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Albert Londres, père du grand reportage moderne

Publié le 30 mai 2016 par Podcastjournal @Podcast_Journal
Rédacteurs et stagiaires: cliquez sur cette barre pour vous connecter en back-office de la rédaction! Né en 1884 à Vichy, Albert Londres se destine à la poésie, mais il se tourne vite vers le journalisme. Son attrait pour la profession se confirme lorsqu'il devient journaliste parlementaire, puis correspondant de guerre, avant de devenir une figure emblématique du grand reportage. Animé par l'esprit d'indépendance et la quête de vérité, il pose sa plume sur les blessures du monde qu'il parcourt en long, en large et surtout en travers.

La Grande Guerre et la conquête de Fiume par d'Annunzio, le scandale du bagne de Cayenne et l'évasion du forçat Dieudonné, la Révolution russe et le chaos de la République chinoise, les bataillons disciplinaires d'Afrique du Nord, la "traite des Noirs" en Afrique et celle des "Blanches" en Argentine, le Tour de France cycliste et la condition des aliénés dans les asiles de France... Rien n'échappe à sa verve dénonciatrice qui dérange les pouvoirs en place et marque parfois l'amorce du changement.

Ses enquêtes très fouillées ont souvent créé de terribles polémiques. Elles ont surtout permis de mettre au grand jour les incohérences des systèmes politiques et, dans certains cas, de pouvoir amener des changements importants (ses enquêtes sur les bagnes et les asiles d’aliénés ont permis de revoir les conditions d’internement et de les améliorer).

Le mythe journalistique prend forme. La figure d’Albert Londres est structurante de l’image du grand reporter. Son engagement auprès des "marges" a contribué à forger le mythe qui entoure sa personne.

On retient de lui la fameuse devise journalistique: "J’ai voulu descendre dans les fosses où la société se débarrasse de ce qui la menace ou de ce qu’elle ne peut nourrir. Regarder ce que personne ne veut plus regarder. Juger la chose jugée… Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie"; et sa non moins célèbre réponse à un éditorialiste qui lui reproche de ne pas suivre la ligne de son journal: "i[Ma ligne, ma seule ligne, c’est celle du chemin de fer]".

Ce journalisme est éternel, seules ses formes changent. Le grand reportage ne présente pas toujours l'image du bonheur et de la tranquillité. La ligne du chemin de fer, ou aérienne aujourd'hui, a souvent conduit ses témoins sur les lieux d'un drame permanent, multiforme, itinérant.

Certains journalistes, dans l'exercice de leur profession, en particulier les correspondants de guerre ou des zones de conflits, continuent de payer un lourd tribut au droit à l'information. Tous les ans dans le monde, des dizaines d'entre eux sont pris en otage ou sont tués.

Albert Londres décède le 16 mai 1932 dans des circonstances douteuses, lors son retour de Chine dont il prétendait détenir des informations confidentielles. Il demeure celui qui aura donné au journalisme ses titres de noblesse, en portant sa plume avec talent, humanité, mais surtout avec liberté et détachement. Tous les ans depuis sa mort, l'Association du Prix Albert-Londres décerne au mois de mai, le prix de Grand Reporter de la presse écrite au meilleur journaliste français et, depuis 1985, le prix de Grand Reporter de la presse audiovisuelle.

Le prix qui distingue les meilleurs reportages écrit et audiovisuel de l’année 2016 a été remis le 27 mai à Londres, en solidarité avec le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange. L'association Albert-Londres souhaite ainsi "manifester son soutien aux lanceurs d’alertes, véritables acteurs de l’information et précieux défenseurs de sa liberté".

Cette année c'est Claire Meynial, journaliste de l'hebdomadaire Le Point, qui a été primée pour sa série d'articles réalisés en Afrique sur la lutte contre le virus Ebola au Nigeria, l'émigration massive en Gambie et au Niger, le plus grand camp de réfugiés au monde situé au Kenya, ou encore la guerre civile en Libye.

Le prix audiovisuel est quant à lui remis à Sophie Nivelle-Cardinale et Etienne Huver, journalistes indépendants, pour leur reportage diffusé sur Arte: "Disparus, la guerre invisible de Syrie", qui compte des témoignages de victimes de Bachar El Assad et d'un ancien bourreau du régime, et restera, selon un communiqué de l'Association, "un document précieux pour l'Histoire".


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