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Vert contre noir, cosmopolitisme contre nationalisme par Noël Mamère

Publié le 24 mai 2016 par Blanchemanche
#NoëlMamère #présidentielleautrichienne
La présidentielle autrichienne 2016 est la préfiguration de ce qui attend l’Europe et, peut-être, la France à moyen terme. Le candidat d’extrême droite, Norbert Hofer a été battu de très peu (10 000 voix) par un écologiste, Alexander Van der Bellen. Ce second tour inédit est la confirmation d’un changement en profondeur du paysage politique européen.
Vert contre noir, cosmopolitisme contre nationalisme par Noël Mamère
La présidentielle autrichienne 2016 est la préfiguration de ce qui attend l’Europe et, peut-être, la France à moyen terme. Le candidat d’extrême droite, Norbert Hofer a été battu de très peu (10 000 voix) par un écologiste, Alexander Van der Bellen. Ce second tour inédit est la confirmation d’un changement en profondeur du paysage politique européen. Le coup de tonnerre autrichien confirme l’implosion d’un système né après la seconde guerre mondiale, fait de succession d’alternances entre droite conservatrice et social-démocratie, toutes les deux gestionnaires d’un système capitaliste qui assurait les bases de l’Etat providence. Après la Grèce et l’Espagne,  qui cherchent leur voie contre l’austérité ou  les pays de l’est européen, qui sombrent l’un après l’autre dans des « démocratures » nationalistes, le chaos politique s’installe, lentement mais sûrement, dans une Union européenne dont les seules réponses aux préoccupations des populations se nomment austérité pour les peuples et libre-échange pour la finance. Cette folle politique a favorisé la montée en puissance du national-populisme, qui s’appuie sur une partie des classes populaires, - les retraités, les ouvriers, les ruraux -  et une partie de la jeunesse. Le FPO autrichien, qui siège dans le même groupe que le FN au Parlement européen, représente bien cette partie du pays qui a voté à 50 % pour un candidat dont la formation politique  se revendiquait de l’Anschluss il y a encore peu de temps.Si nous avons échappé de peu à l’élection du deuxième président d’extrême droite depuis les années trente, quand un autre autrichien, Adolf Hitler, devenait Chancelier d’Allemagne, en 1933, rien ne dit que, la prochaine fois, un pays de l’Union ne tombera pas dans l’escarcelle des amis de Marine Le Pen. Quand la crise de la démocratie atteint une telle envergure, elle suscite une polarisation dans la société, qui entraine une recomposition politique aux extrêmes. C’est pour cette raison que la victoire d’un candidat soutenu par les écologistes ne peut nous laisser indifférents.Les écologistes ne font pas partie de l’extrême gauche, héritière du marxisme-léninisme. Alors, pourquoi cette exception à la règle ? Avec la mutation de la société capitaliste traditionnelle, forgée par la révolution industrielle aux XIXème et XXème siècles, est apparue une nouvelle donne, fondée sur l’affrontement entre deux modèles de développement et deux visions du monde. On m’objectera qu’au cours des années trente, deux conceptions diamétralement opposées s’affrontaient aussi. Ce n’est pas si sûr. A ce moment là et pratiquement jusqu’à nos jours, l’ensemble des forces politiques était unanime pour l’industrialisation à outrance, des Etats forts et un nationalisme autoritaire. Hormis un petit nombre de personnalités, à l’instar de Jacques Ellul et de Bernard Charbonneau qui, dans le mépris le plus absolu, défendaient une troisième voie, fondée sur la critique de la Technique et sur une autre conception du Progrès, tous rêvaient d’un avenir « radieux » où l’Homme dominerait enfin la Nature et « encadrerait » les populations pour les conduire vers la lumière. C’est ce que fit l’Union Soviétique, mélange de taylorisme, dans son système d’organisation scientifique du travail et de stakhanovisme pour accroitre la productivité du salarié. S’il existe encore dans des pays émergents comme la Chine, l’Inde ou le Bangladesh, ce système est en train d’agoniser. Et si le salariat a fini par s’imposer largement, il s’est fragmenté. En France comme dans le reste de l’Europe, les usines concentrationnaires ont disparu en grande partie. Le précariat s’est installé et de nouvelles formes d’organisation du travail sont nées, mettant à contribution des travailleurs surqualifiés mais ne dépendant plus d’un CDI à vie. Aujourd’hui, tout le monde est précarisé, les populations jeunes et urbaines, comme les invisibles des banlieues pavillonnaires ou des déserts ruraux.Comme dans les années trente, au milieu de ce brouillard idéologique généralisé, la seule valeur qui subsiste et qui rassure est l’identité à laquelle nous nous accrochons comme à une bouée de sauvetage. Face à cet avenir incertain, qui nous rend vulnérables et fragiles, il est en effet plus facile de se rassembler contre un bouc-émissaire, d’invoquer le retour à une société passée, plutôt que de se battre pour trouver les moyens politiques d’assumer un destin commun.C’est sur ce récit identitaire, nationaliste, xénophobe, raciste, que les nationaux populistes font leur pelote. Encouragés par des mesures anti immigrés, prises par des pouvoirs de droite et de gauche dépassés par les événements, ils en appellent à une sortie de l’Euro, de l’Europe et à un verrouillage des frontières… Le chaos géopolitique provoqué par les guerres de Bush et des djihadistes a fait le reste et  une logique de peur s’est emparée des peuples.Ceux qui résistent à cette vague réactionnaire et néo-fasciste construisent une nouvelle identité, dont les composantes sont le cosmopolitisme et le Commun, l’autonomie, la capacité citoyenne d’agir et la coopération.Le cosmopolitisme, c’est considérer la responsabilité du citoyen (polis) envers la planète (cosmos). C’est la force du métissage contre le droit du sang…Autant de valeurs que porte l’écologie sociale.Notre projet  - j’espère que ce sera celui du nouveau président écologiste  autrichien - réside dans la lutte contre toutes les formes d’inégalités sociales et environnementales, toutes les formes  de domination sociale, raciale ou de genre, de hiérarchisation dans la société, dans la politique ou dans l’entreprise. Ce projet passe par la défense de nos droits fondamentaux, de la santé au logement, de l’environnement sain à l’éducation, d’un revenu digne pour tout le monde à une culture à la portée de toutes et de tous. Ce n’est ni celui des nationaux populistes, ni celui des occidentalistes de droite et de gauche qui veulent nous vendre aux multinationales.  Et c’est ce projet qui devra être au cœur de la prochaine présidentielle. .
P.S. Je ne commenterai pas l’implosion du groupe écologiste à l’Assemblée nationale. Ce nouvel  épisode de la descente aux enfers de l’écologie politique a au moins le mérite de clarifier les choses : Ceux qui voulaient devenir des affidés du parti socialiste, à n’importe quel prix, ont pris la responsabilité de ce sabordage en règle. Voilà qui  permettra peut-être la naissance d’une force parlementaire rouge-rose- verte, dans la résistance à la loi Travail et à son monde, qui s’affirme chaque jour un peu plus dans les grèves, les occupations et la résistance opiniâtre de Nuit Debout.https://blogs.mediapart.fr/noel-mamere/blog/240516/vert-contre-noir-cosmopolitisme-contre-nationalisme?utm_source=twitter&utm_medium=social&utm_campaign=Sharing&xtor=CS3-67

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