 dollars par jour. Beaucoup de maisons sont vides ou inachevées car le gens n’ont plus d’argent pour les finir ou payer le loyer. L’essentiel de notre tâche consiste à fournir des emplois temporaires à 1 600 personnes en les engageant pour des travaux d’intérêt commun. Vous voyez les bordures des trottoirs et le terre-plein fleuri au centre du boulevard ? Voilà leur travail. »

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On a vite fait le tour de l’espace vital limité laissé aux habitants de Qalkilia. D’un côté, à l’est on bute sur une barrière de barbelés longée par un chemin de ronde ponctué de miradors. Ailleurs, c’est le mur : 8 mètres de béton gris sur lequel les habitants ont dessiné et écrit des slogans. « To exist is to resist », « Apartheid, no », et même, en français : « l’espoir vaincra ». Enfermés, dépouillés, réduits à la pauvreté, les habitants refusent de s’avouer vaincus. Le jour de notre visite, ils défilaient dans le centre-ville, drapeau palestinien en tête, pour réclamer leurs droits. Et d’abord celui de vivre libres et dans la dignité. « Nous faisons ce que nous pouvons, dit Aurélie, à la tête de sa petite équipe de huit Palestiniens. Mais on est bien conscients que l’aide ne suffit pas et que la solution est politique. »

F. G.-R. Qalkilia, envoyée spéciale.

Article du journal l’Humanité paru le 30 mai 2008.

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