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Jour debout à Brasilia.

Publié le 19 avril 2016 par Pierre Thivolet @pierrethivolet

Jusqu'à présent le Brésil, c'était foot et samba. Désormais, c'est aussi Lava jato, l'opération " mains propres " qui semble devoir emporter l'actuelle Présidente Dilma Rousseff.

Le Brésil n'est pas un pays anecdotique. Il ne joue d'ailleurs même plus dans la même catégorie que ses voisins latino-américains: 43 millions d'habitants en Argentine, longtemps le grand rival, 203 millions au Brésil. C'est le 5 ème pays le plus peuplé au monde, le 5 ème par la superficie. C'est la 7 ème puissance économique mondiale, et lorsqu'il aura surmonté la crise actuelle, car il la surmontera, il nous dépassera.

Ce qui s'y passe ces derniers mois est à la dimension de ce pays continent: Des dizaines de députés, de ministres, de haut fonctionnaires, de dirigeants de grandes entreprises poursuivis pour corruption et malversations diverses, mis en examen, voire en prison. Jusqu'à la Présidente donc, dont on voit mal comment elle va pouvoir éviter d'être destituée.

" Coup d'état ", crie-t-elle pour se défendre. Un slogan repris par ses partisans, ils sont nombreux , mais pas les plus nombreux, un slogan répété jusqu'en France par tout ceux qui, par exemple, continuent à croire qu'au Venezuela, le Président Maduro, héritier de Hugo Chavez fait la révolution, alors qu'il ruine consciencieusement son pays. Les mêmes qui décidément cultivent ces vieux clichés exotiques sur l'Amérique Latine, de ces gauches tropicales, ces nostalgiques de la revolución arrosée au mojito, ou à la cachaça, pour la version " r evolução " brésilienne. Des pays finalement incapables d'accéder durablement à la démocratie, à un fonctionnement durable d'institutions stables etc, etc...

Or c'est tout le contraire qui est en train de se passer, et c'est une bonne nouvelle malgré l'actuel chaos de Brasilia à São Paulo, en passant par Rio et Salvador.

Evidemment le sort réservé à Dilma Rousseff est un peu injuste, pour ce que l'on sait de son parcours personnel, politique, de son intégrité. Elle n'a pas empêché que les juges enquêtent, poursuivent des ministres, plusieurs de ses collaborateurs, de ses amis et alliés politiques. Elle paie les erreurs commises par d'autres autour d'elle, avant elle. Par exemple, évidemment par son prédécesseur, son mentor, le charismatique, l'emblématique Lula. Il est décevant de se rendre compte que lui aussi, l'ancien ouvrier métallo, le syndicaliste courageux du temps de la dictature militaire, l'idole du petit peuple, que lui aussi en a " croqué ". Et là ce que révèlent les enquêtes du " petit juge " Sergio Moro, ce que publie la presse brésilienne, laisse peu de doutes, hélas !

Il est également inquiétant de se rendre compte que le " miracle des années Lula " avait été construit sur du sable mouvant, sur beaucoup de démagogie, sur des politiques " sociales " non financées sur le long terme et que paie aujourd'hui l'économie brésilienne, en pleine récession, en pleine inflation. Les premières victimes en sont ces fameuses classes moyennes devenues aujourd'hui majoritaires, grâce justement aux politiques de croissance, de " bourse familiale ", de développement de l'éducation. Ce poids des classes moyennes est une première dans l'histoire du Brésil, un pays autrefois construit sur les inégalités et l'exploitation de l'économie esclavagiste. Et il est certain, qu'une partie des classes privilégiées brésiliennes ne digère pas encore le fait de devoir partager leurs privilèges avec des classes moyennes qui ont envahi leurs plages ou leurs centres commerciaux. Ils voient dans les ennuis de Dilma Rousseff une occasion de prendre leur revanche. Mais expliquer ce qui se passe par un complot du grand capital contre un gouvernement des travailleurs, ne tient pas, tant Lula Président avait flatté les grands entrepreneurs brésiliens dans le sens du poil et de leurs intérêts.

Les centaines de milliers de brésiliens qui ces derniers jours partout dans le pays sont la nuit debout , et aussi le jour, le sont pour la démocratie. Ils suivent les débats au Parlement de Brasilia comme un match de foot sur des écrans géants installés au milieu des avenues. Apparemment, en majorité, ils souhaitent que la procédure de destitution de la Présidente, procédure inscrite dans la Constitution, aille à son terme. Ce ne sont pas seulement des blancs favorisés, mais en grande majorité ces nouvelles classes moyennes qui n'ont pas envie d'être déclassées. Elles ont envie et croient dans la démocratie, la transparence démocratique, une justice indépendante, et surtout, surtout, veulent en finir avec le vrai mal brésilien, le principal obstacle au développement économique et social, auquel Lula et son Parti des Travailleurs ne s'étaient pas attaqués: La corruption, qui fait perdre tellement d'argent au pays, dans les grands chantiers qui transforment le Brésil, y compris il y a 2 ans pour la Coupe du Monde de football, y compris pour les Jeux Olympiques dans quelques semaines. tant d'argent volé dans les grandes entreprises publiques, comme Petrobras le géant du pétrole brésilien, ou dans tous les rouages de la vie quotidienne.

Contrairement à cette phrase prêtée à Georges Clémenceau - et qui est une tarte à la crème que l'on ressort à tout bout de champ : le Brésil est un pays d'avenir et le restera longtemps -, les brésiliens veulent le changement maintenant.

Et ça, c'est une vraie bonne nouvelle pour le monde entier, même si les mois qui viennent, risquent d'être plus compliqués qu'un 100 mètres de Usain Bolt ou qu'un 50 mètres de Manaudou. Au fait, on se demande, s'il y aura encore un Président au Brésil pour l'ouverture des JO de Rio.

Vivemos numa e-poca estupenda !


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