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Ces sites qui masquent leur contenu

Publié le 25 mars 2016 par Tetue @tetue
Ces sites qui masquent leur contenu

Textes floutés, pages voilées, articles bloqués… Ces sites qui masquent leur contenu poussent à trouver mieux ailleurs.

C'est en rassemblant les contributions au défi créatif d'août dernier sur Pinterest, que j'ai découvert que ce site masquait son contenu aux internautes qui n'y sont pas identifiés, en recouvrant progressivement la fenêtre, lors du scroll, d'un voile noir, qui cache bientôt la page, affichant une invitation à se connecter au site, sinon à y créer un compte.

Ces sites qui masquent leur contenu

C'est détestable. J'ai confié du contenu à ce « site de partage » d'images et celui-ci m'empêche… de le partager librement avec mes amis et autres internautes ! Je fuis donc chercher un autre espace de partage, moins privatif. L'autre soir, souhaitant dîner au Café Truc, un restaurant de qualité par chez moi, et m'intéressant au plat du jour, je clique — sans trop le savoir, car ce n'est pas explicité — un lien qui m'envoie sur Facebook, où la page qui s'affiche est bientôt recouverte d'un voile blanc rendant sa lecture hautement difficile.

Ces sites qui masquent leur contenu

C'est tout de suite moins engageant… En réalité, ces sites de « partage » se servent des contenus qui leur sont confiés pour appâter de nouveaux membres et en savoir plus sur vous. Ils sont conçus pour extraire et amasser un maximum de données sur les gens. Notre vie est leur fond de commerce. Heureusement, on se passe assez facilement de ce genre de site.

Masquer pour bloquer les bloqueurs

Mais cette pratique du masquage, où il faut payer pour voir — en données personnelles ou en espèces sonnantes et trébuchantes —, contamine d'autres sites. Comme autant de tentatives d'enfermer le Web, ouvert et partageur par nature. Suivant un lien ce lundi, je tombe sur ce site de presse, qui masque semblablement son contenu d'un voile noir, avec un gros avertissement rouge dénonçant mon usage d'un bloqueur de publicités :

Ce site est financé par la publicité, celle-ci permet de produire du contenu gratuitement.

Ces messages culpabilisants sont courants sur les sites de piètre qualité. Heureusement, le masque est ici débrayable par un bouton « fermer » et je peux finalement lire cet article, effectivement très superficiel, de Closer. Plus tard, je tombe sur une autre page couverte d'un semblable placard qui entrave complètement la consultation :

Sans la publicité, qui finance notre équipe mais aussi le développement du site, L'Express ne peut vivre.

L'Express me donne le choix entre désactiver mon bloqueur ou m'abonner. Avec de la publicité dans les deux cas. Et la promesse, incroyable, de « préserver une expérience de lecture fluide ». Absurde. Car je doute que ce site soit en capacité de me garantir un confort de lecture équivalent à celui procuré par mon bloqueur, surtout si la publicité s'impose dans tous les cas, même abonnée !

D'autant plus absurde que ce masquage est facile à contourner, par rustine CSS, par désactivation du JavaScript, à l'ancienne, ou par l'usage d'une extension de confort de lecture, précisément, comme Clearly ou Readability, qui ont ma préférence. Et c'est toujours plus agréable que les mises en pages surchargées de ce genre de site. Faut-il donc méconnaître le Web, sa nature et ses usages, pour en venir à proposer telle absurdité !

Masquer pousse à trouver mieux ailleurs

J'avais déjà remarqué, suite aux attentats de cette fin d'année, où ma lecture de la presse s'était temporairement intensifiée, que ce site bloque l'accès à ses pages au bout de 7 jours. Qu'importe : sur le Web, l'information se trouve partout ailleurs relayée. Masquer ainsi son contenu en croyant le rendre plus désirable, et donc monnayable, est, sur le Web où l'information coule à flots, une erreur de grand débutant.

Et pourtant : textes floutés, pages voilées, articles bloqués… Plusieurs sites d'information lancent depuis lundi, une campagne anti bloqueurs de pub, dont l'usage est en constante augmentation… plutôt que de remettre en question leur usage intensif et intrusif, détesté par de nombreux internautes, de la publicité.

Le plus odieux, dans cette initiative coordonnée par le « groupement des éditeurs de services en ligne » (GESTE), est l'inversion de culpabilité : au lieu de s'en prendre aux régies publicitaires, si voraces en données personnelles, les messages de cette campagne s'en prennent à celleux qui en sont victimes, nous autres internautes, tentant de les apitoyer, les culpabilisant. Car ce que le GESTE passe sous silence, s'en rendant finalement complice, ce sont les scripts malveillants qu'embarquent les publicités. C'est ainsi qu'utiliser un bloqueur sur le site de 20 Minutes, par exemple, permet de se protéger de rien moins qu'une centaine de mouchards, cookies et codes tiers. L'usage d'un bloqueur relève de l'hygiène numérique.

Enfin, le soir des attentats à Bruxelles, je tombe sur cette page du Monde qui, beaucoup plus vicieux, ne se contente pas de masquer le contenu, ce qui permettrait d'y accéder malgré tout sous le masquage, puisqu'il redirige, vers une page expliquant le triste « modèle économique » du Monde :

Pour permettre à nos 400 journalistes de vous apporter chaque jour une information de qualité, fiable, variée, et pour pouvoir continuer à vous proposer des services innovants et performants, nous devons pouvoir compter sur les revenus de la publicité.

Comment ce journal, qui est l'un des plus subventionnés, avec nos sous de contribuables hein, ose-t-il ainsi apitoyer ses lecteurices, pour les inviter à débrayer leur bloqueur, et donc les soumettre au pillage de leurs données de navigation ? C'est une farce, dont nous serions doublement dindons. Vous avez gagné, dit cet internaute : « cher Jérôme Fenoglio, je ne lirai plus votre journal ». Personnellement, cela fait longtemps que je ne compte plus sur la presse traditionnelle pour m'informer : trop mercantile pour être honnête.

Est-ce que masquer le contenu le rend plus attractif ?

En fin ce compte, est-ce que ça marche ? Est-ce que voiler le contenu le rend plus désirable ? Non. Côté expérience utilisateur, cela génère avant tout frustration et déception. Comme l'illustre fort bien ce CommitStrip, la flemme l'emporte et l'on va trouver l'info ailleurs. Seuls les plus naïfs s'apitoieront et se feront avoir. Et les requêtes pour contrecarrer ces masquages, comme « anti adblock killer », explosent :

Ces sites qui masquent leur contenu

Ce qui est intéressant dans cette pratique du masquage est moins l'insondable bêtise (ou mauvaise foi) qui la motive, que sa contre-performance, qui pousse à aller chercher la liberté ailleurs, et à réinventer des modes de navigation débarrassés du superflu.


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