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467ème semaine politique: pourquoi c'est fini pour François Hollande.

Publié le 16 avril 2016 par Juan

467ème semaine politique: pourquoi c'est fini pour François Hollande.

Hollande, flou, le 14 avril 2016


A l'Elysée, ils n'y croyaient pas. Et pourtant, il faut se rendre à l'évidence. L'intervention télévisuelle de jeudi a marqué moins un tournant du quinquennat qu'une confirmation que tout était fini.

Hollande ne choque plus, n'énerve plus. 

Il indiffère.


Les cadeaux
Dans cette chronique paniquée d'une catastrophe électorale prévisible,  le gouvernement lâche ses cartouches, des cadeaux en tous genres, c'est Noël en avril ! Le Grand Scrutin les terrifie. Cette semaine, plusieurs annonces par le premier ministre, trois jours avant le fiasco télévisuel du Président: création d'une aide à la recherche du premier emploi pour les diplomés d'origine modeste, prolongation des bourses étudiantes pendant 4 mois après l'obtention des diplômes (+130 millions d'euros); aide de 1000 euros mensuels pour les 25.000 étudiants dispensés de droits d'inscription universitaire (+25 millions d'euros); revalorisation des aides aux lycéens d'origine modeste (+28 millions d'euros); extension de la CMU aux jeunes en rupture familiale (+20 millions d'euros); revalorisation de+100 euros mensuels de la rémunération des apprentis les plus jeunes (+80 millions d'euros); et, last but not least, augmentation du RSA (de 2%) en septembre prochain.
Au final, en quelques jours avant une intervention présidentielle tant redoutée, quelque 300 millions ont été rapidement lâchés pour calmer la grogne. On attend de savoir où le gouvernement trouvera les 4 milliards d'euros manquants pour attendre l'an prochain l'objectif de réduction du déficit budgétaire à 2,7% du PIB. Pour l'heure, on constate un début de panique pré-électorale. Mince, damned et zut ! On a oublié les jeunes, les écolos et les pauvres...
Car la grogne persiste. A Paris, le mouvement Nuit Debout se poursuit. "C'est tellement pathétique de voir cela" s'indigne Jean-François Copé. En marge du mouvement, des casseurs et autres racailles viennent tenter de semer le trouble.
Avant la fameuse intervention télévisuelle, les conseillers s'affairent, et rassurent. Hollande aurait encore ses chances de réélection. "Hollande est très bas mais dans un paysage politique décomposé" assure un proche anonyme au Monde, quelques heures avant la fameuse interview.
Le déni
Jeudi, l'homme du compromis s'exerce au "dialogues citoyens", c'est le nom de l'émission, sur France 2,  jeudi 14 avril, en direct du Musée de l'Homme à Paris. Face à quatre citoyens pourtant triés sur le volet - une patronne de PME, une mère qui a perdu son fils djihadiste en Syrie, un électeur du Front national, et un étudiant adepte de "Nuit Debout" -, sur des sujets pourtant sélectionnés avec soin, le président fut bien en peine de convaincre. 
"Quand je regarde les quatre ans..."
Le président s'est attaché à défendre l'improbable: son bilan, mais surtout sa fidélité à ses engagements de campagne en 2012. Il a des formules curieuses, qu'on pouvait lui retourner ("Être Président, c’est vivre avec la tragédie ").
Devant ses contradicteurs d'un soir, Hollande trébuche, s'égare et s'abime. Il raconte que la France s'en sort mieux que ses voisins européens sur le chômage des jeunes. C'est faux. Il confirme qu'une mosquée brestoise animée par un imam salafiste a été fermée. C'est faux. Il abandonne son premier ministre qui annonçait l'interdiction prochaine du voile en fac. Il recadre Macron comme Chirac recadrait Sarkozy, une démarche que le ministre de l'Economie ne pouvait qu'applaudir pour sa propre survie politique. Il s'enfonce dans le déni, il récuse avoir changé ni renié son programme de campagne. Et pourtant il ressort l'exact même argument que Sarkozy avant 2012: "J'aurais dû alerter davantage les Français sur la gravité de la situation."
A quoi donc servent 15 ans d'opposition ?
Sur la déchéance de nationalité, il confirme qu'il cherchait un symbole si cher à la droite et l'extrême droite: "J'ai ressenti le besoin d'une mesure symbolique". L'égarement politique est total.
Flou sur les chiffres, Hollande se réfugie derrière quelques banalités: "Oui, ça va mieux : il y a plus de croissance, moins de déficit, moins d’impôts, plus de compétitivité, plus de marges pour les entreprises, plus de pouvoir d’achat pour les salariés ." ... "ça va mieux" ? Le constat pouvait mettre en rage une belle fraction de la population.

