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Sondage général

Publié le 15 juin 2008 par Collectifnrv
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Arlette Laguiller, ce dimanche 15 juin, sur Canal plus, face à une animatrice à l'impertinence exportable, a déclaré : 

« Face à tous les mauvais coups du gouvernement, il faudrait vraiment une grève générale, une grève d'ensemble. »

Puis :

« Malheureusement, à la fois les grandes organisations syndicales sont divisées et en plus, elles craignent en réalité une grève générale qui pourrait leur échapper. »

Les deux assertions sont sans aucun doute valides. Les petits soubresauts hebdomadaires, les défilés un chouia sinistres n'ont que peu de portée ; les fameuses « journées d'action ». Les syndicats gèrent leurs vexations et leur réformisme. 

Engels écrivait en 1873 :  

« La grève générale est, dans le programme de Bakounine, le levier qui sert à déclencher la révolution sociale. Un beau matin tous les ouvriers de toutes les entreprises d'un pays ou même du monde entier abandonnent le travail, obligeant ainsi, en quatre semaines tout au plus, les classes possédantes soit à capituler, soit à attaquer les ouvriers, si bien que ceux-ci auraient le droit de se défendre, et par la même occasion d'abattre la vieille société tout entière. Cette suggestion est bien loin d'être une nouveauté : des socialistes français et à leur suite des socialistes belges, ont, depuis 1848, souvent enfourché ce cheval de bataille qui, à l'origine, est de race anglaise. Au cours du développement rapide et vigoureux du chartisme parmi les ouvriers anglais, à la suite de la crise de 1837, on prêchait dès 1839, le « saint mois », la suspension du travail à l'échelle de la nation, et cette idée avait trouvé un tel écho que les ouvriers du nord de l'Angleterre tentèrent en juillet 1842 de la mettre en pratique. Le Congrès des Alliancistes à Genève, le 1° septembre 1873, mit également à l'ordre du jour la grève générale. Simplement tout le monde admettait qu'il fallait pour la faire que la classe ouvrière soit entièrement organisée et qu'elle ait des fonds de réserve. C'est là précisément que le bât blesse. D'une part les gouvernements, surtout si on les encourage par l'abstention politique, ne laisseront jamais arriver à ce stade ni l'organisation ni la trésorerie des ouvriers; et d'autre part les événements politiques et les interventions des classes dominantes amèneront l'affranchissement des travailleurs bien avant que le prolétariat ne parvienne à se donner cette organisation idéale et ce fonds de réserve gigantesque. Par ailleurs, s'il les possédait, il n'aurait pas besoin du détour de la grève générale pour parvenir à son but. »  

Ce à quoi Rosa Luxemburg, en 1906, dans « Grève de masse, Parti et syndicats » répliquait : 

« C'est sur une telle argumentation que se fonda dans les années suivantes l'attitude de la social-démocratie internationale à l'égard de la grève de masse. Elle est dirigée contre la théorie anarchiste de la grève générale qui oppose la grève générale, facteur de déclenchement de la révolution sociale, à la lutte politique quotidienne de la classe ouvrière. Elle tient tout entière dans ce dilemme simple : ou bien le prolétariat dans son ensemble ne possède pas encore d'organisation ni de fonds considérables - et alors il ne peut réaliser la grève générale - ou bien il est déjà assez puissamment organisé - et alors il n'a pas besoin de la grève générale. Cette argumentation est, à vrai dire, si simple et si inattaquable à première vue, que pendant un quart de siècle elle a rendu d'immenses services au mouvement ouvrier moderne, soit pour combattre au nom de la logique les chimères anarchistes, soit pour aider à porter l'idée de la lutte politique dans les couches les plus profondes de la classe ouvrière. Les progrès immenses du mouvement ouvrier dans tous les pays modernes au cours des vingt-cinq dernières années vérifient de la manière la plus éclatante la tactique de la lutte politique préconisée par Marx et Engels, par opposition au bakouninisme : la social-démocratie allemande dans sa puissance actuelle, sa situation à l'avant-garde de tout mouvement ouvrier international est, pour une très grosse part, le produit direct de l'application conséquente et rigoureuse de cette tactique. » 

Engels, écrira cependant, en 1893 : 

« La grève politique doit, ou bien vaincre tout de suite, par sa seule menace (comme en Belgique où l’armée était très secouée), ou se terminer par un fiasco colossal ou, en définitive mener directement aux barricades. » 

Alors, aujourd'hui, dans ce monde pseudo-mondialisé, dans cette Europe autiste, face à ce pouvoir qui suit sa route funeste, face au marché abstrait et total, qui veut en découdre ? 

C'est une offre raisonnable d'action.
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