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MONDE > Brésil : la destitution de Dilma Rousseff effective

Publié le 18 avril 2016 par Fab @fabrice_gil
L’actuelle présidente du Brésil Dilma Rousseff a perdu une bataille cruciale dans une lutte effrénée pour son maintien à la tête du pays, avec le feu vert donné par les députés brésiliens à sa destitution. La procédure a eu lieu lors d'un vote historique, dans une ambiance survoltée.

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Dilma Rousseff, le 1er avril 2016 à Brasilia I ©Reuters


À 23 h 07 locales (02 h 07 GMT), le camp de l’"impeachment" a franchi la barre fatidique des 342 votes (2/3) requis pour le renvoi de la procédure au Sénat. Les députés de l'opposition de droite ont exulté, chantant l'hymne des supporters de l'équipe de foot au Mondial-2014 : "Je suis brésilien, avec beaucoup de fierté et beaucoup d'amour". Le leader du Parti des Travailleurs (PT, gauche) à la Chambre des députés du Brésil, José Guimaraes, avait anticipé cette "défaite provisoire" une demi-heure plus tôt. "Les putschistes ont gagné ici à la chambre" mais "cette défaite provisoire ne signifie pas que la guerre est perdue", a déclaré l’homme à des journalistes. "Nous allons maintenant dialoguer avec le Sénat pour qu'il corrige l'action des putschistes dirigés par des gens sans autorité morale". Dilma Rousseff avait annoncé qu'elle "lutterait jusqu'à la dernière minute de la seconde mi-temps". Mais son mandat ne tient désormais plus qu'à un fil : d'ici le 11 mai, il suffira d'un vote à la majorité simple des sénateurs pour qu'elle soit formellement mise en accusation pour "crime de responsabilité" et écartée du pouvoir durant 180 jours au maximum, en attendant un verdict final.
>>Lire Brésil : Quel avenir pour Dilma Roussef ?Michel Temer prendrait le relais ?Le vice-président Michel Temer, son ex-allié centriste et désormais rival, assumerait alors ses fonctions et formerait un gouvernement de transition. La session extraordinaire s'est déroulée dans un climat lourd d'affrontements dès son ouverture, par le président du Congrès Eduardo Cunha, ennemi juré de la présidente.  Inculpée pour corruption dans le scandale des détournements de fonds du géant pétrolier étatique Petrobras, Dilma Roussef a été évincée sous les huées des élus de gauche. Après de longues minutes de confusion où les députés ont failli en venir aux mains, le calme est ensuite peu à peu revenu. Après les interventions des chefs des groupes parlementaires, chaque élu a eu l’occasion d’énoncer son vote au micro. Héritière politique de l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva, Dilma Roussef presque déchue, ex-guérillera emprisonnée et torturée sous la dictature, est entrée dans l'histoire en devenant la première femme présidente du Brésil en 2011. Elle risque désormais d'y rejoindre Fernando Collor de Mello, seul président brésilien à avoir été à ce jour destitué, pour corruption, en 1992. À la défense de DilmaLe député d'extrême gauche (PSOL) Jean Wyllys s'est montré le plus éloquent : "Je veux dire que j'ai honte de participer à la farce de cette élection indirecte, conduite par un voleur et ourdie par un traître conspirateur", a-t'il adressé à Eduardo Cunha et Michel Temer. "Au nom des communautés homosexuelles, du peuple noir exterminé dans les quartiers périphériques, des sans-toits, des sans-terres, je vote non à ce Coup d'État", avant de conclure en regardant les pro-destitution : "Canailles !"Le Brésil retient son soufflePlus de 200 millions de Brésiliens, divisés par des mois d'âpre dispute, étaient suspendus au dénouement crucial de la première manche de la lutte de pouvoir qui paralyse le géant émergent d'Amérique latine, au milieu d'un énorme scandale de corruption et de la pire récession économique depuis des décennies. À Brasilia, environ 53 000 manifestants en vert et jaune favorables à la destitution et 26 000 sympathisants de gauche habillés en rouge ont suivi les débats sur des écrans géants devant l'assemblée. Les partisans de la présidente, abattus, ont commencé à évacuer les lieux avant le résultat final. Chute prédestinéeLa défaite de la présidente s'est dessinée fin mars quand le grand parti centriste PMDB du vice-président Temer a claqué la porte de sa coalition, imité la semaine dernière par les autres partis centristes de sa base hétéroclite.  "Une bataille s'est déclenchée entre un gouvernement incompétent, soutenu par un parti qui a trahi ses idéaux (le PT), et une opposition hypocrite, dirigée par un législateur accusé de corruption, Eduardo Cunha", a déclaré l'analyste politique Sylvio Costa. La popularité de Dilma Roussef s'est effondrée en 2015 à un plancher historique de 10 %, avec un sursaut à 13 % ce mois-ci. Plus de 60 % des Brésiliens souhaitent son départ. FG 

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