Publiéle 19/04/2016 par Fabien Paillot

Le Conseil départemental a perdu plus de 25,9 millions d'euros au titre de la baisse des dotations de l'Etat depuis 2014© JULLIAN DOMINIQUE
La baisse des dotations de l’État oblige les collectivités, parfois en difficulté, à faire des choix difficiles
Les élus locaux l'ont érigée au rang de calamité nationale. Les électeurs et contribuables, eux, apprennent à leurs dépens l'importance de cette manne publique pour les communes, intercommunalités, départements et régions. La baisse des dotations de l'État, amorcée ces dernières années, pèse gravement sur le budget de ces collectivités.Derrière ce vocable - la baisse - se cache en réalité une coupe claire sans précédent. D'ici à 2017, les collectivités françaises devront se passer de plus d'une dizaine de milliards d'euros, au bas mot. Le sujet s'avère tellement explosif qu'une commission d'enquête de l'Assemblée nationale a renoncé à publier, l'hiver dernier, un rapport consacré à ces baisses des dotations.Ces fonds publics, versés par l'État, permettent aux collectivités d'abonder leurs budgets, avec les recettes tirées de l'impôt. À l'origine, il s'agissait - entre autres - de compenser le transfert de compétences de l'État vers les collectivités. Mais ce même État, prié de stabiliser sa dette et de redresser ses comptes publics, a choisi de revoir son aide. Les élus grognent. Et certains vont jusqu'à pousser un « cri d'alarme ».
Au pied du fameux millefeuille administratif, la baisse de ces dotations peut avoir de graves conséquences sur les comptes publics. À Saint-Loup-de-Saintonge, petite commune de près de 300 habitants à l'ouest de Saint-Jean-d'Angély, le conseil municipal a ainsi augmenté les impôts pour tenter de garder la tête hors de l'eau. « Nous avons l'impression d'être pris au piège », résume la maire de ce village, Renée Bonneau.Déjà étranglée par un endettement record, la commune ne peut supporter la baisse des dotations de l'État. Elle percevra cette année près de 46 000 € au titre de la dotation globale de fonctionnement. Un montant, déjà faible, et en chute libre. « Nous avons un budget très serré, pour ne pas dire en déficit. Nous avons fait de gros investissements, rénové la salle des fêtes ou achevé un gros programme de voirie », détaille l'élue. Conséquence : « Nous payons le fonctionnement de la commune, nous remboursons les emprunts, bouchons quelques trous sur les routes. Et ça s'arrête là… »L'an dernier, les impôts - taxe d'habitation et taxes foncières - ont grimpé de 7 %. Cette année, les élus de Saint-Loup ont été contraints de voter une nouvelle hausse de 5 %. « Cela compense les baisses. Nous récupérons ce que nous avons perdu. C'est douloureux mais nous n'avons pas le choix. Les gens, ici, ont peu de services. Alors nous n'allons pas pouvoir faire cela éternellement », souffle Renée Bonneau.Les choix, justement, sont assez limités pour les collectivités. Michel Doublet, maire de Trizay et président de l'Association des maires de la Charente-Maritime, les résume ainsi : « Le premier scénario, c'est la hausse de la fiscalité. D'autres élus serrent les boulons [du budget, NDLR]. D'autres encore investissent moins ». À Saint-Loup, la mairie en appelle aussi aux habitants. Ces « bénévoles » d'un nouveau genre donnent un peu de leur temps pour le village.