Oui, le pouvoir d'achat des ménages a (un peu) progressé. Pour le reste, Hollande ment par omission. Le redressement des comptes publics ne sera pas achevé comme promis; le chômage persiste (+700 000 chômeurs depuis 4 ans); la consommation des ménages reste atone. En matière de croissance, c'est le yoyo, un yoyo timide. La France est à la traine. Et, côté impôts, Hollande a massacré son quinquennat : dès 2012, il avait réhaussé la fiscalité des plus riches et des revenus du capital, sans doute l'unique mesure d'ampleur et de gauche de son mandat; avant se renier rapidement, (rappelez-vous Moscovici alors ministre des finances qui "comprenait" le "ras-le-bol fiscal" dès la rentrée 2013) puis d'augmenter la TVA - impôt injuste - et de lâcher quelques 41 milliards d'euros d'exonérations fiscales et sociales aux entreprises. En réalité, depuis 2012, seules les entreprises ont bénéficié d'une baisse d'impôts grâce à François Hollande.
L'irresponsabilité
Quand on l'interroge sur l'effet de son Pacte Irresponsable, Hollande paraît décomposé.
David Pujadas: "combien a-t-il créé d'emplois ?"
François Hollande: "les entreprises devaient s'engager... je ne serai cruel au point de rappeler un certain nombre de chiffres qui avaient été annoncés par le président du Medef, nous parlons d'un million... mais... je pense que cela ne se passe comme ça... Et donc il n'y a pas d'obligation pour les entreprises... "
David Pujadas: "non, mais il y a un chiffre qui a été donné..."
François Hollande: "il y a un chiffre qui avait été donné... aujourd'hui... je vais vous donner le chiffre qui est réel... en 2015, nous avons créé 100.000 emplois nets de plus, c'est-à-dire pour la première fois depuis 5 ans, l'économie française a créé davantage d'emplois qu'elle n'en a supprimés. Et je pense que c'est largement dû à cette politique-là."
On hallucine.
Moins de 100.000 emplois créés par quelques 34 milliards d'euros de baisses d'impôts et de charges sociales depuis 3 ans.. Voilà de quoi effacer l'intégralité de ses rares mesures sociales - l'échec des emplois d'avenir (moins de 300 000 l'an dernier), des "parcours apprentissages" (à peine 10.000), ou la "garantie jeunes" (une goutte d'eau). François Hollande ne réalise pas les dégâts de son aveu. Toute la politique sociale de son quinquennat restera jugée à l'aune de ce Pacte irresponsable.
L'indifférence
L'émission s'est déroulée dans une relative indifférence. Sur les réseaux sociaux, les critiques et autres trolls furibards étaient rares, comme s'ils avaient simplement déserté le terrain pour d'autres occupations. Le lendemain, la sanction tombe, Hollande réalise l'un de ses pires scores télévisuels, quelque 3,5 millions de téléspectateurs, une misère, une audience plus faible même que celle du JT que son intervention remplaçait. Pour se rassurer, les rares fidèles rétorquent que Sarkozy en février dernier indifférait encore davantage le public - 2,7m de téléspectateurs. Se comparer à un ancien monarque discrédité dans les sondages, accablé par la justice, déstabilisé dans son propre camp, voici ce qu'il reste de défense au carré des fidèles hollandistes.
Amen.
Ce jeudi soir, Hollande inspire de la compassion. Rarement la désacralisation de la fonction présidentielle n'est apparu aussi criante. Le "président normal" s'est laissé interrompre, contredire, moqué et raillé devant quelques millions de téléspectateurs. Il se fait piétiner en public et sans fanfare.
« C'est une plaisanterie ? » Léa Salamé coupant François Hollande jeudi 14 avril 2016
2017 s'annonce comme une défaite, "sauf miracle", promet la maire de Paris Anne Hidalgo dès le lendemain.  
Les trahisons
Le lendemain de l'intervention ratée de Hollande, la formule claque en une d'un grand quotidien du soir: "le gouvernement renonce à réduire la part de l'énergie nucléaire." Hollande avait déclaré l'exact contraire la veille à la télévision. Cette promesse de campagne de 2012, l'un des socles de l'accord de gouvernement entre écologistes et socialistes, est en fait enterrée. Hollande a décidé de faire tout seul son abécédaire des promesses non tenues. Une par jour jusqu'à mai 2017.
Dans les faits, Hollande et Valls ont décidé de reporter à 2019 les arbitrages sur des fermetures de centrales nucléaires (à l'exception de celle de Fessenheim). "C’est dans la seconde période de la programmation pluriannuelle, entre 2019 et 2023, qu’il va falloir prendre des décisions" confirme maladroitement Ségolène Royal. Par ailleurs, les décrets d'application de la loi de transition énergétique de Ségolène Royal n'ont pas été promulgués. "Il est donc clair que la réduction de la part du nucléaire n’est pas une « priorité d’action » du gouvernement !" commente Jean-Luc Mélenchon.
 
