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Racisme et nationalisme... comme propagande politique ?

Publié le 17 juin 2008 par Eno

Le racisme n’est pas simplement une tendance primitive à la bêtise ou à la peur, c’est aussi, voir surtout, une arme politique.

A vrai dire, maintenant que nous savons a peu près tous que d’autres hommes existent avec des couleur de peau qui diffèrent de la notre, avec des yeux ou des mains différentes, mais aussi des idées et habitudes différentes, je me pose la question de savoir si le racisme pourrait perdurer avec autant de puissance – en ce qu’il s’agit de structurer nos socio-economie – s’il n’était pas en permanence alimenté et actualisé par le debatage mediatico-politique… Le Pen s’enflait, il y a quelque jours, de ce que « le Sarkozisme sera une dépouille desséché que le nationalisme sera encore vivant », et tragiquement, il ne semble pas dire ici une imbécillité. Comment perdure le nationalisme ? Qu’est-ce que le nationalisme ? Est-il foncièrement raciste ?

Le nationalisme, c’est fantasmer un pays, une mere-patrie dont les frontières ne sont pas seulement géographiques, mais surtout culturelles. C’est se voir comme frères, et non plus simplement comme voisins, c’est se vouloir comme famille, c’est mythifier le fantasme d’une homogénéité sanguine et morale, et c’est donc craindre l’intrusion de corps étrangers, dont la simple présence, par ses différences supposés, vient nuire a notre équilibre, à notre soit disante identité historique, vient affaiblir notre race, ou si l’on est plus réservé, au mieux avilir les valeurs de notre culture nationale. Le nationalisme est donc une mystique, avec ses idoles, sa logique irrationnelle, sa vision brumeuse de l’histoire, de l’homme et de la société, mais toute cette vision est construite autour d’un sentiment de peur de l’autre, et autour de l’idée d’une identité nationale qui serait menacé.

Il faut se méfier des accusations de nationalisme : le protectionnisme économique n’est pas à proprement parler nationaliste, ni même nécessairement patriotique. Le refus de certaines modalités d’organisation à l’échelle transnationale – traité constitutionnel européen, ou aujourd’hui traité de Lisbonne – n’est pas non plus nécessairement l’expression d’une peur nationaliste. Le refus de l’alignement discipliner à la politique militaire de l’Otan, ou le refus de l’hégémonie américaine ne sont pas d’emblé à accuser de nationalisme La critique de la mondialisation économique néolibérale n’est pas obligatoirement une critique nationaliste Il faut encore comprendre d’où vient ce refus ou cette critique : s’il concerne un refus de la différence ou au contraire un refus de l’assimilation et de la standardisation, s’il se fonde sur la peur de la variété et de la mixité des cultures ou s’il se base sur une opposition politique, sur une peur de l’affaiblissement de l’autodétermination des peuples, et donc sur une peur d’affaiblissement de la démocratie et d’un renfort des structures de dominations et de hierarchisation-ségrégation... Et un peuple ne se définit pas rien d’autre que par la proximité actuelle d’individus, par un vivre ensemble factuel.

Pourquoi perdure le nationalisme ? Car c’est sur celui-ci que se fonde la souveraineté des pouvoirs politiques. Récursivité diabolique : les démagogues surfent sur les bas instincts des frustrés réactionnaires, et supposant d’avance ne pas pouvoir se passer de leur appuis, alimentent finalement ces bas instinct, ces inquiétudes irrationnelles de « l’autre », de l’étrange « l’étranger »… Et ces citoyens apeurés tout autant que bornés, sont tout ouvert à une explication si simple de leurs malheurs : pourquoi accuser ces gestionnaires, présentables et cravatés, alors qu’eux même nous disent que l’immigration est structurellement dommageable a notre économie, et engendre la hausse du chômage, la baisse des salaires, donc la hausse des impôts, donc la baisse du pouvoir d’achat, et qu’il faut donc les empêcher « d’entrer », et lorsque déjà bien installer, les traquer jusqu'à les débusquer, les retenir jusqu'à les expulser… Et ce que ce discours dit de vrai, c’est ce discours lui-même, et les pratiques qui s’en suivent qui tendent alors a le confirmer – un peu comme la prohibition des drogues douces rend concret le problème de « l’escalade », ou ceux liés au « trafic » en général …

Et, histoire de nous enfoncer un peu plus, la peur est aussi vendeuse, fournit des titres racoleurs. Ce n’est pas que les médias soient réellement racistes : leur idéologie, celle de tous les marchands de notre modernité, est celle du fric, et par conséquent s’adapte docilement à « la demande » lorsque cela ne nuit pas par ailleurs à leurs intérêts, et renforce cette demande, lorsqu’il « flaire un filon »…

Et, pour nous enfoncer plus encore, immergés et confrontés a ces barbares de la pensée, nombreux sont les exclus à ne pouvoir survivre qu’au travers d’une communauté, nos conflits basés sur du phantasme et concrétisés par de la violence sociale et physique, se régulent par une guetthoisation et communautarisation, nécessairement plus problématique qu’une réelle mixité. Spirales infernales : serais-ce trop banal, trop ingénu que de rappeler, encore, que la haine fait toujours échos : et aujourd’hui, nous ne savons plus par ou il faudrait s’attaquer à l’incendie, les causes ne se distinguent plus des effets, nous sommes structurés par notre ségrégation.

Infernales spirales … vertige concentrique ; focalisations imbéciles…


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