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En Inde, 60 millions d’enfants au travail

Publié le 12 juin 2008 par Moushette

En Inde, 60 millions d’enfants au travail
le 11/6/2008 à 21h46 par Juliette Tissot
Sur les cent millions d’enfants indiens qui ne reçoivent aucune éducation, plus de la moitié travaillent. Rencontres et témoignages à l’occasion de la Journée Internationale de Lutte contre le travail des Enfants.
L'Inde détient le triste record du monde du plus grand nombre d'enfants travailleurs. Car si le gouvernement maintient que le pays ne compte "plus" que dix millions de moins de quatorze ans au travail, les ONG estiment, elles, qu'il y a en réalité quelque 60 millions. Ils sont vendeurs de journaux, ramasseurs de poubelles, marchands ambulants, employés de maison, ouvriers dans des usines ou des ateliers de confection, petite main dans des restaurants…
Etablie à New Delhi, l'ONG Bachpan Bachao Andolan (BBA, littéralement "Sauvez l'enfance") fait ainsi régulièrement des descentes dans des usines de la capitale afin d'arracher ces gamins aux griffes de leurs "employeurs". Souvent des ateliers de broderie, qui n'hésitent pas à faire travailler des enfants dès l'âge de 8 ou 9 ans.
Depuis sa création, l'ONG dit en avoir libéré 75 000. "Après ces opérations de sauvetage, on essaie de ramener les enfants chez eux, mais ce n'est pas toujours possible, explique Bhuwan Ribhu, l'un des dirigeants. Parfois, ils ont quitté leur village à 6 ans. Cinq ans plus tard, ils ne se souviennent plus d'où ils viennent". Parfois, l'ONG se rend compte que s'ils rentrent chez eux, ils seront immédiatement revendus à une autre usine, les parents ne pouvant nourrir une bouche de plus. Ceux-là sont placés dans des centres d'accueil qui s'efforcent de leur fournir une éducation, voire une formation professionnelle.
Avant de rentrer chez eux, les autres passent quelques semaines au Mukti ashram, un centre d'accueil situé au nord de la capitale oú ils ont soignés, habillés et nourris. C'est là que nous avons rencontré quelques rescapés encore tout hébétés de leur liberté retrouvée.
"J'ai quitté mon village il y a trois ans, raconte Akbar, 14 ans. Mon grand frère m'a emmené dans une usine de broderie à New Delhi. On travaillait de 8h à 22h, avec une pause pour le déjeûner. On dormait et on mangeait dans l'atelier. La première année, j'étais apprenti, je touchais 50 roupies (moins d'un euro) par semaine. Au bout d'un an, je gagnais 18 euros par mois, puis 27 euros. Je donnais ça à mon frère, qui l'envoyait à mes parents. Après plusieurs heures de travail, nos yeux pleuraient. Mais quand l'un de nous ne pouvait plus travailler, iln'allait pas chez le docteur, il était renvoyé. Je ne sais pas lire, donc je ne sais pas pour qui on travaillait".
D'après BBA, un employeur paie entre 500 et 2000 roupies (9 et 35 euros) pour acheter un enfant à ses parents. La plupart des victimes viennent du Bihar, l'État le plus pauvre du pays. C'est le cas de Mohammed, 10 ans, qui a travaillé pendant un an dans cette même usine de broderie. "En un an, j'ai parlé deux fois à mes parents au téléphone. C'est mon père qui m'a donné à un monsieur pour que je gagne de l'argent à New Delhi afin de faire vivre ma famille".
Afin d'inciter les parents à ne pas revendre leur enfant sitôt libérés, le gouvernement donne 350 euros à chaque famille une fois les gamins rentrés chez eux. "Pour lutter contre le travail des enfants, il faut soutenir financièrement les familles, explique Bhuwan Ribhu. Cet argent permet aux parents d'acheter un lopin de terre ou quelques vaches".
Sufian, 13 ans, est courageux et optimiste. Arrivé à 10 ans dans la capitale indienne, il a lui aussi été libéré récemment par BBA. "Je suis content de rentrer chez moi. Avec les 350 euros du gouvernement, mes parents pourront ouvrir un petit magasin. Moi, je vais aller à l'école", explique-t-il, une ébauche de sourire aux lèvres.

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