Autre trahison, au Parlement européen cette fois.
Les députés socialistes français votent en cœur et avec la droite et l'extrême droite, une directive sur la protection du secret des affaires. Dix jours après les révélations des Panama Papers par une centaine de médias, ces gens ont le sens du timing. Les promoteurs du texte défendent qu'il protégera... les PME. On nous prend pour des cons. Les multinationale se frottent les mains. Combien de scandales - produits dangereux, évasion fiscale, etc - ne seront plus révélés désormais sous peine de poursuites judiciaires dans des tribunaux civils ?
"Protéger les journalistes, leurs sources, les ONG et les lanceurs d’alerte, ainsi que le droit à l’information des citoyens (...) Poursuivre ces objectifs est plus honorable que la posture facile et stérile du rejet, c’est pourquoi nous avons apporté des améliorations au texte. Elles font de cette directive un véritable progrès par rapport à l’état actuel du droit" justifient les euro-députés socialistes. Pour preuve, le texte voté protège les lanceurs d'alerte et journalistes qui dénoncent des faits illégaux. Rappelons que l'évasion fiscale des multinationales de l'internet (entre autres) est ... légale.
Le naufrage
Le trop jeune ministre continue son ratage politique. Dimanche soir sur France 2, il annonce 13.000 adhésions à son mouvement à peine né. On comprend dès le lendemain qu'il avait confondu les clics sur sa newsletter avec des adhésions politiques. L'ancien banquier connait sans doute mal la pratique politique de terrain. Pire encore, le mercredi, Paris Match et Gala consacrent de fabuleux articles au couple Brigitte et Emmanuel Macron. Le ministre s'excuse de ces confidences. Il nous faisait penser à cette autre fabuleuse couverture, il y a 20 ans, de l'un de ses prédécesseurs idéologiques.
467ème semaine politique: pourquoi c'est fini pour François Hollande.
En fin de semaine, un sondage lui promet une éventualité de possibilité de chance de qualification pour le 1er tour de la présidentielle. L'éditocratie fait son possible pour rendre probable, à défaut de possible, une candidature Macron. Ce "machin médiatique" est au moins aussi hors sol que la récente invention politique de la direction du Parti socialiste.
Vendredi, dans un bistrot surchauffé, quelques ténors fidèles à Hollande, rassemblent ce qu'il leur reste de soutiens pour annoncer devant quelques journalistes amuser le lancement de la "Belle Alliance Populaire" (sic!). Ne souriez pas, la démarche est sérieuse: Jean-Vincent Placé, Jean-Christophe Cambadélis, Julien Dray et Jean-Luc Benhamias (qui ?) sont présents pour inaugurer ce rassemblement anorexique de la Hollandie.

Amen.
 

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