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Je suis là

Publié le 18 avril 2016 par Lamallette @Lamallette1

Par Marie-Claude Gay

Je te regarde en cette grande fin de semaine de tournoi. Tu as probablement environ onze ou douze ans. Ta tête ne cesse de tourner vers les estrades. Tu fais un tour d’horizon, cherchant son approbation, un signe de tête qui t’encouragera. Si bien que tu te déconcentres du jeu. La partie se termine, sans que ton regard ne se soit illuminé. J’en comprends que celle que tu aurais aimé voir ne s’est pas présentée. Ni cette fois ni les fois précédentes.

Afin que tu cesses de te faire des attentes, j’aimerais te prendre par la main et te dire qu’elle ne s’y présentera pas. Pas par méchanceté, ni pour te blesser, juste parce que tu pourras arrêter de te tourner le cou sans arrêt à attendre qu’elle vienne te regarder, le sourire fendu jusqu’aux oreilles et le pouce levé vers le ciel en criant que tu es la meilleure. J’ai aussi envie d’ajouter que je serai là, moi, pour te rappeler que tu es exceptionnelle au moindre doute que tu auras.

Tu entres à la maison, on te jette un : « pi, avez-vous gagné? ». Avec remords, tu lui réponds « Non! ». Tu sais que peu importe, elle ne t’écoutera pas. Mais tu lui racontes tout de même ta journée, ce que tu as essayé, ce que tu as manqué, oh et tes petites victoires aussi. Elle est ailleurs. Elle n’écoute déjà plus après ta première phrase. Je te vois te décourager et avoir cette peine qui t’inonde l’intérieur.

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J’ai envie de te dire que je t’ai vue moi. Que tu étais bonne, que je suis fière de toi et que toi aussi tu peux être fière de toi. J’ai envie de te regarder droit dans les yeux et de te prendre les mains en te le disant, pour que tu ressentes que j’y crois vraiment. J’ai aussi envie de faire des pauses entre mes félicitations, pour que tu puisses bien les ingérer et que toi aussi tu puisses y croire. Ça te fera probablement étrange et tu t’imagineras que j’exagère. Tu ne t’habitues pas à l’entendre, mais ça viendra. On y travaillera.

Puis, en vieillissant, je t’ai vu accumuler les reproches, les remarques odieuses, les manipulations. Les attaques à propos de tout et de rien. Inutile de t’épuiser, bel amour, elle fera stagner un nuage noir, plus noir qu’on ne pourrait l’imaginer, sur chaque projet que tu lui partageras. Ta vie, tes projets, ton couple. Il me semble même l’avoir vue esquisser un sourire lorsqu’elle entendait que tu en arrachais. Je t’ai vu essayer toutes les techniques possibles pour remplir ta réserve d’amour et d’encouragements. Je t’ai vu te choquer, je t’ai vu pleurer, il n’y a rien que je ne t’ai pas vu essayer.

Jusqu’à ce que tu comprennes qu’elle était malade. Oui, je t’ai vu réaliser. J’aurais eu envie de te prendre dans mes bras et de te bercer. Tu avais vingt-cinq ans, mais je suis certaine que tu aurais accepté volontiers. Je t’ai observée te recroqueviller dans ton lit et épuiser toutes les larmes de ton corps. Faire le deuil de cette femme qui encourage et qui complimente, cette grande dame qui aura été un pilier pour tous les gens qui t’entourent, mais qui n’a jamais été dans les parages pour toi. Et de réaliser qu’elle était malade tout ce temps, que des nuages brouillaient elle-même ses pensées, justifie, mais n’excuse pas ce manque d’amour inconditionnel qui a plané sur toute ton enfance. Tu t’es sentie égoïste de demander la présence d’une maman saine, mais je t’assure que tu y avais droit. Et ces mots que tu attends depuis si longtemps ne sauront combler ta peine. Cependant, je voudrais quand même te dire que je suis désolée que tu aies eu à subir tout ça.

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Aujourd’hui, précisément, alors que tu as relevé tes manches et que tu réussis haut la main tous les projets que tu entreprends, j’ai envie de te serrer dans mes bras. Je meurs aussi d’envie de te dire que tu es magnifique. Vraiment. Je sais que je ne pourrai jamais combler cet immense vide qui t’a rempli l’intérieur après toutes ces années. Mais j’ajoute que je serai là, pour te dire que tu es belle, dans les moments où l’image que la glace te renverra te découragera. Je te répèterai aussi que tu es bonne. Cent fois, mille fois s’il le faut, avant tous les événements qui te rendront anxieuse. Je sais que les premières fois tu ne me croiras pas, mais je ne lâcherai pas le morceau. Parce que j’y crois moi.

Je te promets d’être là, et de souffler de tout mon être pour faire disparaître ce nuage qui t’empoisonne la vie. Et pendant qu’on y est : ta vie, tu la réussiras. Tu la réussiras haut la main même! Je sais, elle n’y a jamais cru à cette phrase, et par le fait même, elle t’a empêché toute ta vie d’y croire aussi. Mais écoute-moi bien : Tu réussiras.

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