Magazine Société

Tort et raison à la fois

Publié le 26 février 2016 par Réverbères
Tort et raison à la foisÀ la suite de mon billet sur l’énigme mathématique, un nouveau lecteur – bienvenue ! – a laissé en commentaire un « On ne peut avoir à la fois tort et raison ». Il a raison, tout en ayant tort !
Il a raison parce que si j’ai raison, je n’ai pas tort, même si éventuellement j’ai tort d’avoir raison. Et si j’ai tort, je n’ai pas raison, même si éventuellement, j’ai tort d’avoir tort. Enfin bref, c’est normalement l’un ou l’autre.
Mais il a tort, car je crois vraiment que la plupart du temps, on n’a jamais tout à fait tort ni tout à fait raison, et donc qu’on a à la fois tort et raison. Les choses sont toujours plus complexes qu’on ne le pense.
Prenons un exemple sérieux et d’actualité : les ondes gravitationnelles, que des chercheurs américains viennent d’observer pour la première fois. Il y a juste 100 ans, en 1916, Einstein prédit l’existence de déformations de l’espace-temps qu’il appelle « ondes gravitationnelles ». Il estime cependant ces ondulations cosmiques indétectables, car bien trop faibles. À l’époque, beaucoup pensaient qu’il avait tort d’affirmer l’existence de ces ondes. Aujourd’hui, on sait qu’il avait raison. Mais on sait aussi qu’il avait tort de penser qu’elles étaient indétectables puisqu’on les a détectées !
Un exemple plus banal : il nous arrive à tous de mentir, la plupart du temps pour bien faire. On transforme un peu la réalité pour ne pas blesser l’autre. Ce n’est pas bien de mentir, et ce faisant, on a tort. Mais n’a-t-on pas raison de ne pas vouloir blesser l’autre pour quelque chose qui n’en vaut pas la peine ?
Une même affirmation peut aussi être à la fois vraie et fausse. Je suis convaincu que « le vin est bon pour la santé ». J’ai raison puisqu’il y a des tas de preuves qui montrent les bienfaits que le vin peut apporter. Mais j’ai tort aussi parce qu’il est évident que consommer trop de vin nuira à la santé.
On pourrait multiplier les exemples, à tort ou à raison. Au bout du compte, on constatera qu’on ne peut que très rarement dichotomiser la réalité : l’exception confirme la règle. La règle existe, mais elle a la plupart du temps son exception qui la confirme.
Gandhi a écrit : « Chacun a raison de son propre point de vue, mais il n’est pas impossible que tout le monde ait tort ». Cette pensée rejoint une question fondamentale que je me pose depuis longtemps. Il est certain que je pense établi que je suis en train d’écrire ce billet que d’autres – vous par exemple – liront. Mais en réalité, il n’y a peut-être que ma pensée qui existe : n’êtes-vous pas que des abstractions mentales dont ma pensée se nourrirait ? Personne ne serait à même de me prouver que j’ai tort, puisque ce ne serait jamais qu’une construction de ma pensée qui me montrerait l’absurdité de ma réflexion… et de sa propre existence. J’ai donc fondamentalement raison, tout en ayant plus que vraisemblablement tort.
Mais pourquoi donc ne puis-je prendre de l’aspirine ?

Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Réverbères 3169 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazine