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A la frontière

Publié le 23 mai 2016 par Alice Join @Alice_sur_twitt
A la frontière

A la frontière de notre pays et de ma ville en particulier, il y a l'Angleterre, la quête absolue, la destination finale après un long, très long et excessivement périlleux périple pour nombreux d'entre eux.

Eux, ce sont les sans-papiers. Ceux qui, au prix de mains déchirées par les barbelés, de jambes cassées, "au mieux", tentent de franchir les hautes grilles protégeant l'accès au ferry.

Eux, ce sont ceux qui, à Calais, à Dieppe ou ailleurs perdent parfois leur vie pour les franchir, ces frontières de notre pays.

A la frontière de notre légalité, il y a un problème de papiers. La liberté est relative, d'où que l'on vienne, qui que nous soyons. Certains fuient un pays en guerre, des tortures, espèrent se protéger pour ensuite mieux protéger ceux qu'ils aiment, à moins qu'ils espèrent tout simplement, et le prix à payer pour cette espérance, c'est l'illégalité, la prison, les conneries auxquelles l'exclusion les pousse, parfois. Il y a aussi et surtout le bannissement de notre société (celle des humains) et le regard débordant haine que certains leur jettent.

A la frontière de notre humanité, il y a ces conditions inhumaines dans lesquelles on les laisse survivre. Des températures polaires, une pluie battante, une hygiène d'une précarité dégradante, les laisser crever de faim. Rien. Voila ce qu'il peut rester de notre humanité. Au nom de quelle inhumanité, au nom de quelles peurs peut-on avoir abandonné lâchement tout sentiment de philanthropie? Eux n'ont pas besoin de porter l'étoile jaune pour être exclus, pour ressentir la haine qu'on leur porte, la peur et la menace qu'ils représentent... non, il suffit d'entendre leur langue différente, de voir la couleur de leur peau, plus foncée, peut-être, à moins qu'il ne s'agisse de ces fameux papiers qu'ils n'ont pas.

A la frontière de notre solidarité, il y a ces gens que je côtoie à présent, comme une famille humaine, qui, même si l'altruisme n'existe sûrement pas, ressentent suffisamment d'empathie pour voir en ces jeunes leurs propres enfants, leurs frères, qui, s'ils ne sont pas de sang, sont leurs frères humains.

Des jeunes oui, pour la plupart, sur notre frontière, qui ne sont pas menacés de mort chez eux, mais rêvent simplement à un avenir : sortir d'un pays corrompu pour espérer travailler décemment, aider leurs parents à survivre certainement plus qu'à vivre. Est-ce mal? Il serait espagnol, américain ou antillais, on le trouverait courageux. Il est albanais, kurde, il devient gênant, sa misère et ses ambitions de vie meilleure nuiraient à notre vie en société, à notre bonheur. 400 000 personnes, qui, vous ne pensez pas, rêveraient de vivre en paix, décemment, chez elles, près de ceux qu'elles aiment : amis, parents, femmes et enfants ? si seulement si...

A la frontière de ma sensibilité, il y a moi, qui garde certaines nuits les yeux ouverts, bien au chaud sous ma couette, quand j'entends la pluie s'abattre sous mes velux, pour les imaginer dans leur campement de fortune, trempés, sans rechange, sans abri sec et chaud.

Il y a L'Epoux et moi, qui passons des heures derrière les fourneaux, apportant un peu de notre confort, en préparant un repas qui nous ferait tous saliver, il y a ces gâteaux préparés, ces bougies soufflées pour célébrer un anniversaire, ensemble.

Il y a cette humanité que j'aimerais réhabiliter, ces préjugés que je rêve de casser (au moins un peu), cette individualité que je tente de porter quand je m'adresse à chacun d'eux, en transmettant et partageant ma/nos cultures,

Il y a ces regards, ces " merci", cette oreille que je tente de leur prêter, vraiment, écoutant des récits de vie, de ces "enfants" trop vite grandis, pour lesquels j'ai envie de porter toute l'humanité de ceux qui ont oublié qui nous sommes et d'où nous venons, tous.


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