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Albert Marquet Absolument

Publié le 18 avril 2016 par Micheltabanou

En entamant cette nouvelle semaine j'ai le cœur et l'esprit emplis d'une certaine joie après être aller hier visiter l'exposition Albert Marquet au musée d'art moderne de la ville de Paris. La rencontre avec un peintre majeur du siècle dernier qui n'aimait pas la lumière éblouissante mais qui dans tous les tableaux nous propose des cadrages et des lignes de force d'une singulière puissance qui ont fait dire à son ami Matisse qu'il était "notre" Hokusai...
Ce que j'apprécie chez Marquet c'est sa fidélité de classe, sa fidélité à ses origines et son refus du clinquant, de l'ascension mondaine, son attachement à prendre avec réalité la dimension industrielle, animée, des ports, des quais,... En effet quand il peint un port, qu'il soit d'Europe, de Scandinavie ou d'Afrique du Nord, il y laisse entrer la vie urbaine, les fumées, l'industrie, les grues et la vapeur. Le trafic des remorqueurs et des bateaux à vapeur est bien présent. La netteté du ciel et des détails s'en ressentent, comme les teintes sombres des eaux. Rotterdam, Hambourg, Le Havre, Marseille et Alger...
Alger et l'Algerie qu'il découvre en 1921 et où il ne cessera de retourner jusqu'à la fin de sa vie. Alger c'est la ville où il rencontre Marcelle alors qu'il y est envoyé par ses amis pour se soigner après avoir contracté une vilaine grippe espagnole... Mat elle qu'il épousera en 1923. Alger c'est la ville des hivers propices à une meilleure santé amis c'est aussi la ville de l'exil durant la deuxième guerre mondiale. L'Algérie c'est 585 toiles dont 260 sont consacrées au port avec ses cadrages étourdissants pour en amplifier l'activité industrieuse et les lumières si particulières que j'ai pu découvrir il y a déjà deux ans lors de mon trop bref séjour à Alger, sur les hauteurs d'Alger. Ces hauteurs qui lui permettent ces vues en légère contre-plongée et lui font tracer ces obliques dont il a le secret. Marquet à modifié la vision picturale de l'Algerie en se démarquant des Delacroix, Fromentin et surtout des orientalistes... Il est du champ de l'exotisme et l'Alger qu'il présente est celui de la vie. C'est la modernité de Marquet.
Je pense aujourd'hui à mes amis algériens, à Mouhir Khatib et Mohammed Maiz, auxquels je dois mes heures algériennes qui me permettent aujourd'hui de mieux appréhender Marquet. L'Algérie de Marquet c'est aussi l'exil et le refus de l'occupation nazie. C'est le peintre qui refuse en 1941 de figurer au Salon des Tuileries qui exige de lui un certificat de "non-appartenance à la race juive", allant jusqu'à faire décrocher des cimaises ses œuvres prêtées par des collectionneurs. C'est le peintre solidaire de la Résistance, de la France Libre. C'est le peintre qui refuse toute espèce de collaboration et qui refuse même après la guerre les "honneurs" c'est à dire d'entrer à l'Institut et la Légion d'honneur mais demande la fin de l'Ecole des Beaux-Arts! Marquet est un homme simple, modeste et en retrait. Mais de son retrait il sait observer et demeurer fidèle à son origine populaire, ouvrière et c'est peut-être avec la Résistance la raison de son adhésion au Parti Communiste.
Dès la sortie franchie j'ai cette envie de convier toute cette jeunesse d'origine algéroise de ma ville à prendre le temps d'aller à la rencontre de cet homme juste, de ce peintre non seulement de Paris mais aussi d'Alger. Et aux autres, militants de gauche, militants communistes de prendre conscience que l'art et son expression sont des nécessités absolues pour l'émancipation et la rupture des inégalités. Marquet de part son œuvre participe de ce travail militant.


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