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Bombardement de Bouaké : la juge d'instruction demande la traduction devant la Cour de justice de la République de trois anciens ministres de Jacques Chirac

Publié le 23 février 2016 par Gezale

En publiant, hier sur mon blog, les réflexions que m’inspirait le reportage de l’émission « Spécial Investigation » sur les conditions de la mort des neuf soldats français tués en côté d’Ivoire en novembre 2004, j’étais loin de penser que la juge d’instruction en charge du dossier Bouaké, Mme Sabine Kheris, était sur le point de demander la traduction devant la Cour de justice de la République de trois anciens ministres de Jacques Chirac. Michèle Alliot-Marie, Dominique de Villepin et Michel Barnier (défense, intérieur, affaires étrangères) risquent donc d’avoir à justifier devant des juges l’absence de toute volonté d’enquêter sur une affaire troublante qui a permis aux pilotes biélorusses et leurs techniciens d’échapper à la justice française. La juge écrit selon l’article paru dans Médiapart aujourd’hui : « Il est apparu tout au long du dossier que tout avait été orchestré afin qu’il ne soit pas possible d’arrêter, d’interroger ou de juger les auteurs biélorusses du bombardement ». Michèle Alliot-Marie, Dominique de Villepin et Michel Barnier, les trois anciens piliers du gouvernement de Jacques Chirac auraient pris cette décision de ne pas agir après « concertation à un haut niveau de l'État ». Ils encourent, chacun, trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende pour avoir « fourni à la personne auteur ou complice d'un crime ou d'un acte de terrorisme puni d'au moins dix ans d'emprisonnement un logement, un lieu de retraite, des subsides, des moyens d'existence ou tout autre moyen de la soustraire aux recherches » (article 434-6 du Code pénal).
La conclusion de la juge Kheris est sans appel : la décision de ne rien faire pour entendre les pilotes a été « prise à l’identique par le Ministère de l’Intérieur, le Ministère de la Défense et le Ministère des Affaires étrangères » qui savaient que les mercenaires slaves échapperaient ainsi à la justice. L’ordonnance pointe clairement une possible décision politique : l’instruction « permet de penser à l’existence d’une concertation à un haut niveau de l’État et non au fait que des services subalternes ou “techniques” aient géré la situation ». L’avocat des familles des victimes affiche une satisfaction légitime dans la mesure ou une fois encore, il est prouvé que l’obstination d’une juge d’instruction peut venir à bout de tous les obstacles politiques placés sur le chemin de la vérité. Il reste au parquet à apprécier les propositions de la juge d’instruction dont la démonstration bien étayée semble implacable.

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